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Le Royaume-Uni, leader dans l’éolien offshore en Europe

vendredi, 29 juin, 2018 - 14:16

Plus productif que le nucléaire sur le début de l’année 2018, l’éolien britannique s’appuie sur plus d’une vingtaine de parcs offshore déjà en exploitation. En attendant de rattraper son important retard dans ce domaine, la France perfectionne sa technologie au Royaume-Uni.

Sur le premier trimestre 2018, l’énergie éolienne a dépassé pour la première fois l’énergie nucléaire au Royaume-Uni avec 18,8 % de l’énergie totale produite. Une avancée historique qui fait suite à une fin d’année 2017 déjà prometteuse, puisque l’éolien et le solaire avaient ensemble supplanté l’atome en termes de production d’énergie finale en octobre et novembre dernier. Outre-Manche, ces résultats s’expliquent principalement par une politique très engagée en faveur des énergies renouvelables, qui accélère la transition énergétique du pays. À ce jour, les EnR y assurent 27 % de la production d’électricité, contre à peine 7 % il y a 10 ans. Afin d’obtenir un mix électrique à l’horizon 2035 composé à 60 % d’énergies vertes, 20 % de nucléaire et 20 % de gaz, les autorités prévoient dès 2028 de remplacer le charbon par de l’éolien offshore, en plein essor sur les côtes britanniques. Au Royaume-Uni, les premiers parcs à turbines en mer ont été lancés dès 2003, soit parmi les premiers au monde. Aujourd’hui, ils sont aujourd’hui plus d’une vingtaine en exploitation avec une capacité installée de 5,4 GW. Une dizaine d’autres sont actuellement en construction pour 6,4 GW de plus, tandis que 25 projets d’envergure supplémentaires ont déjà, pour l’immense majorité, obtenu l’autorisation de s’implanter en mer du Nord, aux conditions particulièrement favorables pour cette technologie.

« La nature des sols marins est très homogène, l’acceptation sociale est plus forte et les vents soufflent en moyenne un à deux mètres par seconde de plus qu’en France », expliquait Antoine Cahuzac, ex-patron d’EDF Énergies nouvelles (EDF-EN). Si le groupe français est si bien informé sur le sujet, c’est parce qu’il prend part au développement de plusieurs projets comme à Blyth, au large de Newcastle, où Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, a inauguré le 22 juin une réalisation pilote de cinq éoliennes offshore. Dotées des turbines les plus puissantes jamais utilisées en mer (8,3 MW chacune), elles alimentent déjà 34 000 foyers grâce à un nouveau câble sous-marin permettant une tension (66 kV) deux fois supérieure à la puissance standard. Mais la principale innovation réside surtout dans la construction des éoliennes, effectuée intégralement à terre, avant de les immerger à 40 m de fond, où elles sont lestées par 8 000 tonnes de sable. « Blyth est le premier parc éolien en mer à utiliser une technologie de flottaison en submersion », assure l’électricien. Bilan : un gain de temps de 20 % et environ 50 millions d’euros d’économie sur les 150 à 200 millions de coût du chantier.

Royaume-Uni : le coût du MWh divisé par deux depuis 2015

Dans les mers britanniques, EDF est également présent à Teeside, au large de Redcar (Yorkshire) et dans le parc de Neart na Gaoithe, en Écosse, qui doit être mis en service en 2023. En parallèle, il travaille également sur un projet de stockage d’électricité par batterie d’une capacité de 49 MW à la centrale de West Burton B (Nottinghamshire) afin « d’améliorer la stabilité du réseau électrique et de répondre rapidement aux fluctuations de la fréquence de ce réseau ». Le groupe français n’est pas le seul à perfectionner sa technologie en territoire britannique : l’an dernier, Engie a également acquis une participation de 23 % dans le parc éolien offshore de Moray, en Écosse, qui prévoit de produire jusqu’à 1,1 GW. Un intérêt qui s’explique notamment par la rentabilité de plus en plus compétitive de cette source d’énergie, dont le coût a baissé de moitié depuis 2015 au Royaume-Uni. Le projet Triton Knoll, au large du Lincolnshire, promet ainsi un tarif de 75 livres/MWh (84,51 euros) à sa mise en service en 2022, tandis que celui de Moray, où a investi Engie, table sur 58 livres/MWh (65,3 euros) d’ici le début de son exploitation prévu en 2023. À eux seuls, ces deux parcs devraient ainsi fournir une électricité très bon marché à 3,3 millions de foyers britanniques.

« Une technologie à elle seule ne peut résoudre le problème d’approvisionnement en électricité du Royaume-Uni », souligne Tom Greatrex, directeur général de l’Association de l’Industrie nucléaire au Royaume-Uni. « Les deux-tiers de la capacité de génération distribuable doivent être mis à l’arrêt d’ici à 2030, dont toutes les installations nucléaires sauf une. Le Royaume-Uni a donc besoin d’un large éventail de technologies à faible émission de carbone pour fournir de l’électricité de façon pérenne. »

L’avenir de l’éolien offshore enfin dégagé en France

Aux premières loges dans les réalisations outre-Manche, les groupes français concèdent toutefois un important retard à domicile sur leurs voisins britannique, allemand et espagnol en matière d’électricité éolienne. Seulement quatrième des pays de l’UE pour la puissance installée (11 467 MW) comme la production d’électricité éolienne (21 400 TWh), la France est encore plus larguée sur l’offshore, faute d’avoir su concrétiser les projets qui dorment depuis plusieurs années. Il aura fallu une visite d’Emmanuel Macron le 20 juin à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) pour redonner du souffle à six d’entre eux, au point mort depuis l’attribution de l’appel d’offre entre 2012 à 2014. Lors de ce déplacement, le président français a confirmé la construction un temps menacée des parcs éoliens offshore à Fécamp (Seine-Maritime), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Courseulles-en-Mer (Calvados) pour le compte d’EDF, au Tréport (Seine-Maritime) et aux Îles d’Yeu et de Noirmoutier (Vendée) pour Engie, ainsi qu’au Cap Fréhel (Côtes-d’Armor) pour l’espagnol Iberdrola. Pour ce faire, le chef de l’État a diminué de 40 % la subvention publique initialement prévue et obtenu une baisse de 30 % des tarifs de rachat par EDF, sources de 15 milliards d’euros d’économies, d’après lui. Grâce à ces négociations, le prix du MWh serait tombé « de 200 à environ 150 euros », selon Nicolas Hulot, ministre de la Transition énergétique. Les 400 éoliennes en fonctionnement entre 2021 et 2024 totaliseront cependant près de 3 GW de puissance cumulée, soit l’équivalent de deux réacteurs EPR, et emploieront plusieurs centaines de personnes. Objectif : pourvoir à 10 % de l’électricité nationale en 2030, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

La relance annoncée des projets éoliens offshore sur les côtes françaises a résonné comme une excellente nouvelle pour la filière des EnR, qui commençait à marquer sérieusement le pas sur ses voisins européens. Fin 2017, le premier ministre Édouard Philippe avait ainsi reconnu la nécessité de « souquer très ferme » pour rattraper le « retard » de la France en la matière. Et pour cause : le contexte français est, par exemple, beaucoup moins favorable au déploiement d’éoliennes qu’outre-Manche, où les procédures d’obtention diffèrent considérablement. Alors que c’est aux entreprises d’effectuer les recherches de sites propices à cette activité dans l’Hexagone, cette tâche est assurée par les autorités britanniques, facilitant ainsi grandement le travail des futurs exploitants. De même, face au complexe cahier des charges français que les sociétés ayant remporté l’appel d’offres doivent respecter quels que soient les délais, le système britannique se révèle plus pragmatique avec une sélection ouverte seulement aux groupes ayant obtenu l’autorisation d’exploitation, qui se conformeront ensuite plus facilement aux exigences du site. Mais la principale différence entre les deux pays se résume surtout dans la réaction des populations, qui donne lieu à de vives protestations en France, loin de l’adhésion suscitée par l’implantation d’éoliennes au Royaume-Uni.


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