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Les étudiants italiens font monter la pression contre Berlusconi

samedi, 27 novembre, 2010 - 00:55

Après les étudiants britanniques, c'est au tour des Italiens. Ils ont occupé les principaux monuments du pays pour protester contre les coupes budgétaires pour les universités et le doublement des frais d'inscription. Ceci alors que la chute du gouvernement Berlusconi est annoncée pour la mi-décembre.

Il aura fallu 8 mois et une idée toute simple pour que les médias et l’opinion publique prennent vraiment conscience du malaise des étudiants et des chercheurs italiens: vendredi, jour du vote de la réforme de l’université, les jeunes Italiens ont squatté les monuments les plus symboliques de leur pays: le Colisée, la Tour de Pise, le Môle de Turin… ont été choisis comme vitrines pour afficher les banderoles : "pas de profit sur notre avenir", "non à la réforme", "sans formation l’avenir est une illusion".

Et le toit de la faculté d’architecture de l’université La Sapienza à Rome est devenu un laboratoire politique : professeurs, chercheurs et étudiants ont accueilli les leaders de l’opposition, y compris les représentants de "Futuro e Libertà", la nouvelle formation de Gianfranco Fini qui a lâché la majorité du "peuple de la liberté" de Silvio Berlusconi et qui, jeudi, l’a battue de nouveau, lors du vote d’un amendement à cette réforme. Le vote de l'ensemble du texte a ainsi été repoussé à mardi prochain.

La ministre de l’éducation, Maria Stella Gelmini, a vu à la télévision Pierluigi Bersani, secrétaire du Parti Démocrate (opposition de centre gauche) avec les manifestants au Colisée: "Il me semble être un étudiant redoublant", a-t-elle commenté. Peu après, le leader du centre-gauche a publié sur son site les (bons) résultats de ses examens à l’université, en demandant à la ministre de montrer ses diplômes. C’est la clé de la protestation : non seulement les étudiants n’acceptent pas les réductions des dépenses publiques, mais ils ne supportent plus d’être gouvernés par des politiciens, miraculés du clientélisme et souvent peu diplômés, qui les obligent à quitter l’Italie.

Quelques chiffres :

  • Trois chercheurs sur quatre partent à l’étranger.
  • Un chercheur italien gagne en moyenne 2.000 euros par mois
  • Des dizaines de milliers d'enseignants ont un statut précaire et donnent des cours à la fac pour des rémunérations ridicules, parfois gratuitement.
  • Un étudiant de "La Sapienza", deuxième université du monde pour le nombre d’inscrit, paie entre 1.200 et 1.800 euros de frais de scolarité par an, presque deux fois plus qu’un étudiant de la Sorbonne.

La patience a atteint ses limites

La réforme prévoit de:

  • Doubler les frais de scolarité.
  • Réduire drastiquement les bourses étudiantes.
  • Définir pour les chercheurs des contrats à temps déterminé renouvelables tous les trois ans, quand leur travail de recherche sera évalué. Pour résoudre les problèmes de bilan, les universités auront des conseils d’administration, comme les entreprises. Les investisseurs privés seront membres de ces conseils.
  • 800 millions d’euros seulement sont prévus pour le financement des Universités cette année.

Le directeur du quotidien La Repubblica, Ezio Mauro, ne mâche pas ses mots:

L’acceptation des réductions des budgets de la culture, de la santé et de l’éducation a atteint ses limites. Même les électeurs de Berlusconi n'ont plus confiance. On a la sensation que l'opinion politique de bon nombre d'Italiens est en train de se retourner.

Aujourd'hui, une autre manifestation est organisée à Rome par le principal syndicat italien, la CGL. Le 11 décembre le Parti Démocrate manifestera à son tour. Deux rendez-vous importants en attendant le vote de confiance à la Chambre des députés, le 14 décembre. Un vote qui pourrait bien mettre fin au troisième gouvernement de Silvio Berlusconi.




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