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Un « plan Orsec » pour sauver l’euro et l’Europe

jeudi, 23 septembre, 2010 - 18:09

L’Europe vient enfin de mettre en œuvre une réelle stratégie de dissuasion monétaire pour contrer la spéculation sur l'euro et éviter qu’après la Grèce, d’autres pays - y compris la France - ne se retrouvent dans le collimateur des marchés.

Les mesures sans précédent annoncées cette nuit par les ministres des Finances de l'Union européenne pour éviter une crise de la dette dans la zone euro ont eu un effet immédiat: les bourses européennes sont toutes en très forte hausse aujourd'hui, et l’euro remontait à 1,30 dollar tandis que les taux des emprunts d’Etat étaient en chute libre.

La stratégie de "puissance de feu massive" mise en place dans la nuit de dimanche à lundi – 500 milliards d'euros de prêts et de garanties de prêts pour pays de la zone euro, plus 250 milliards d'euros du FMI – ressemble à s'y méprendre au plan américain Tarp (Troubled Asset Relief Program) de 700 milliards de dollars mis en place outre-Atlantique lors de la crise financière de 2007-2009. Autre mesure spectaculaire annoncée lundi : les banques centrales de la zone euro sont désormais autorisées à acheter de la dette publique et privée. Jusque-là, la banque centrale européenne s’y était toujours refusé.

Spectaculaire détente des taux

Du coup, la chute des rendements obligataires – le taux auquel empruntent les Etats sur le marché pour se refinancer – a été spectaculaire : sur les obligations à dix ans de la Grèce, le taux est passé de 12,2% vendredi à 6,4% lundi ; au Portugal, il est revenu de 6,3 à 5,25% ; en Espagne de 4,45 à 3,95% tandis que le « bund » allemand remontait au dessus de 3% (contre 2,8% vendredi). On assiste en quelque sorte à la reconstitution de l’union monétaire européenne qui s’était désintégrée ces derniers jours puisque, dans une zone dotée d’une même monnaie, l’euro, l’Etat considéré comme le plus sûr aux yeux des investisseurs (l’Allemagne) se finançait plus de quatre fois moins cher que le pays le moins fiable !

Il y avait une grande urgence à agir et à agir fort. Car, toujours prompts à tester les constructions qui leur paraissent fragiles, les marchés n'auraient probablement pas manqué de s’attaquer, après la Grèce, à plusieurs pays du fait de leur situation économique et financière tendue. Des pays qui présentent des déficits publics élevés par rapport à leur produit intérieur brut : l’Irlande (-14,3%, plus que la Grèce !), le Portugal (-9,4%), l’Espagne (- 11,2%). Une vraie revue des « PIGS » (Portugal, Ireland, Greece, Spain) que dénoncent avec mépris les anglo-saxons et les Allemands auxquels certains n’hésitent pas à ajouter l’Italie (on parle en ce cas de « PIIGS ») dont le déficit public reste certes « raisonnable » (-5,3%) mais dont la dette publique est égale à celle de la Grèce (115,8% du PIB).

Pays vulnérables

Dans cette liste, les pays ne sont pas égaux. L’Espagne jouit ainsi d’une surface financière conséquente qui la préserve un peu des attaques spéculatives sauvages des marchés, mais la crise économique qu’elle traverse est particulièrement profonde du fait du « coup de torchon » de l’immobilier et son taux de chômage est apocalyptique (20%). Le Portugal est sans doute plus vulnérable mais sa dette publique est inférieure à celle de la France (76,8 contre 77,6% du PIB) et le pays vient d’être dégradé, comme l’Espagne d’ailleurs, par les agences de notations financières. Il ne court donc pas trop de risque d’essuyer un nouveau camouflet des Standard & Poors et autres Moody’s.

Quant à l’Irlande, si son déficit public (14% en 2009) et son taux de chômage (13%) sont très élevés, le niveau de sa dette publique (64,5% du PIB), son plan d’austérité adopté en 2009 et sa politique constamment favorable au système bancaire, devraient lui attirer l’indulgence des marchés. L’Italie, enfin, ne suscite pas trop de défiance. Malgré une note des agences financière inférieure à celle de l’Espagne ( A+ contre AA), le taux de ses bons du Trésor à 10 ans reste plus modéré que celui de sa sœur latine (4,26% contre 4,45%). Sans doute parce que le niveau d’endettement des agents privés italiens est raisonnable et que les perspectives de croissance de la Péninsule sont supérieures en 2010 à celle de l’Espagne (+0,8% contre -0,4% en 2010 selon les prévisions de la commission européennes).

La France pas à l’abri

Mais il faut également parler de la France. Son niveau de déficit public (7,5% du PIB en 2009) et son niveau de dette publique (77,6%) ne sont pas catastrophiques en regard des performances des autres pays de l’Union européenne. En outre, ses perspectives de croissance (1,3% en 2010 selon Bruxelles) et sa surface financière devraient la mettre à l’abri des attaques des marchés. Reste que l’annonce par le premier ministre français d’un gel des dépenses publiques pendant trois ans montre la nervosité de Paris avant l’annonce du plan européen.

La France jouit en effet, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, le Luxembourg ou la Finlande, de la note d’excellence des agences de notation, le fameux triple A, qui lui permet de financer sur les marchés sa dette publique à un taux très raisonnable (3,14% le 7 mai). Si des doutes se faisaient jour quant à la capacité de l’Hexagone à tenir ses engagements, les agences pouvaient dégrader la note de la France. Une décision symbolique qui aurait eu de très graves conséquences sur l’euro.

Après le spectaculaire « plan Orsec » de lundi, l’Europe et particulièrement, la zone euro se retrouvent plus que jamais contraintes par les marchés de pratiquer des politiques budgétaires restrictives. Dès lundi, Espagne et Portugal se sont d’ailleurs engagées à prendre de nouvelles mesures d'économie budgétaire. Or, la reprise de la croissance économique s’annonce très timide en Europe où les taux de chômage ne cessent de grimper.

Aux Etats-Unis, au contraire, le malthusianisme monétaire imposé par la Bundesbank allemande n’est pas de mise. A l’automne dernier, alors que se confirmait un déficit budgétaire fédéral de plus de 10% du PIB, le chef de la Commission du budget de la Chambre des représentants, jugeait qu’il ne fallait pas chercher à réduire le déficit « avant que l’économie ne se soit totalement remise ».

Sagesse outre-Atlantique, folie sur le vieux continent ?


Allemagne : la crise laissera des traces

Mise devant le fait accompli, l’Allemagne a finalement dû venir en aide à Athènes puis souscrire au plan européen pour sauver la stabilité de l’euro. Mais la crise laissera des traces. Outre-Rhin, une réforme des conditions liées à la participation à la zone euro est jugée inévitable afin que le cas grec ne se reproduise pas. Beaucoup réclament, comme l’a fait Angela Merkel (qui, depuis, est revenue sur cette idée), la possibilité d’exclure de la zone les mauvais élèves. Le gouvernement fédéral entend désormais plutôt renforcer les contrôles et projette également de suspendre le droit de vote au conseil européen des pays qui ne respecteraient pas les règles. Une chose est sûre : la solidarité que l’Allemagne a dû accepter à son corps défendant va durcir sa position au sein de la zone euro et renforcer son influence, car elle sera moins prête désormais à faire des concessions.

Alors que la coalition d'Angela Merkel a perdu dimanche sa majorité au Bundesrat, qu'en sera-t-il demain, une fois la crise actuelle passée, de la volonté du premier contributeurs à ce fonds de garantie de maintenir sa contribution? L'accord des ministres de finances de l'UE ne précise pas de durée d'engagement des pays signataires. Or une des raisons de la défaite de la coalition de centre droit d'Angela Merkel en Rhénanie-du-Nord-Westphalie semble être le mécontentement de l'opinion à l'idée de devoir aider la Grèce pour certains, ou, pour d'autres, la trop longue indécision du gouvernement allemand face à la crise financière européenne.


Finlande : Raz le bol du « club med »

Unanimement, les journaux finlandais fustigent sans pitié la supposée fragilité financière des pays du Sud: Portugal, Espagne et Italie sont pointés comme «mauvais élèves» de l’UE, des cancres qu’il faudra bien un jour aider. Un ton encore au-dessus, la presse «à scandales» se lâche totalement, avec des papiers frisant la xénophobie. Tonalité dominante : «Nous Finlandais sommes les «élèves-modèles» de l’UE, nous faisons moûlt efforts et refusons de faire davantage de sacrifices pour un pays déjà «gâté» comme la Grèce». Quant aux internautes finlandais, ils stigmatisent ces pays méditerranéens dotés d’un climat idéal et peuplés, bien évidemment, de gens malhonnêtes, dépourvus de ce légendaire civisme tellement répandu en Finlande!


Portugal : les investissements publics attendront

Le gouvernement de José Socrates a décidé d’accélérer la réduction du déficit public, le ramenant à 7,3 % du PIB au lieu de 8,3% prévu cette année. Ce sont les investissements publics qui vont faire les frais des nouvelles coupes budgétaires, notamment les grands chantiers du nouvel aéroport de Lisbonne, sur la rive sud du Tage, ainsi que le TGV. La seconde ligne à grande vitesse (LGV) prévue entre Lisbonne-Porto-Vigo (Espagne) avait déjà été reportée. Cette fois, le NAL (Nouvel Aéroport de Lisbonne) devra patienter et le troisième pont sur le Tage sera plus étroit que prévu. Même si le premier ministre affirme que ces projets ne sont pas abandonnés mais retardés, les industriels ne cachent pas leur inquiétude : les grands travaux étaient très attendus pour relancer des pans entiers de l’activité et enrayer la montée du taux de chômage (10,5%).


Espagne : recherche d’un consensus droite-gauche

De nombreux économistes reprochent au gouvernement espagnol de ne pas agir aussi radicalement que le commande la situation. José Luis Zapatero et ses ministres rappellent cependant qu’il existe des indices d’amélioration de l’économie espagnole : augmentation de la production industrielle, baisse du chômage (toute relative) en avril, retour de l’inflation, amélioration du marché de l’immobilier. Cet optimisme a le don d’irriter l’opposition qui ne voit pas les réformes arriver et accuse le Gouvernement de ne rien faire. Pour montrer aux Espagnols (et aux spéculateurs) sa conscience de la gravité de la situation actuelle, le chef du gouvernement a invité celui de l’opposition mercredi dernier, dix-huit mois après leur dernier tête-à-tête. Cet entretien leur a permis de se mettre d’accord sur l’accélération de la rénovation du système financier espagnole. « Insuffisant » juge cependant une majorité d’Espagnols.



Italie : c'est pas la Grèce!

Même si le bulletin de santé financier de l’Italie n’est pas réjouissant – la dette publique devrait atteindre 118,4% du PIB en 2010 -, le gouvernement Berlusconi et la banque centrale tiennent à rappeler les facteurs de solidité de l'économie transalpine qui font la différence par rapport à la situation grecque ou même espagnole : « le système bancaire italien est moins vulnérable que celui d’autres pays européens, les ménages sont moins endettés que la moyenne européenne et la dette de l’Italie vis à vis de l’étranger est relativement faible ».




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