Syndicate content

Qualité des retraites : du temps, de l’argent et du rêve

vendredi, 24 septembre, 2010 - 10:34

La retraite constitue un nouveau mode de vie dont la qualité dépend de plusieurs facteurs : durée, niveau des revenus, accès à des services spéciaux peu coûteux. Par rapport aux autres Européens, les retraités français disposent de beaucoup de temps et d’un pouvoir d’achat très honorable. Mais ils sont désavantagés par rapport à leurs voisins du sud en termes d’accompagnement socioculturel.

Nicolas Sarkozy et le gouvernement français n’en démordent pas : l’allongement de la durée de la vie plombe inexorablement les comptes de l’assurance vieillesse et rend indispensable un recul de l’âge de départ. A observer l’évolution du déficit cumulé de la caisse vieillesse et du fonds de solidarité vieillesse (4,4 milliards d’euros en 2007, 5 milliards en 2008 mais 10 milliards en 2009 et 13 en 2010), on mesure aussi l’impact de la crise sur le financement des retraites. Reste que la France occupe bien la troisième place du podium européen pour les dépenses consacrées aux pensions : 13,2% du PIB, en dessous de l’Autriche (13,8%) et de l’Italie (14,6%) mais au dessus de la moyenne des 27 (11,8%). Pour autant, la qualité de vie des retraités français est-elle meilleure que celle de leurs concitoyens européens ?

Plus loin du tombeau

La qualité de vie à la retraite dépend en premier lieu du temps qu’il reste à vivre – de préférence en bonne santé – après le départ en retraite. La moyenne européenne se situe à 9,6 ans pour les hommes et 17,5 pour les femmes. Dans certains pays de l’UE, l’âge de la retraite sonne presque l’entrée dans l’antichambre de la mort. En Roumanie par exemple, les hommes ne peuvent espérer vivre que 4,4 ans une fois retraités, les femmes 11,4 ans. Et c’est encore pire en Lettonie.

La France se situe à l’autre bout du spectre puisque, prenant assez tôt leur retraite et bénéficiant d’une des meilleures espérances de vie au monde, ils peuvent tabler sur une retraite plus longue que celle de tous les autres Européens : 17,7 ans pour les hommes, 24,7 pour les femmes. Même l’Italie, championne de l’espérance de vie à la naissance, n’atteint pas tout à fait ces chiffres (17,2 et 23,2 ans). D’autres nations à protection sociale élevée et niveau de vie comparable sont en revanche distancées. En Allemagne et en Suède, les hommes passent respectivement 15,3 et 15,2 ans à la retraite, les femmes 20,3 et 19,2.

Meilleur avec de la galette…

La qualité de la retraite, c’est aussi l’argent dont on dispose. Selon les pays et les catégories sociales, le retraité s’appuie dans des proportions variables sur la pension du régime public par répartition, sur sa pension par capitalisation et sur les revenus de son patrimoine. Les chiffres 2008 publiés par l’office statistique Eurostat montrent d’assez grandes disparités en Europe et la France, encore une fois, s’en sort très bien puisque c’est le deuxième pays dont la pension des retraités s’éloigne le moins du niveau de revenus des dix dernières années sur le marché du travail. Ainsi, le taux de remplacement de la pension moyenne des plus de 60 ans par rapport au salaire moyen des 50-59 en France est de 66%. Seul les autrichiens, à 68%, s’en sortent mieux. La moyenne UE se situe à 49% et c’est d’ailleurs la même que celles des États-Unis. Les suédois conservent en moyenne 59% de leur salaire. Déjà loin de ces niveaux de remplacement, l’Italie et le Portugal affichent 51%, l’Espagne et la Finlande 48%, tandis que l’Allemagne ne remplace qu’à 44% le salaire, les Pays Bas à 43 % et le Royaume Uni à 41%. Difficile de contester que les Français sont parmi les privilégiés.

Leur situation est toutefois moins flamboyante si l’on compare le montant des retraites moyennes. En France et en 2010, il atteint 1 212 euros. Inutile de se référer à des pays comme la Roumanie, dont le niveau de vie n’est pas comparable et où le montant moyen de la pension reste plombé à 175 euros. Par rapport à ses voisins immédiats, la France est plutôt bien lotie mais pas championne : elle distance nettement l’Espagne qui plafonne à 886 euros, devance le Royaume-Uni qui, avec 1 010 euros, pâti du niveau très bas de ses pensions publiques, ainsi que la Belgique et ses 1 155 euros. Mais elle reste légèrement en deçà des 1 226 euros de l’Italie et des 1 230 euros de l’Allemagne.

Du Low Cost pour retraités

Si l’on ne gagne pas beaucoup d’argent à la retraite, on peut en revanche bénéficier de conditions avantageuses pour de nombreux services socioculturels. Dans ce domaine, l’Espagne peut se targuer d’être pionnière et a mis en place un véritable service public des personnes âgées. La principale réforme du gouvernement de Zapatero pendant son premier mandat a été la Loi de Dépendance, qui pose les bases du nouveau système national d’assistance à la dépendance. Le but consiste à donner aux personnes âgées les moyens matériels de rester autonomes dans un pays dont la population vieillit rapidement du fait de l’effondrement du taux de natalité. C’est aussi l’émergence d’un nouveau secteur d’activité compétitif qui est recherchée dans un territoire que l’afflux croissant des retraités de toute l’Europe fait qualifier de "Floride européenne".

Dès les années 80, les socialistes espagnols avaient agi en créant l’IMSERSO, un organisme public qui organise chaque année les vacances des plus âgés en Espagne pour des sommes d’argent modiques. Une semaine au bord de mer en Andalousie, dans un hôtel 3 ou 4 étoiles, coûte 164 euros tout compris et le mois entier 560 euros ! Et l’IMSERSO organise par ailleurs des séjours culturels, des traitements de thalassothérapie et toute sorte d’activité sociale et récréative en groupe low cost pour les centaines de milliers de grands-parents ibériques. Un modèle quasi-soviétique !

Ce sont surtout les pays méridionaux qui ont développé ce genre de services. Au Portugal, c’est la gigantesque fondation INATEL qui s’occupe du tourisme social avec, en bonus, des activités sportives spécialement conçues pour les retraités à des prix sans concurrence. En Grèce, l’organisme KAPI s’occupe depuis les années 80 d’assister matériellement les vétérans ne disposant plus de soutien familial. La France est loin de tels systèmes publics même si les municipalités y subventionnent souvent des clubs culturels et sociaux pour le troisième âge. Au Royaume Uni, les personnes âgées de plus de 60 ans peuvent se faire offrir le chauffage pendant les mois d’hiver. Quant aux pays du nord de l’Europe, ils préfèrent faciliter la vie des retraités et leur accès au soin plutôt que leur offrir du rêve…
 




Pays