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Grève générale en Grèce: « Non au retour du Moyen-âge! »

mercredi, 15 décembre, 2010 - 18:48

La Grèce s’est arrêtée une nouvelle fois de fonctionner aujourd'hui, la septième depuis le début de l’année. Les Grecs protestent contre les nouvelles mesures d'austérité décidées par le gouvernement qui touchent plus particulièrement les salariés.

Ce mercredi 15 décembre, la Grèce s’est arrêtée de fonctionner une nouvelle fois, la septième depuis le début de l’année. Depuis que "la troïka" comme on l’appelle ici (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) ont imposé au pays un plan d’une rigueur inouïe comme préalable au déblocage du prêt de 110 milliards d'euros consenti au pays. Aucun avion n’a décollé, aucun bateau n’a navigué, aucun bus ou métro n’a circulé.

"Ca suffit, ce n’est plus supportable"

Une foule massive, colorée, déterminée, venant de toutes parts (chaque syndicat avait son cortège) a rejoint le centre d’Athènes, avec une banderole de tête: "Ca suffit, ce n’est plus supportable". Malgré quelques incidents violents, comme cet ancien ministre conservateur molesté et de nombreux dégâts matériels, la mobilisation a été un succès. Et ne parait pas près de fléchir.

La colère grecque du printemps, incarnée dans les cortèges par les travailleurs du service public qu’on avait désignés quasiment comme seuls responsables de la crise, s’était anesthésiée cet automne, dans l’attente d’un toujours possible miracle que suscitent les élections dans ce pays.

Slogan photo (© Effy Tselikas) : "Dehors la junte USA-FMI"

 

Baisse des salaires

Le vote régional et municipal de novembre a vu émerger un seul vainqueur, l'abstention. Elle a dépassé les 50% (et 75% dans la région d’Athènes). Du jamais vu pour un pays où le vote est obligatoire. Mais le gouvernement socialiste de Georges Papandréou a considéré son succès relatif comme un blanc seing pour poursuivre sa politique d’austérité. Et les lois, ont continué à être votées les unes derrière les autres, selon la procédure d’urgence au nom bien grec du "fast track".

Sous le titre de "Mesures urgentes d'application du plan de redressement", cinq lois assouplissant considérablement le marché du travail dans le secteur privé ont encore été votées hier, mardi. Avec les nouveaux contrats de travail spéciaux d'entreprise (EESSE) qui prévalent désormais sur les conventions collectives de branche, la baisse de salaires institutionnalisée pour les jeunes avec un SMIC au rabais de 740 euros, une période d’essai qui passe 12 mois, un préavis de licenciement limité à 1 mois, les heures supplémentaires désormais payées comme les heures normales, plus de samedis fériés… Les journaux d’hier titraient : "Retour au Moyen-âge".

Slogan photo (© Effy Tselikas) : "Dehors les voleurs et leurs clans. Plus rien pour les usuriers étrangers"

"Ce n’est pas nous qui avons volé"

Les Grecs commencent à s’interroger sur l’efficacité de cette spirale sans fin des réformes. Culpabilisés sur leur mode de vie et leur mode de production quelque peu "farniente", ils ont bien voulu participer à l’effort du gouvernement pour "une Grèce nouvelle", en acceptant un certain nombre de sacrifices.

Encore faut-il qu'ils n'épargnent personne. Or, ce sont les salariés et les retraités du public, puis du privé, qui sont particulièrement mis au pain sec alors que le gouvernement ne s’attaque pas vraiment aux racines du mal que sont la corruption au plus haut niveau politique et économique et le clientélisme. Mais ce qui a fait déborder la coupe, c'est le sentiment dominant que les plus grosses fortunes acquises par l’Eglise et les armateurs ne sont pas mis à contribution pour sauver le pays.

"Ce n’est pas nous qui avons volé, ce n’est pas à nous de payer" scandaient, cet après-midi, les manifestants.


  "Ils nous doivent tout. On ne leur doit rien.
Arrêt de paiement aux usuriers étrangers."

(© Effy Tselikas)

 

Retrouvez notre correspondante à Athènes, Effy Tselikas, sur France Culture: Cliquez Ici




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