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Baltasar Garzón, le « juge star »

jeudi, 17 mars, 2011 - 10:07

La sortie de plusieurs livres et documentaires sur le magistrat espagnol qui a fait extrader le Général Pinochet reviennent sur la figure polémique de cet électron libre.

Le 16 octobre 1998, le Général Pinochet est arrêté à Londres sur ordre d’un obscur magistrat espagnol. La date signe l’éclosion de l’aura internationale du juge Garzón.

Plus de onze ans plus tard, le 14 mai 2010, le juge d’instruction de la plus haute instance pénale d’Espagne, l’Audience Nationale, est suspendu de ses fonctions, suspecté de prévarication [Grave manquement d'un juge aux devoirs de sa charge – abus d'autorité, corruption], pour avoir lancé, en 2008, une enquête sur les crimes du franquisme. C’est le début de la déchéance.

Sous le feux des projecteurs

Deux livres viennent de sortir et un film lui est consacré : Baltasar Garzón a plus que mérité son surnom de "Juge Star" ("el Juez estrella"). Le documentaire En écoutant Garzón retransmet, grâce à la caméra d’Isabel Coixet, la conversation entre le juge suspendu et l’écrivain Manuel Rivas. Ces entretiens ont également fait l'objet d'un livre co-écrit par les deux hommes, La force de la raison (La fuerza de la razón).

Parallèlement, la journaliste italienne Loretta Napoleoni signe une enquête Garzón, l’heure de la vérité, un portrait tout en ombres et lumières qui retrace les trente années de carrière du magistrat, toujours en quête de publicité médiatique.

 

Bande-annonce de Garzón, l’heure de la vérité, de Loretta Napoleoni

Un juge trop médiatique

Pour la journaliste, l’homme a su choisir ses affaires pour satisfaire ce besoin de lumière. Garzón, 55 ans, a d’abord roulé sa bosse dans des tribunaux de première instance de diverses communautés autonomes espagnoles avant d’atterrir à l’Audience Nationale en 1987.

De là, il s’est fait connaître en enquêtant sur le narcotrafic ou sur les GAL, les commandos anti-ETA qui agissait clandestinement sous les ordres de certains représentants de l’État sous l’ère du socialiste Felipe Gonzalez (1982-1996).

Il s’est ensuite démarqué par son labeur acharné contre le terrorisme de l’organisation basque ETA. Il est aussi à l’origine de l’ouverture de l’enquête sur le réseau de corruption dit "Gürtel" dans lequel le conservateur Parti Populaire est impliqué pour financement occulte.

Electron libre

Baltasar Garzón est un électron libre, ce qui lui a attiré autant de soutiens que de détracteurs. Le personnage ne laisse en effet personne indifférent. Toutefois, il semble exister un clivage entre droite et gauche à son sujet, au moins parmi les médias : les progressistes comme El País ou Público tendent à prendre la défense du juge tandis que les conservateurs El Mundo ou El Confidencial l’accablent.

Son passage dans les rangs du Parti socialiste, duquel il a été député entre 1993 et 1994, n’y est peut-être pas étranger, mais la polémique provoquée par l’enquête sur les crimes du franquisme semble montrer que des raisons idéologiques plus profondes motivent les lignes éditoriales de ces publications.

Le franquisme en toile de fond

De fait, plusieurs artistes comme Javier Bardem et Pedro Almodovar ont pris le parti du magistrat au printemps dernier, lorsque le tribunal Suprême était sur le point d’accepter comme recevable la plainte déposée par des groupes d’extrême-droite contre Garzón pour avoir ouvert l’enquête sur les crimes franquistes. Le metteur en scène avait alors estimé:

Si la Phalange fait asseoir Garzón sur le banc des accusés, ce sera comme si Franco avait gagné à nouveau".

Quoiqu’il en soit, ambitieux, habile, ultra-médiatique, il a creusé sa propre tombe à trop prendre la lumière. En se déclarant compétent dans le cadre d’une enquête sur les crimes du franquisme en 2008, il a outrepassé la capacité de résistance de ses adversaires. Suspendu préventivement de ses fonctions pour prévarication en mai 2010 dans le cadre de cette enquête, il est en outre soumis à deux autres instructions, l’une pour avoir mis sur écoute un avocat et des détenus dans le cadre de l’affaire "Gürtel". Dans l’autre, Baltasar Garzón est accusé de corruption, suite au parrainage par la banque Santander de cours qu’il a organisés à l’Université de New York en 2004 et 2005.

Accablé?

Suspendu de ses fonctions, trois instructions en cours contre lui, Baltasar Garzón traverse une zone de turbulences. Il se sent persécuté, à la fois par les médias, par le monde politique et par certains membres du système judiciaire. Loretta Napoleoni, elle, dénonce la tendance à la victimisation d’un juge dont les erreurs pourraient coûter le poste.




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