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L’Italie refoule un ferry marocain fuyant la Libye

mardi, 15 mars, 2011 - 15:53

Les révolutions dans le monde arabe n'ont pas provoqué d'afflux massif de migrants en Europe. Sauf sur l'île de Lampedusa où Marine Le Pen s'est rendue hier pour une visite controversée. Mais l'Italie semble gagnée par la psychose et les autorités ont refoulé un navire marocain qui cherchait simplement à se ravitailler.

En visite médiatique sur l'île italienne de Lampedusa, traditionnel point d'entré des migrants en Europe, Marine Le Pen a de nouveau agité la menace d'un afflux massif de clandestins. Accompagnée par l'eurodéputé Mario Borghezio – favorable à une Europe "blanche et catholique" -, la présidente du Front national a été accueillie par des manifestants hostiles. Les associations Ascasa et Legambiente avaient organisé une manifestation aillant pour thème "Lampedusa n’est pas raciste".

Mais, les autorités italiennes semblent bien gagnées par l'affolement. Et, la situation vire à l'absurde. Hier dans la soirée, un bateau en provenance du port de Misurata, à 120 km à l’Est de Tripoli, s’est vu refusé l’entrée dans les eaux territoriales maltaises et italiennes alors qu'il cherchait à se ravitailler en carburant. Pas à accoster.

Mistral perdant

A bord du Mistral Express: 1836 personnes, en majorité des Marocains (1 715). Logique puisque le ferry a été affrété par le gouvernement marocain pour rapatrier ses ressortissants fuyant les combats en Libye. Parmi les passagers, se trouvent aussi des Libyens (39) et des Égyptiens, des Algériens, des Tunisiens, des Syriens, des Mauritaniens, des Maliens et des Soudanais (82).

Cet après-midi, ces réfugiés des révolutions arabes, qui devaient ensuite continuer vers le Maroc, sont toujours en attente. "Le bateau se trouve au large de nos côtes, dans les eaux internationales", a déclaré à l'AFP Antonio Giummo, un responsable du port d’Augusta, en Sicile.

Selon l’agence espagnole EFE, le Ministère des Affaires Étrangères italien affirme ne pas disposer "d'éléments certains" suffisants pour permettre au Mistral Express d’accoster dans le port sicilien.

L'"exode biblique" n'a pas eu lieu

Les autorités italiennes sont échaudées par l'arrivée de plusieurs milliers de migrants depuis le début des insurrections en Tunisie, en Égypte et désormais en Libye. Près de 10 000 candidats à l'immigration ont débarqué rien que sur la petite île de Lampedusa, au sud de la Sicile. Presque trois fois plus que l'an passé. Lundi encore, la capitainerie a recensé l'arrivée de 21 bateaux transportant un total de 1 623 personnes, dont six femmes et six enfants.

Un afflux de migrants considérable pour un confetti de 20km². Mais, on est loin, très loin du déferlement de centaine de milliers de migrants redouté par l'Italie, un ministre tout en retenue parlant même d'"exode biblique". Le Président français avait également fait dans la nuance le 27 février dernier quand il a brandi, en direct à la télévision, la menace de "flux migratoires incontrôlables" [voir à partir de 2 minutes trente].

 

"Il y a eu une petite arrivée d'immigrés, liée à un désordre ponctuel en Tunisie, mais pas d'afflux massif, explique au Monde Sandrine Mazetier, députée PS de Paris et secrétaire nationale aux questions d'immigration. L'UMP et le président mélangent volontairement l'immigration à Lampedusa et les populations massées à la frontière libyenne, qui cherchent le plus souvent à rentrer chez elles."

"Pure fiction"

"Il faut arrêter d'agiter des peurs. Il n'y a pas eu d'afflux massif d'immigrés depuis le printemps arabe", insiste Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP devenu président de l'office français de l'immigration et de l'intégration. "Mis à part le cas particulier de quelques arrivées à Lampedusa en Italie, qui est à part, tout cela relève de la pure fiction".

Un cas à part, en effet. Un accord signé fin 2008 avec la Libye avait permis de réduire fortement les arrivées de migrants : 3 000 en 2010 contre 37 000 en 2008.

En visite médiatique à Lampedusa, Marine Le Pen a d'abord reconnu que les entrées de migrants "se comptent en quelques milliers". Avant de menacer : elles pourraient prochainement "se compter en centaines de milliers", a-t-elle dit hier.

 

Fausse compassion et vrai menace

Rien ne l'indique. Mais, qu'importent les chiffres, l'opération de communication du leader Frontiste est classique : faire peur pour mieux se poser en rempart.

Pas un seul responsable français (…) n'est venu se rendre compte de ce qui se passe ici. Je veux attirer l'attention de l'Europe sur ce qui est en train de se passer. Les responsables européens détournent les yeux en tentant de minimiser le risque de flux migratoire.

L'Europe laxiste, le refrain est connu. L'Europe fauchée aussi, qui ne peut accueillir toute la misère du monde. "J'ai beaucoup de compassion pour vous, j'ai aussi du cœur, mais l'Europe n'a pas la capacité de vous accueillir, a martelé Marine Le Pen à deux représentants des migrants. Nous n'avons plus les moyens financiers".

Tout juste de quoi proposer aux migrants un petit kit de survie avant de les renvoyer chez eux : "au lieu de les accueillir à Lampedusa, l’Italie devrait envoyer des bateaux avec de l’eau et de la nourriture pour assister les migrants en mer, en évitant qu’ils débarquent sur l’ile”.

Une attention louable que n'avait même pas eu la député UMP Chantal Brunel qui avait suggéré la semaine dernière "de remettre dans les bateaux les immigrés qui viendraient de la Méditerranée".




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