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Les Portugais « en marche contre la bourgeoisie »

jeudi, 11 novembre, 2010 - 12:10

Les syndicats portugais peaufinent leur stratégie pour la grève générale du 24 novembre contre l’austérité. Samedi 6, une première manifestation pour la défense de la fonction publique a donné le ton.

"Contre la bourgeoisie, marchons, marchons… ". Samedi 6 novembre à Lisbonne, ce slogan faisait florès dans les rang de la manifestation pour la fonction publique organisée en prélude à la grève générale contre l’austérité programmée pour le 24 novembre. Une grève qui "servira à punir la bourgeoisie" a clamé haut et fort Manuel Carvalho da Silva, leader de la puissante CGTP- Confédération Générale des travailleurs portugais.

L’atmosphère était déjà quelque peu surréaliste, avec des manifestants défilant en bras de chemise sous un chaud soleil automnal alors que sur les bas-côtés de l’avenue de la Liberté ont grillait des châtaignes et on installait les décorations de noël. Dans un discours ciselé comme une dentèle de Madère, le leader syndical en rajoutait:

Il faut déstabiliser une certaine bourgeoisie qui dans le privé comme dans le public met scandaleusement la main sur ce qui appartient à tous.

Le retour de la lutte des classes ? Pour le moins celle des générations. "Les jeunes ne doivent pas être condamnés au retour en arrière, au passé" a ajouté le leader syndical. Sur l’avenue de la Liberté, celle des "grandes manifs" parce que longue de près de 3 kilomètres, la lutte des classes version 2010 avait un allié de poids, en la personne du fringuant leader du PCP (communiste), Jeronimo de Sousa, ovationné, embrassé, cajolé à grands renforts de tapes viriles dans le dos. Une star.

"Socras" et "l’œuf Kinder"

Les syndicats de la fonction publique s’en sont pris essentiellement au gouvernement socialiste et à son budget d’austérité en préparation. Les fonctionnaires sont les premiers sacrifiés par la décoction amère préparée actuellement dans les officines du pouvoir. Les salaires seront amputés de 5 à 10 % pour les revenus supérieurs à 1 500 euros bruts, les cotisations à la caisse des retraites augmentées d’un point, les carrières seront gelées et les services démantelés.

Le "mammouth" se fait dégraisser essentiellement dans l’éducation et la santé. Mais s’il fallait une goutte d'eau pour faire déborder le vase, elle est tombée récemment avec l’annonce qu’il sera désormais impossible de cumuler retraites de la fonction publique et revenus du privé. De maigre, la pension va devenir anorexique.

Pire, il manque 500 millions d’euros dans les caisses du budget pour 2011, et les mauvaises nouvelles se succédant à la vitesse du tsunami, les fonctionnaires craignent qu’on s’intéresse à nouveau bientôt à leurs portes-monnaies déjà raplapla. Certes, les syndicalistes admettent que la Fonction Publique est devenu au fil du temps un "machin" ingouvernable, grossi artificiellement par l’état providence façon Salazar, puis par la démocratie et l’entrée dans l’Union Européenne.

Mais de là à devenir les boucs émissaires silencieux sacrifiés sur l’autel du programme de croissance et stabilité Européen, il n’y a qu’un pas qu’aucun de ces syndiqués ne veut franchir. La répétition générale a permis de peaufiner les slogans, et de voir apparaitre le premier ministre José Socrates "ringardisé" en "Socras", avec l’accent du terroir, et maquillé sur les pancartes en "Zé Povinho", José le petit peuple, figure populaire et caricaturale, en signe d’avertissement.

Quant à son challenger le sémillant Pedro Passos Coelho, le leader du Parti Social Démocrate (centre droit) dans l’opposition, et pressenti comme futur premier ministre, il n’a pas encore de caricature. Un membre de son parti l’ayant traité récemment d’ "oeuf kinder", parce qu’il cache des trésors à l’intérieur, les manifestants eux ont tranché : c’est blanc-bonnet et bonnet-blanc. Avec lui tout pareillement le peuple devra payer.

Une grève générale historique

Les deux grandes centrales syndicales que compte le pays ont décidé d’unir leur force pour la grève générale du 24 novembre, et cela ne s’est pas produit depuis 22 ans. L’UGT- Union Générale des Travailleurs – proche du parti socialiste au pouvoir a finalement rejoint le mouvement tout en refusant, bien sûr, les mots d’ordre qui réclameraient la démission du chef du gouvernement.

Ce qui n’empêche pas son leader, João Proença de prédire la tenue d’élections législatives anticipées avant l’été 2011. En attendant, les différents syndicats affiliés aux deux centrales entrent les uns après les autres dans la danse, les entreprises para-publiques suivent et les travailleurs du privé montrent des signes d’intérêt. Les raffineries menacent de recourir aux opérations de blocus, les avions risquent de rester au sol et même les policiers pourraient lever le pied ou faire la grève du zèle. Quant au budget d’austérité du gouvernement Socrates, il sera en principe voté deux jours après la grève…
 




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