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Corruption en Espagne : le retour des vieux démons

jeudi, 23 septembre, 2010 - 12:48

Corruption, prévarication, rivalités… La justice espagnole a fort à faire en ce moment. Au-delà des scandales, la démocratie espagnole doit faire face ses vieux démons : la corruption et la dictature franquiste.

La première affaire concerne le juge Baltasar Garzón, qui se rendit célèbre à la fin des années 1990 en formulant une demande d’extradition contre Augusto Pinochet. La Cour suprême, représentée par le juge d’instruction Luciano Varela, vient de décider de faire juger le juge-vedette espagnol pour "prévarication". Le magistrat est accusé d’avoir ouvert, en 2008, une enquête sur les crimes du franquisme, au grand dam des conservateurs espagnols, cramponnés à la loi d’amnistie de 1977.

Varela affirme que Garzón doit être jugé pour avoir ouvert l’enquête en étant conscient qu’il n’était pas compétent car il violait l’amnistie. La Cour suprême accède ainsi à la requête des deux organisations d’extrême droite à l’origine de la plainte déposée contre Garzón. Le magistrat risque jusqu’à vingt années de suspension. Il est, par ailleurs, sous le coup de deux autres instructions avalisées par la Cour suprême, ce qui ressemble fort à de l’acharnement, selon nombre de commentateurs. La presse souligne l’animosité qui règne entre les deux magistrats et l’agacement généralisé au sein de la magistrature espagnole face aux initiatives médiatiques du juge Garzón.

Dangereux précédent

Cette situation a provoqué la colère des progressistes espagnols qui y voient un dangereux précédent. De plus, si Garzón est suspendu de ses fonctions, plusieurs affaires dont il est responsable resteront en suspens : l’enquête sur les pratiques de torture dans la base militaire de Guantanamo, ou plusieurs affaires concernant l’organisation terroriste basque ETA, par exemple. Les associations de victimes du franquisme et les soutiens à Garzón ont appelé à manifester rue Génova, face à l’Audience Nationale de Madrid, où travaillent les deux juges d’instruction… mais aussi où le Parti Populaire (PP), le parti conservateur, a son siège

Le clin d’œil n’est pas anodin, tant il est vrai que le juge Garzón est dans la ligne de mire du PP depuis que le juge a ouvert une enquête sur une affaire de corruption, dite "Gürtel", dans laquelle semblent tremper certains membres des hautes sphères du principal parti d’opposition. Un autre juge est désormais en charge de l’instruction. Cependant, pour le PP, Garzón reste le seul responsable de l’ouverture cette enquête qui serait uniquement destinée à nuire au parti. Le magistrat fait également lui même l’objet d’une instruction pour avoir fait procéder à des écoutes téléphoniques entre un membre du Parti Populaire impliqué dans l’affaire Gürtel et son avocat.

Scandales en cascade

Les 50.000 pages du dossier d’instruction de cette affaire, l’un des plus grands scandales de corruption depuis le retour de la démocratie, ont été rendues publiques mardi 6 avril, la veille de la mise en accusation de Garzón. Le document fait état d’une accumulation de preuves contre Luis Bárcenas, sénateur du PP mouillé jusqu’au cou dans cette affaire. Il ressort du dossier que les Communautés de Valence et de Madrid sont également particulièrement concernées par cette enquête sur le financement occulte du parti. A coups de pots de vin en nature (montres, costumes…) ou en espèces, Bárcenas obtenait des contrats publics pour les entreprises de son réseau. L’affaire Gürtel est également un exemple parfait de l’excellente santé de l’économie souterraine en Espagne, dont le chiffre d’affaires a augmenté de 0.7% en 2009 alors que le PIB a chuté de 3,6%.

La mise en accusation du juge Garzón pour avoir voulu enquêter sur les crimes amnistiés du franquisme tombe donc à pic pour le Parti Populaire en détournant un peu l’attention des médias. Après un silence prolongé, Mariano Rajoy, le président du parti, a dû se prononcer jeudi 8 avril sur l’affaire Gürtel. Il en a profité pour rappeler le principe de la présomption d’innocence qui concerne aussi, a-t-il dit, le juge Garzón, en référence à la mise en accusation du magistrat ! La question est maintenant de savoir si le PP paiera les pots cassés lors des prochaines élections générales en 2012, d’autant qu’il est aussi affecté par le procès pour corruption de Jaume Matas, l’ancien président PP des Baléares…




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