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Immigrés : un problème et une solution pour l’Allemagne

lundi, 13 septembre, 2010 - 16:41

Répondant indirectement aux provocations anti-immigrés de Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank qui vient d’être contraint à la démission, le gouvernement allemand veut favoriser leur intégration. Car l’Allemagne a un besoin criant de main d’œuvre étrangère pour faire face au redémarrage en fanfare de son industrie et pour financer les retraites d’une population déclinante et vieillissante. Ceci alors que la xénophobie gagne du terrain.

Si la presse allemande n’a pas ménagé ses critiques à l’encontre de la politique française vis-à-vis des expulsions de Roms conduites par la France, l’intégration des immigrés est au centre du débat politique outre-Rhin. Débat relancé par Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank qui a finalement démissionné le 9 septembre à la suite des violentes polémiques suscitées par ses propos anti-Musulmans, oblige les partis politiques à réagir.

Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, est le premier à être monté au front. En dépit des propos alarmistes tenu par Thilo Sarrazin, seuls 10 à 15 % des immigrés éprouveraient aujourd’hui de réelles difficultés d’intégration, a-t-il expliqué. "Un chiffre qui n’est pas si mauvais par rapport aux comparaisons internationales".

Cours de langue au programme

Pour autant, selon un rapport publié en juillet dernier, le taux de chômage des salariés d’origine étrangère était de 12,4 % en 2008 contre 6,5 % pour les Allemands « de souche ». En dépit de l’introduction depuis 2005 de cours d’allemands destinés aux étrangers qui a concerné 600 000 personnes, le ministre de l’Intérieur estime que 1,1 million d’entre eux (sur les 15,6 millions d'étrangers ou de nationaux d'origine étrangère, dont quelque 4 millions de musulmans) ne seraient pas capables de s’exprimer en allemand. La non-connaissance de la langue étant considérée comme le principal handicap pour favoriser l’intégration, le gouvernement a donc décidé que les enfants bénéficieront, eux-aussi, de ces cours.

Concernant les enfants, il s’agit notamment d’améliorer les performances scolaires des migrants : alors que globalement, 6,2 % des Allemands sortent du système scolaire sans qualification, ce taux atteint 15% chez ceux d’origine étrangère. Et ces chiffres ne cessent de croître depuis plusieurs années. En 2005, par exemple, seuls 10,8 % des jeunes d’origine étrangère et 5,4 % des élèves scolarisés, toutes origines confondues, quittaient l’école dans diplôme.

Diversité des profs

Mais la mesure phare du nouveau plan pour favoriser l’intégration des immigrés est l’augmentation significative du nombre de professeurs d’origine étrangère dans les écoles, ces derniers pouvant servir de médiateur mais aussi d’exemple aux jeunes générations. Dans le précédent plan, présenté en 2007, cette mesure était déjà présente mais elle est restée lettre morte faute de financements, mise à part quelques bourses allouées principalement par des fondations privées.

La fondation Hertie a ainsi initié le programme Horizon qui depuis 2008 a distribué une trentaine de bourses. Une goutte d’eau par rapport aux sommes nécessaires pour faire entrer dans la diversité dans les salles de profs… A Hambourg, par exemple, un élève sur deux à des origines étrangères contre 2 % seulement des enseignants. Conscients de ces limites, quelques Länder ont commencé à prendre cette question au sérieux, à l’image de Hambourg, de Berlin ou de la Rhénanie du Nord-Westphalie.

Des bras pour l’industrie

Les partis politiques d’opposition, les sociaux-démocrates et les verts, ont critiqué les mesures dévoilées pour leur manque d’ambition, aucun chiffrage ni aucun montant financier ayant été communiqués pour accompagner leur déploiement. Des critiques qui selon un article du site du Spiegel sont d’autant moins bienvenues que l’opposition, pas plus que la majorité, n’a réellement d’idées sur la manière d’aborder concrètement le problème.

Pourtant le temps presse : les propos de Thilo Sarrazin trouvent un certain écho dans la population. Non seulement une majorité d’Allemands semble lui donner raison, mais aussi grand un nombre d’électeurs de gauche. Selon une étude de l'université de Bielefeld, un Allemand sur deux trouve qu'il y a trop d'étrangers dans le pays. D’autre part, la DIW, un institut de recherche économique, vient de rappeler que l’Allemagne allait avoir besoin d’un nombre important d’immigrés dans les prochaines années, soit quelque 500 000 personnes par an pour répondre aux attentes des entreprises.

Ceci alors qu’Eurostat prévoit une croissance de 3,4% en Allemagne cette année. Un redémarrage en fanfare après la récession de 4,7% en 2009 ! Et sans main-d’œuvre d’origine étrangère, le niveau de vie de la population baissera et l’âge de la retraite pourrait être porté à 70 ans, a menacé l’institut…




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