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Guy Verhofstadt : « Au G20, les Européens ont réédité le fiasco de Copenhague »

vendredi, 12 novembre, 2010 - 17:37

La France prend le relais de la présidence du G20 en pleine guerre des devises entre la Chine et les États-Unis. La victime ? Une Europe dont les membres ont des intérêts divergents mais une monnaie unique forte qui souffre de la neutralité monétaire de la BCE . Entretien avec Guy Verhofstadt, chef de file des libéraux au Parlement européen.

Jeudi 11 novembre à Séoul, lors de la réunion du Groupe des vingt (G20), les pays membres de la zone Euro n’ont pu se coordonner pour conjurer la guerre monétaire entre les Etats-Unis et la Chine. L’Eurozone perd des marchés à mesure que le dollar et le Yuan chinois se déprécient par rapport à l’Euro que la banque centrale européenne (BCE) se refuse de piloter à la baisse pour ne pas ranimer une inflation pourtant parfaitement improbable.

Pour Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge, leader du groupe Libéral au Parlement européen et qui fut le challenger officieux de José Barroso à la présidence de la Commission,

cette faiblesse européenne dans les instances internationales se poursuivra tant qu’il n’y aura pas une vraie gouvernance économique et une voix unique en Europe. A preuve, les discussions entre les puissances européennes se sont concentrées sur les sièges à sauvegarder au FMI au lieu de s’entendre sur une représentation unifiée de l’Europe qui ferait de l’UE le principal acteur de l’institution financière.

Comment concilier défense de la zone euro et intérêt particulier des pays qui la composent ?

L’Euro est un navire balloté au gré des soubresauts des marchés financiers. S’il n’y a pas de crise à l’horizon, l’euro s’apprécie. La Grèce triche sur ses comptes publics ? il dégringole. Si l’UE crée un mécanisme de stabilisation financière, le voilà qui remonte la pente. Mais quand Merkel et Sarkozy évoquent leur souhait de voir les investisseurs privés participer au mécanisme de stabilistion, boum ! c’est encore la pagaille. Il faut appuyer la politique monétaire européenne sur un gouvernement économique crédible. Sans cela, l’UE n’a rien à faire au G-20 dans la guerre des devises.Les européens viennent d’y rééditer le fiasco du sommet du climat à Copenhague.

Sommes-nous près de mettre en place une gouvernance économique européenne ?

Pas du tout. Il faut aller beaucoup plus loin que ce qui a été seulement entrevu au conseil européen du mois d’octobre. Le paquet proposé par le Conseil européen n’est pas la gouvernance dont l’UE a besoin. La véritable gouvernance économique impliquerait que la BCE et la Commission puissent développer une véritable politique de convergence des marchés du travail, des systèmes de retraites, de la politique fiscale, etc. Ça veut dire un pacte de stabilité plus crédible. L’actuel n’est pas crédible si le pouvoir de sanctionner dépend du Conseil.

Qui peut croire qu’un grand pays en difficultés va se voir imposer des sanctions puisque cela n’est pas arrivé ni à propos de la France ni de l’Allemagne en 2004 et 2005 ? Il faudrait aussi décloisonner les 27 marchés obligataires actuels au profit d’un marché européen. Ça permettrait d’instaurer des sanctions intelligentes : les pays ne respectant pas le pacte de stabilité se verraient interdire l’accès à ce marché pour se financer.

Le Parlement ira-t-il au delà du paquet proposé par le Conseil ?

Bien sûr ! Nous avons tout intérêt de travailler pour avoir une gouvernance économique forte, intense et crédible pour les marchés. Le paquet qui nous est arrivé du Conseil est trop mou. Il ne suffit pas d’une stratégie de coordination et de comparaison de ce que fait chaque pays. C’est d’une stratégie économique commune ce dont nous avons besoin.

Vous ne croyez pas au système de sanctions défendu par le Conseil pour les pays ne respectant pas le Pacte de Stabilité ?

Il n’est pas automatique ! La Commission ne pourra pas déclencher les sanctions contre les pays en infraction. Pour l’instant, c’est le Conseil qui décide à la majorité qualifiée qui relève ou non d’une procédure de déficit excessif. Si un pays réunit une minorité de blocage, rien ne se fait. Et ce n’est pas un système équitable, parce que les grands pays trouveront toujours cette minorité de blocage et peut-être pas les petits. Je propose un système inverse : la Commission aura la possibilité d’agir tout de suite et le Conseil aurait le droit de bloquer cette démarche en réunissant une majorité qualifiée. C’est vrai que pour cela il faudrait changer quelques articles du Traité, mais l’Allemagne l’a déjà demandé.

Vous n’avez pas peur d’un nouveau processus de révision du Traité de Lisbonne  ?

C’est vrai que, même si la révision se limite à peu d’articles, ça va être compliqué. Or je pense qu’il faudra modifier plus d’un article. Il ne faut pas inclure de transferts de souveraineté vers l’UE si nous voulons éviter les consultations populaires. En tout cas, si le Conseil décide de changer l’article 122 du Traité en rajoutant un bout de phrase pour rendre permanent le mécanisme de crise, continuons l’effort en améliorant le mécanisme de sanctions pour les états qui ne respectent pas le Pacte de Stabilité !

Comment définir un leadership politique idéal pour l’Union Européenne ?

Un vrai leadership consisterait à ne pas céder devants les leaders nationaux. Et devrait exiger 100% pour obtenir 30%. Jacques Delors incarnait ce type de leadership. A présent, on s’efforce d’arriver à un compromis avant de lancer une négociation… Le leadership doit pouvoir en outre s’appuyer sur un Parlement qui aille au bout des pouvoirs qu’il tient du Traité, ce qui n’est pas souvent le cas.

La taxe européenne est-elle une fois de plus enterrée ?

On va voir. La bataille vient de commencer. Le Parlement est prêt à bloquer la négociation sur le budget communautaire s’il n’y a pas au préalable un accord avec le Conseil sur les ressources propres de l’Union.

Pourquoi, en Europe n'y a-t-il pas d’inventeurs dans leurs "garages" en train de concevoir les entreprises de l’avenir ?

Ce n’est pas exact. Dans le domaine de l’innovation pharmaceutique, par exemple, l’Europe est pionnière. Mais un élément est clair : aux USA vous inventez, vous payez la taxe pour obtenir un brevet et vous pouvez exploiter l’invention dans tout le territoire. En Europe, il vous faut 27 brevets. Cette semaine, on a encore essayé de faire avancer le brevet européen, mais l’Espagne et l’Italie l’ont bloqué.

Comment briser ce corporatisme européen ?

Les effets de la réalité vont le briser. Nous allons tomber dans un scénario à la japonaise. Une quasi-stagnation économique à moins de 2% de croissance qui ne crée pas d’emploi. Voilà ce qui déclenchera les réformes en Europe : quand les gens se rendront compte que sans coopération européenne ils ne sortiront pas de la crise.
 




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