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« Livre Noir du Lobby du tabac en Europe » : du goudron dans nos institutions

vendredi, 29 juin, 2018 - 14:04

Le député européen Younous Omarjee, élu meilleur parlementaire européen par Parliament Magazine, vient d’annoncer la publication d’un « Livre Noir du lobby du tabac en Europe ». Une publication qui devrait casser bon nombre de préjugés sur le commerce parallèle de tabac, son origine, et la pertinence des solutions pour y remédier.

99%. C’est le pourcentage de cigarettes du commerce parallèle qui proviendraient directement des usines des fabricants de tabac selon le « Livre Noir du lobby du tabac en Europe » du député LFI Younous Omarjee. Dans cet ouvrage, le parlementaire européen détaille avec précision l’implication des fabricants de cigarettes dans un commerce illicite qu’ils alimentent presque exclusivement. Mais ce n’est pas tout : le livre révèle également que la Commission européenne de Jean-Claude Juncker et Pierre Moscovici ainsi que l’industrie du tabac se sont accordés pour écarter le Protocole de l’OMS pour lutter contre le commerce illicite du tabac au profit d’une Directive tabac anémiée.

 

Mélange de genres

« Il devrait y avoir une plainte pour crime contre l’humanité contre l’industrie du tabac » lâche, incisif, Younous Omarjee au micro de France Info. Pour arriver à cette conclusion Younous Omarjee révèle comment les multinationales de tabac Philip Morris, British American Tobacco ou Japan Tobacco organisent méthodiquement le commerce parallèle. Ce dernier suit généralement deux voies. La première est celle de la contrebande, au sens propre : pour contourner les mesures législatives ou fiscales anti-tabac recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les multinationales du tabac vendent des grandes quantités de leurs produits à des intermédiaires, qui le ramènent par bateaux ou par camions dans les pays où le tabac est plus cher.

La seconde est celle des achats transfrontaliers, c’est-à-dire les achats réalisés par les fumeurs au sein de pays limitrophes à la fiscalité plus conciliante. On pense par exemple à Andorre ou au Luxembourg, dont le sur-approvisionnement par l’industrie du tabac fait régulièrement les gros titres.

En revanche, les traces sont maigres de la contrefaçon que dénoncent à grands cris l’industrie du tabac et qui ferait tant de mal à leurs chiffres d’affaires. Dans son Livre noir, Younous Omarjee prouve, chiffres à l’appui, que cette dernière n’existe quasiment pas dans le domaine du tabac (une dirigeante de la Seita/Imperial l’a estimé à 0,2%). Pourquoi ? Parce qu’il est beaucoup plus rentable d’acheter des cigarettes dans les pays à faible fiscalité, plutôt que de les fabriquer. Cet argument démonte également l’argument utilisé ad nauseam par les cigarettiers selon lequel les Cheap Whites (ou Illicit Whites), ces marques blanches de cigarettes, sont un phénomène en explosion. Là encore, le rapport l’estime à 1% seulement. Un chiffre qui confirme ceux des associations anti-tabac comme le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) qui avait déjà dénoncé à multiples reprises les ambiguïtés statistiques relatives aux Illicit Whites présentes dans un rapport rédigé par KPMG…. et commandé par l’industrie du tabac.

 

De l’entrisme à la Santé

Les révélations du député ne s’arrêtent pas là. Younous Omarjee relate également l’emprise de l’industrie du tabac sur l’entrisme des fabricants de cigarette au plus haut niveau de l’exécutif européen. « J’ai été témoin de l’influence toxique de ce lobby » raconte l’eurodéputé qui se pose en lanceur d’alerte. Le député LFI explique ainsi comment les fabricants de tabac ont phagocyté pendant deux ans, de 2016 jusqu’au premier trimestre 2018, la Direction Générale SANTE de la Commission européenne.

L’objectif :  obtenir de la Commission un rôle de premier plan au sein de la lutte contre le commerce parallèle de tabac… qu’ils organisent eux-mêmes. Younous Omarjee ne dit pas comment les lobbyistes de l’industrie du tabac s’y sont pris pour convaincre des responsables de la Commission de rédiger des textes apparemment contraires au Protocole de l’OMS « pour éliminer le commerce illicite du tabac », un traité international pourtant officiellement ratifié par l’UE le 24 juin 2016 et juridiquement supérieurs aux textes de l’UE.

Le résultat est néanmoins là : à la surprise générale et malgré les enquêtes médiatiques et les objections de parlementaires, la Commission Santé a adopté une Directive tabac et des actes délégués qui permettent aux multinationales du secteur de conserver une partie de la mainmise sur la lutte contre le commerce illicite.

Un non-sens.

 

En dehors de l’OMS, point de salut ?

Cette emprise des multinationales du tabac devrait néanmoins être tenue en échec par la quarantième ratification du Protocole de l’OMS contre le commerce illicite du tabac, recueillie ce mercredi. Résultat : le 25 septembre 2018, ce protocole qui interdit strictement que les multinationales du tabac prennent part à la lutte contre le commerce illicite de leurs produits, devra s’appliquer au niveau mondial.

Dès lors, la directive tabac de la Commission européenne, qui impliquait les fabricants dans le domaine de la traçabilité, est de facto rendue caduque. « Je me réjouis de l’entrée en vigueur du Protocole de l’OMS qui peut demain nous donner enfin les moyens de mettre fin aux trafics de cigarettes et de produits du tabac, tant préjudiciables à la santé publique, notamment vis-à-vis des plus jeunes, plus captifs du marché parallèle du tabac » a annoncé Younous Omarjee, qui milite désormais « pour que la surveillance du marché parallèle du tabac soit désormais totalement sortie des mains des cigarettiers, ce que le Protocole de l’OMS préconise sans ambigüité ».

Au vu des révélations que contiennent son Livre noir, on ne peut qu’espérer que cette demande de l’eurodéputé sera entendue par la Commission… et par ses pairs.

 


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