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Des menteurs à la fête

jeudi, 23 septembre, 2010 - 12:05

Il est un pays de Gascogne où le silence est d’argent et la parole d’or. Surtout lorsqu’elle est pure menterie. À Moncrabeau, petit village de huit cents âmes perché sur une colline rocheuse du Lot-et-Garonne, mentir est un art de vivre depuis trois siècles…

Chaque premier dimanche d’août, la très officielle Académie des menteurs y couronne son roi. Les prétendants s’affrontent à coups de mots. Ni jurons ni insultes, mais de bons mots composant une histoire tellement belle qu’elle en paraît vraie. Sur la place de l’église, les prétendants au titre se succèdent dans le “fauteuil du menteur” taillé dans la pierre.

Par 36 °C à l’ombre, les membres de la docte académie, les visages aussi rouges que leurs robes d’apparat, s’efforcent d’ouïr le récit. D’en apprécier l’esprit et la faconde ; bref, de mesurer tout le sel de l’histoire. Et c’est justement au poids de sel qu’est élu le roi : les membres du jury remplissent un petit sac en cuir, alloué à chaque candidat, à l’aide d’une cuillère en bois. Plus ils aiment l’histoire, plus ils versent de sel. Et le sac le plus lourd, aux dires de la balance, désignera le vainqueur.

“Ainsi naquit le métier de dépuceleur”

Habitué de cette joute, Fred Pojurowski a déjà coiffé trois fois la couronne d’or. La dernière fois, en 2006, il a régalé l’auditoire en prétendant avoir été chargé, par le ministère de la Culture, de rechercher l’histoire des métiers disparus de la région. Il a affirmé avoir retrouvé la trace d’un ancien artisanat : "Au 18ème siècle, notre pays ne connaissait point l’hygiène, et les gens étaient couverts de puces. Un jour, un homme s’aperçut que les vers luisants faisaient fuir ces petites bêtes. Il suffisait que les gens se dévêtissent et appliquent des vers sur leur peau pour en être débarrassés. Fort de sa trouvaille, l’homme embaucha aussitôt deux cents personnes pour ramasser les vers luisants dans la région, et cinquante autres pour soigner le peuple. Ainsi naquit le métier de dépuceleur."

L’Académie des menteurs aurait été fondée au XVIIIe siècle sous l’impulsion d’un moine facétieux qui, une fois les vêpres expédiées, narrait volontiers des histoires inventées de toutes pièces. On venait des alentours pour l’écouter et chacun y allait de sa “gasconnerie” la plus drôle… et la plus vraisemblable. Une lettre patente de 1748 atteste de la fondation de l’Académie, qui regroupe "tous les hâbleurs, menteurs, nouvellistes et autres personnes désœuvrées qui s’exercent dans le bel art de mentir finement, sans porter préjudice à autre qu’à la vérité, dont ils font profession d’être ennemis jurés".

Depuis 1972, le concours est international et l’on vient de Belgique et du Québec pour concourir à Moncrabeau (mot occitan signifiant “Mont de la chèvre”), où l’on cultivait déjà le sel à l’époque gallo-romaine. Cette année encore, les prétendants sélectionnés – une douzaine – sont invités à s’asseoir dans le fauteuil du menteur. Et, comme le veut la coutume, à conclure leur menterie par "Et de toi, le sel m’aidera".


À voir aussi…

La région recèle de superbes bastides et châteaux. Visiter les villes de Villeneuve-sur-Lot, de Temple-sur-Lot, Monpezat-d’Agenais, sans oublier le musée des Beaux-Arts d’Agen, l’un des plus riches d’Aquitaine.
www.cg47.org
www.agen.fr/musee


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