Connexion

Syndicate content

Même sans gouvernement, la Belgique fait la guerre

mardi, 22 mars, 2011 - 16:30

Même sans gouvernement, la Belgique a décidé de participer à l'intervention militaire en Libye. Loin de créer une "union sacrée" derrière l'armée, cet engagement suscite de nouveaux tirs de barrage entre Wallons et Flamands.

Certains auraient pu penser que l'absence de gouvernement empêcherait la Belgique de se joindre à la coalition en Libye. Mais non. Le gouvernement démissionnaire a contourné son absence de prérogatives en la matière en faisant voter l'engagement militaire par le Parlement – qui n'a pas manqué de l'approuver à l'unanimité.

Faire la guerre ou réformer l'Etat, il faut choisir

Déjà complexe, la situation belge en devient ubuesque.

En effet, le gouvernement d'Yves Leterme, démissionnaire depuis avril 2010, n'est chargé que de la gestion des "affaires courantes", ce qui n'est pas exactement le cas d'une intervention militaire. Mais la longueur des négociations entre francophones et flamands transforme petit à petit la devise belge de "l'Union fait la force" en "Nécessité fait loi".

Ce que ne manque pas de souligner les nationalistes de l'Alliance Néo-flamande, vainqueurs des dernières élections en Flandre. Selon leur interprétation de l'article 196 de la Constitution, l'entrée en guerre de la Belgique rend impossible toute réforme de l'État.  Une bonne raison supplémentaire pour faire traîner les négociations (même si, sur le plan purement juridique, aucune déclaration de guerre n'a été signée).

Coupable mais pas responsable

Auttre problème soulevé par l'engagement militaire. L'actuel gouvernement ne pourra être tenu responsable de la conduite des opérations: comment demander sa démission alors qu'il l'a déjà posée il y a presque un an ?

Seul le Parlement pourrait porter la responsabilité des évènements à venir, toujours incertains lors d'une opération militaire, mais il ne pourrait être sanctionné que lors des prochaines élections. Dans quatre ans.

Querelle linguistique

La Belgique nage dans le brouillard et la classe politique prend aussi un malin plaisir à se chamailler. Bien loin de l'Union sacrée qui règne, au moins en apparence, entre les partis en France comme au Royaume-Uni.

Alors qu'Yves Leterme (conservateurs flamands) a ouvertement déclaré que l'objectif était de faire partir le colonel Kadhafi, le parti socialiste francophone a immédiatement répondu qu'il n'était "aucunement question d’intervenir pour changer de régime".

Cette opposition n'a pas manqué de raviver le soupçon de querelle linguistique larvée, le ministre de la Défense étant flamand:

A quoi joue le PS ? A essayer de faire tomber Pieter De Crem en pleine opération militaire ? C’est ridicule. A un moment, il faut se calmer,

aurait déclaré Steven Vandecke, le Ministre des Affaires étrangères selon le quotidien La Libre Belgique.

Des précautions… pour les autres

La dernière sortie de la ministre de l’Emploi et de l’Égalité des chances, ne manque pas non pluys de sel. La francophone Joëlle Milquet souhaite que "les militaires belges s’engagent à prendre toutes les précautions nécessaires en cas de bombardement au sol notamment par rapport aux civils".

Une précaution de bon aloi quand il s'agit de faire respecter une résolution de l'ONU destinée, justement, à protéger la population libyenne. Rendre les militaires plus responsables peut également paraître cocasse venant d'une ministre qui ne l'est devant personne.

Au Royaume de Belgique, l'ambiance est bonne.




Mots clés
, , , , , , ,
Pays