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Écoutes téléphoniques: la France en use, l’Europe en abuse

jeudi, 18 novembre, 2010 - 18:04

la plainte du journal Le Monde pour écoutes téléphoniques de ses journalistes, n'est pas la première en France. "L’écoutomanie" illégale ou légale est cependant plus limitée en France qu'ailleurs. Rien à voir avec l’Italie, la Pologne ou même les Pays-Bas et l’Allemagne.

Depuis la plainte déposée par Le Monde le 20 septembre pour violation du secret des sources, Le Canard Enchainé et Mediapart accusent la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) d’avoir surveillé plusieurs journalistes. Dix sept ans après l'affaire des écoutes téléphoniques commanditées par l'Elysée du temps de François Mitterrand, d’après Le Canard Enchainé, l'ordre viendrait, cette fois, de Matignon. Le directeur de cabinet de François Fillon, Jean-Paul Faugère, aurait "validé un accès sans contrôle" à des écoutes téléphoniques sans en référer à la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). Cette espionnite aigüe est-elle une maladie typiquement française? Loin de là.

La Pologne est la championne européenne toutes catégories en la matière. L’an dernier, pas moins d'un million de polonais aurait été écouté par les services de renseignement et la police. Il est vrai que la quasi-absence de législation protégeant la vie privée des citoyens polonais, facilite les choses. Les opérateurs téléphoniques sont contraints de transmettre les relevés de communication des abonnés, ceci sans accord préalable des autorités judiciaires. Résultat: sur 1 000 Polonais, 28 sont sur table d’écoute. Les journalistes sont évidement des cibles de choix, une dizaine d’entre eux aurait été "surveillée" entre 2005 et 2007.

En Espagne, le Parti populaire (PP) et les socialistes se renvoient la balle. Le PP affirme que ces pratiques sont utilisées par le gouvernement Zapatero et regrette que cette technologie ne soit pas régie par une loi organique. Pour sa défense, le ministre de l’intérieur socialiste a évoqué les écoutes réalisées dans le cadre de l’enquête sur l’affaire de Gürtel impliquant le parti conservateur. Le gouvernement Zapatero promet que toutes les écoutes sont pratiquées avec l’autorisation préalable d’un magistrat.

Ecouter les écoutes

En Italie, le gouvernement Berlusconi a finalement dû battre en retraite après avoir tenté d'encadrer sévèrement la publication du contenu des écoutes. Les journalistes italiens s'étaient mis en grève le 9 juillet dernier pour protester contre cette "loi bâillon" destinée à les empêcher de révéler les scandales politiques. Le Cavaliere, spécialiste en la matière, invoquait le secret de la vie privée et la "liberté de parler librement au téléphone"… Le texte a finalement été voté par le Sénat, mais il a été vidé de sa substance par un amendement voté par la "commission de justice" autorisant la publication des écoutes ayant un lien avec des enquêtes en cours.

Au Royaume-Uni, c'est le monde à l'envers. Les journalistes sont accusés d’écouter les people, les politiques et, outrage suprême, la famille royale. Au pays des tabloïds de caniveau, Andy Coulson, conseiller en communication de David Cameron, a été empêtré dans une histoire d’écoutes téléphoniques. Avant de rejoindre le Premier ministre, il était directeur de la rédaction de News of the world. Un journaliste et un détective travaillant pour ce journal avaient été emprisonnés il y a trois ans pour avoir piraté le téléphone de plusieurs membres de la famille royale et de responsables politiques. Une commission parlementaire multipartite n’a trouvé aucune preuve de son implication directe, mais le très sérieux New York Times a révélé, témoignages à l'appui, qu'il était bel et bien au courant des turpitudes téléphoniques de ses ex-collaborateurs.

D’après le ministère de la Justice, la France est l’un des pays européens qui pratique le moins d'écoutes légales. Ce même ministère reconnait cependant une explosion de 440% des écoutes entre 2001 et 2008, passant de 5 845 à 26 000.

Les Italiens sont beaucoup plus accros, avec quinze fois plus d'écoutes téléphoniques, les Pays-Bas douze fois plus et l’Allemagne se contente d'en effectuer trois fois plus…

Mathieu Bonduelle, juge d’instruction et secrétaire général du Syndicat de la magistrature explique cette augmentation par "la généralisation de la surveillance de la population", "l’évolution des technologies" et par "les modifications apportées à la loi qui augmentent les possibilités". Autrement dit, plus c'est techniquement et juridiquement facile, plus on cède à la tentation. Big brother is hearing you !


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