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Aide à l’Irlande : l’Espagne et le Portugal pas du tout rassurés !

lundi, 22 novembre, 2010 - 20:25

L'aide de l'Europe et du FMI à l'Irlande en pleine déroute financière n'a pas convaincu les marchés financiers. Au Portugal et en Espagne, seuls les gouvernements tentent encore de donner le change. Presse et économistes estiment que la contagion irlandaise ne peut plus être endiguée.

Le Premier ministre irlandais, Brian Cowen vient d'annoncer la dissolution du Parlement après avoir été contraint d'accepter l'aide européenne et du FMI. Un aveu d'échec alors que l'Union européenne va penser les blessures du tigre Celtique en débloquant près de 100 milliards d’euros.

Par ailleurs les banques britanniques engagées en Irlande devraient apporter une aide bilatérale de 8,15 milliards d’euros. La Suède envisage un prêt bilatéral d’un milliard d’euros. De son côté le FMI s’engage à financer près de 50% du "paquet" européen. Le déblocage de ces sommes interviendra en toute probabilité à la fin du mois de novembre. Selon le ministre des finances d’Irlande, la durée des prêts européens devrait s’échelonner de trois à neuf ans.

Pour redresser la barre, Dublin doit dorénavant revoir le plan de restructuration de ses banques ainsi que son plan d’austérité. Le Premier ministre, Brian Cowen devra trouver 15 milliards d’euros d’économies sur 4 ans pour ramener son déficit public à 3% du PIB contre 32% aujourd’hui. En revanche, en ce qui concerne le très avantageux taux d’imposition sur les sociétés (12,5%), Cowen affirme ne pas vouloir y toucher pour le moment.

Bad mood en Espagne

Après la Grèce, après l'Irlande, tous les regards des spéculateurs, des investisseurs et des analystes, se portent sur l’Espagne. Les effets lénifiants des analgésiques financiers appliqués par l’UE pour contrer la gangrène des dettes souveraines opèrent de moins en moins auprès des marchés. Il aura suffit hier d’une demi-journée entre l’annonce du plan européen de sauvetage pour l’Irlande et le basculement dans le rouge des indices boursiers européens. En Espagne la chute a atteint 2%.

Elena Salgado, ministre espagnole des Finances, se voulait pourtant rassurante hier : “Nous n’aurons absolument pas besoin d’aides en provenance de l’UE”. Le gouvernement irlandais disait mot pour mot la même chose avant de se résoudre à accepter ces aides. La Commission européenne a, de son côté, voulu contribuer à tranquilliser les esprits : "C’est une erreur de comparer la situation de l’Espagne à celle de l’Irlande", affirme, pour sa part, Amadeu Altafaj, porte-parole du Commissaire européen aux Affaires Économiques.

Pourtant, il y a bel et bien de quoi s’inquiéter, estime le quotidien La Vanguardia, qui évoque "les doutes des investisseurs sur une sortie progressive de la crise financière". En effet, l'État et les banques espagnoles détiennent plus de 100 milliards d’euros de créances sur l’Irlande et (surtout) le Portugal, précise La Voz de Galicia. Or ce dernier pays est particulièrement dans le collimateur des marchés financiers. Et s'il faut faire appel au fonds européen de 750 milliards d’euros, après la Grèce, l’Irlande et, bientôt peut-être, le Portugal, les caisses européennes risquent d'être vide quand il s'agira de se porter au secours de Madrid ajoute le quotidien.

Alors qu’Amadeu Altafaj promet que l’Espagne "ne devra pas ajouter de nouvelles réformes à celles déjà prévues ou effectuées", José Manuel González-Páramo, membre du board de la BCE, le contredit en tous points :

J’encourage l’Espagne à adopter de nouvelles mesures pour récupérer la confiance des investisseurs, dans le domaine des pensions, de la Santé et des administrations territoriales.

Le Portugal, prochaine cible des marchés ?

Les autorités portugaises suivent elles aussi la situation irlandaise avec nervosité. Après l’annonce du prêt européen à l’Irlande, les CDS (credit default swap, un contrat d'assurance contre le risque de défaut d'un émetteur de dette) de l’État portugais n’ont cessé de grimper – 30% en 24 heures -, tandis que la bourse de Lisbonne accuse le coup. Toute la presse nationale exprime un profond scepticisme quant à la capacité des plans européens d’endiguer le tsunami financier sur les dettes souveraines.

Le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos a eu beau déclarer que "le sauvetage de l’Irlande réduit l’incertitude et renforce la confiance des marchés", personne n'y croit. A commencer par João Cravinho, directeur de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD) qui a jeté un froid en affirmant:

une fois réglé le problème de l’Irlande, le Portugal sera en première ligne de mire.

Grève générale

Les analystes surenchérissent dans le pessimimisme à propos du Portugal. Filipe Gracia, économiste portugais du FMI, n'en doute pas: "le prochain pays à demander de l’aide sera le Portugal". Nick Fyroozye, de la banque Nomura, enfonce le clou: "les besoins de financement du Portugal sont supérieurs à ceux de l’Irlande". Filipe Silva, de la banque Carregosa, estime que le "Portugal doit comprendre qu'il est insensé de payer aux marchés financiers des taux d’intérêt de 6 à 7%, voire plus, alors qu’il pourrait demander une aide extérieure de l'Europe et du FMI" à des taux plus raisonnables.

Pourtant, le gouvernement socialiste de José Socrates et le principal parti de l’opposition (PSD) soulignent le fait qu'ils se sont mis d'accord sur un plan d’austérité exemplaire pour 2011 qui prévoit de ramener le déficit public en 2011 à 4,5%. Pour eux "la solidité des banques portugaises contraste avec celle des irlandaises". Et Socrates nen démord pas: "Tout ce dont a besoin le Portugal, c’est de l’aide des Portugais!"

A Lisbonne, on ne se prive pas de rappeler, en guise de message de confiance et de solvabilité adressé aux marchés, que le Portugal compte participer à hauteur de 1,2 milliards d’euros au prêt à l’Irlande. "De la poudre aux yeux", rétorquent la plupart des analystes.

Mercredi 24 novembre, les portugais sont appelés à faire la grève générale contre les mesures du gouvernement. Les experts s’attendent au mouvement social le plus important depuis la révolution des œillets, en 1974.
 


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