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L’éolien offshore en Europe : le vent ne souffle pas partout

vendredi, 11 mai, 2018 - 08:55

Évalué à 700 milliards d’euros d’ici 2030, le marché mondial de l’éolien en mer – ou offshore – est en plein essor en Europe du nord, qui concentre l’essentiel des turbines. Si les groupes français commencent à se positionner hors de France, les projets peinent encore à décoller dans l’Hexagone… 

Le leadership de l’éolien offshore en Europe du nord

Avec 560 nouvelles éoliennes offshore connectées en 2017, l’Europe comptait à la fin de l’année dernière 4 149 unités reliées au réseau électrique pour une puissance installée totale de près de 16 GW. Réparties entre 92 fermes situées en moyenne à 41 km des côtes et 27,5 m de profondeur, ces éoliennes en mer ont vu leur capacité augmenter de 25 % en une année, soit l’équivalent de 3,1 GW, preuve de la vitalité du secteur sur le Vieux continent. Abritant 88 % de la puissance mondiale fin 2016, l’Europe s’affiche à la pointe de cette technologie qui a multiplié par 10 ses moyens de production d’énergie en 10 ans. Les principaux artisans du leadership européen sont le Royaume-Uni, détenteur de 1753 éoliennes capables de produire près de 7 GW, devant l’Allemagne (1 169 / 5 355 MW), le Danemark (506 / 1 266 MW), les Pays-Bas (365 / 1 118 MW) la Belgique (232 / 877 MW) et la Suède (86 / 202 MW). À eux seuls, ces six pays nord-européens détiennent 99 % de la capacité installée sur le continent. Et pour cause : l’éolien offshore serait deux fois plus compétitif que le terrestre, avec un prix prévu à 57,5 livres sterling (64,47 euros) du MWh sur le futur parc éolien développé par Engie au nord-est de l’Écosse, soit 50 % de moins que la première enchère de 2015 au Royaume-Uni.

Détenteur d’une participation de 23 % dans le projet Moray mené par EDPR et Repsol, le groupe Engie mise sur une production d’1,1 GW d’ici sa mise en service en 2022. L’énergéticien n’est pas le seul français à investir dans l’éolien en mer hors de France, à l’image d’EDF, qui vient d’acquérir un parc offshore en Écosse auprès de Mainstream Renewable Power. Baptisé « Neart na Gaoithe » (« Puissance du vent » en gaélique), le projet franco-britannique table sur une capacité de 450 MW d’ici 2023, soit de quoi alimenter plus de 375 000 foyers en électricité avec un prix minimum garanti d’environ 114 livres (129,79 euros) par MWh pour 15 ans. Sa filiale Énergies nouvelles (EDF-EN) possède déjà plusieurs années d’expérience dans le domaine après s’être vue attribuer l’exploitation du parc expérimental de Blyth, sur les côtes de Newcastle, en 2014. Elle y a notamment mis à l’eau le turbinier MHI-Vesta aux éoliennes qui, du haut de leurs 200 mètres, sont aujourd’hui les plus puissantes du monde (8,3 MW). Grâce à la technologie développée par EDF-EN, l’électricité produite sera vendue au prix de 145 livres (160 euros) du MWh, soit 20 euros de moins que le prix auquel l’État français devra acheter la production des futurs parcs dans l’Hexagone.

Les coûts exorbitants de l’éolien offshore en France

Sur le terrain florissant de l’éolien offshore, le territoire français est en effet à la peine, à cause notamment des lourdeurs administratives et des nombreux recours juridiques qui freinent les réalisations. Avec seulement une éolienne flottante d’une capacité de 2 MW, la France a pourtant investi un pactole de 30 milliards d’euros de subventions dans six projets lauréats d’un gigantesque appel d’offres en 2011, mais les résultats tardent à venir. Destiné à mettre sur pied une capacité totale de 3 GW, pour une production annuelle équivalente à 40 % d’un réacteur nucléaire de type EPR, la même somme aurait suffi à financer 120 GW de solaire photovoltaïque, 15 fois moins gourmande en aides publiques. Le décalage entre la France et le reste de l’Europe se retrouve dans les prix de vente du MWh : les tarifs des premiers projets français oscillent entre 180 et 200 euros, contre 50 à 80 euros pour les appels d’offres européens. Si les rivages de l’Hexagone bénéficient de conditions de vent moins favorables qu’en mer du Nord, c’est surtout la lourdeur de l’administration qui plombe la compétitivité des projets français et explique ces coûts exorbitants. D’après la réglementation en vigueur, l’État ne peut en effet renégocier les modalités des appels d’offres déjà attribués en 2011 et 2014, qui par les retards accumulés ont vu leurs promesses dépassées par celles de la concurrence européenne. Hormis l’unique éolienne flottante mise en service au large du Croisic, la France ne possède aucune éolienne offshore malgré sa façade maritime, la première du continent. Et aucun nouveau projet ne devrait voir le jour avant 2020 ou 2021…

Pour y remédier, le gouvernement menace d’annuler les appels d’offres des futurs parcs éoliens offshore d’ici cet été si aucun accord n’est trouvé avec les porteurs de projets. En Belgique, l’exécutif a ainsi économisé près de 4 milliards d’euros de subventions en réduisant de 40 % les tarifs accordés initialement. La détermination de la France est d’autant plus grande que le développement de l’éolien est une des priorités ministérielles. Entre 1 000 et 2 000 éoliennes doivent en effet être construites à l’horizon 2030 afin de diminuer la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Un enjeu d’autant plus important que le marché de l’éolien offshore pourrait peser 700 milliards de dollars d’ici là… Tout n’est pas perdu puisque plusieurs projets ont déjà reçu le feu vert des autorités, comme à Saint-Brieuc, Dieppe, Saint-Nazaire ou encore Fécamp, et attendent la fin des chantiers pour fonctionner. D’autres sont encore suspendus à une décision légale afin de permettre à la France se pointer le bout de son nez dans le secteur.


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