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Avoir 20 ans à Istanbul

jeudi, 9 décembre, 2010 - 13:44

myeurop avec  

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Chaotique, diverse, surprenante. Insomniaque, mystérieuse, accueillante… Les qualificatifs ne manquent pas pour définir la mégalopole turque. A cheval entre Europe et Asie, l’ex-Constantinople est ville d’affluence et de confluences. Être jeune à Istanbul ? Un job à plein temps, complexe, stimulant, épuisant !

Pour qui débarque à vingt ans à Istanbul, le premier mot à connaître est Iztiklal. "Cette rue est le centre névralgique et culturel", explique Mahmut, professeur à l’université Bahçesehir. Là que sont les bureaux, les boutiques de marques, les bars branchés, les night-clubs… "Un million et demi de personnes y passe quotidiennement! commente Ahmetçan, manager d’artistes au sein du label Double Moon. Jour et nuit, t’as du monde. Le week-end, c’est le raz-de-marée!" "Et dire qu’il y a dix ans, on t’y servait encore la bière en loucedé, dans une tasse de capuccino", sourit Claudio, membre d’un monastère dominicain installé à deux pas…

Si shopping et vie sociale font partie de l’identité des Stambouliotes, comme le prouve (bien au-delà de la demande) le boom des centres commerciaux, la ville ne se résume pas à ce quartier. Pas très loin de là, à Tarlabasi, bat par exemple l’Istanbul des migrants kurdes, roms ou africains. Du côté de Balat, au bord de la Corne d’Or, ou d’Üsküdar, sur la rive asiatique, celui de familles populaires, linge au fenêtre, cafés pour monsieur, épiceries pour madame, apprentis Zidane dans les rues… "Dans cette ville énorme, il y a plus d’un centre, note Celenk, chef de projet à la Fondation d'Istanbul pour la culture et les arts. Beaucoup d’habitants ne mettent jamais les pieds à Iztiklal, parce qu’ils n’en ont pas besoin, ou pas les moyens. La moitié des Stambouliotes n’ont jamais vu la mer, alors qu’elle est partout…"

Globalement, les jeunes sont mieux lotis ici que dans le reste de la Turquie, car les opportunités y sont plus nombreuses, mais beaucoup souffrent d’être pris en étau entre la précarité de leur quotidien et les tentations qui les entourent.

Commentaire de Zehra, coordinatrice d’actions sociales pour les autorités locales. "Notre population est jeune et pleine d’énergie, poursuit Ebru, journaliste au magazine Anlayis. Si celle-ci ne trouve pas à s’exprimer, elle peut se muer en colère (contre les autorités, les autres communautés…) et faire de gros dégâts."

Une jeunesse "à potentiel"

Mahmut garde espoir: "Après des années de pesanteurs, liées notamment au coup d’état militaire de 1980, qui a dissuadé les jeunes de se mêler du jeu politique, tu sens une prise de conscience, une envie de s’exprimer et porter de nouvelles voix – et ce, malgré la répression parfois musclée des manifestations. La candidature à l’Union européenne a permis des réformes importantes: droits humains, formations universitaires, règles environnementales… Les jeunes attendent de la Turquie qu’elle poursuive sa démocratisation et s’attaque aux problèmes sociaux."

Et donne un nouveau souffle à son identité. "La structure de notre société est intrinsèquement cosmopolite, explique Celenk. En 1923, la République turque a rompu avec ce passé pour créer un Etat nation. Aujourd’hui, face à la montée des conservateurs, la jeunesse d’Istanbul revisite l’histoire ottomane, renoue avec les cultures traditionnelles." En faveur de plus de diversité, de reconnaissance des minorités… Et de positionnement original sur l’échiquier mondial. "Istanbul est un microcosme où les jeunes ont la chance de pouvoir voir simultanément l’Orient et l’Occident, conclut Claudio. S’ils parviennent à faire cohabiter les deux, ils ont beaucoup à apporter."


PORTRAITS STAMBOULIOTES

Ils ont une vingtaine d'années, vivent à Istanbul depuis quelques mois, quelques années ou depuis toujours. Etudiants, jeunes actifs, activistes sociaux ou artistiques… Nous sommes allés à leur rencontre. Magnéto ! 

Découvrir les portraits.


EN CHIFFRES

  • 16% des Turcs (12,5 millions) vivent à Istanbul. 60% ont moins de 30 ans.
  • Istanbul compte une vingtaine d’universités (la moitié sont privées).
  • 20% des jeunes sont au chômage (forte hausse en 2009, due à la chute de la production automobile et textile) ; ils représentent un tiers des sans-emploi.
  • 99,8% sont musulmans (3/4 sunnites, ¼ alevis). Les Chrétiens, notamment grecs et arméniens, sont surtout présents à Istanbul, de même que les Juifs. Les Kurdes représentent 20% de la population turque.

T'EN PENSES QUOI ?

Groupe franco-turc installé à Lille, Maymun ("singe" en turc) jongle entre les styles et les rythmes. Istanbul, Vincent et Timuçin connaissent : le premier a travaillé un an et demi dans les bars de l'ex-Constantinople ; le second est issu de parents turcs installés dans l'Hexagone depuis les années soixante-dix. Point de vue.

Ce que tu aimes dans Istanbul, ce qui te gonfle ?

J'apprécie son ouverture sur le monde, sa curiosité, sa nonchalance et sa facilité à communiquer. J'aime moins son côté pacha et bling bling, ses frontières très marquées entre classes sociales, avec peu d'évolution possible.

Sa place dans le paysage turc ?

Il y a deux Turquie, l'Ouest et l'Est. L'une développée, l'autre qui souffrant d’un manque d'infrastructures. Istanbul est représentative de l'Ouest, de son coté global et industriel. Elle reste la capitale économique et culturelle de la Turquie. La vie sur le plateau anatolien est plus modeste.

La jeunesse turque ?

Schizophrène, partagée entre modernité et tradition, mais ayant retrouvé sa liberté d'expression ! Je suis heureux que les Turcs reprennent la parole, notamment sur les questions arméniennes et kurdes. Le nationalisme et la propagande à l'école ont longtemps muselé l'intelligence turque.

La scène musicale turque ?

Elle est en plein évolution. En 1996, le hard rock et l'arabesque (la variété orientale) étaient dominants. Un an après, la techno faisait une entrée fracassante. Depuis quelques années, le rap est devenu l'expression privilégiée de la jeunesse turque, dont la langue se marie parfaitement à la rythmique hip hop. Cette année, a eu lieu le premier festival reggae. Sans oublier le rock, présent depuis les années 50.

Quelle influence sur la musique de Maymun ?

Pour "Kung fu", notre premier album, l'influence turque n'est pas primordiale. Nous voyageons sans frontières de la Jamaïque au Japon en passant par la Frane, Cuba, la Chine… La chanson la plus turque est Playin' et son clip très "moustachu" ! En revanche, l'album que nous préparons pour 2010 intégrera l'apport ds chanteurs et musiciens d'Istanbul à notre univers électro-reggae-hip hop.

Retrouver Maymun sur myspace.

En partenariat avec RespectMag




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