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Le rapport étrange des Finlandais au nucléaire

dimanche, 10 avril, 2011 - 09:56

Aux premières loges de Tchernobyl, les Finlandais ont mis treize ans pour voter la construction d’une nouvelle centrale. Ayant retenu le projet d’EPR d’Areva, ils n’ont cessé de harceler le constructeur français sur la sécurité. Résultat: quatre ans de retard pour le projet. Pourtant, ils aiment se baigner dans les eaux tièdes rejetées par les réacteurs !

En 1986, la Finlande a pris "à plein poumon" le nuage nucléaire craché par l’explosion de Tchernobyl, la centrale fatidique se trouvant à 800 kilomètres des côtes finlandaises. Rien d’étonnant à ce que, dans les années qui suivirent, le soutien pour le nucléaire s’effondre jusqu’à 30% !

Il aura fallu attendre six ans, en 1992, pour que ce chiffre reparte à la hausse et sept ans de plus pour qu’il repasse la barre des 50%. Ce qui permit à l’Eduskunta (Parlement finlandais) de voter en 1999 en faveur de la construction d’un cinquième réacteur, le déjà légendaire EPR d’Olkiluoto, sur la côte ouest. Un projet français mené par Areva en consortium avec Siemens.

Obsession sécuritaire

Originellement prévue pour juin 2009, l’inauguration de ce petit monstre de 1600 MW, joyaux de la technologie hyper sécurisée de troisième génération, a pourtant subi une accumulation impressionnante de retards. Au point que, dans le meilleur des cas, la mise en service de la centrale n’interviendra pas avant la fin 2012. Et les retards en chaine ont engendré de telles pénalités – on parle de 2 à 3 milliards d’euros – que l’exploitant finlandais TVO pourrait prendre livraison d’une centrale nucléaire quasi-gratuite…

A l’origine de ce feuilleton, l’obsession sécuritaire d’un pays qui dispose pourtant déjà de quatre réacteurs nucléaires : deux de 470 MW (conception russe) à Loviisa (côte sud-est) et deux de 880 MW (OL1 et OL2, de conception suédoise) à Olkiluoto. C’est là que le cinquième réacteur, celui d’Areva, a été contruit (d’où son nom OL3).

Les retards à l’inauguration d’OL3 ont résulté des exigences croissantes de STUK, l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise, en matière de critères de sécurité. STUK a été alerté, puis indigné par certaines négligences d’Areva, soupçonné de tirer ses coûts vers le bas en faisant appel à des sous-traitants indiens ou polonais. Or, dans ce pays, il n’est pas question de badiner avec les normes d’épaisseur d’une cuve ou la qualité des composants d’une conduite d’évacuation.

Sous le contrôle de l'électeur-contribuable

Il faut dire que la Finlande étant une société bien plus homogènes que beaucoup d’autres, ses "décideurs" tiennent grand compte de leurs électeurs-contribuables (le mot est d’un haut fonctionnaire local…). Et pragmatisme scandinave aidant, les Finlandais ne sont pas du genre à s’en remettre à la providence. Ce qui les rend d’une prudence de lynx.

Paradoxalement, cela ne les empêche pas de se baigner en toutes saisons dans les eaux tièdes rejetées par le système de refroidissement des deux réacteurs déjà en fonctionnement OL1 et OL2. Car la direction de la centrale a eu la bonne idée d’installer un luxueux sauna au pied des cheminées d’Olkiluoto !

Cette stupéfiante placidité venant s’ajouter aux énormes besoins énergétiques d’un pays au rude climat et dont l’industrie phare – le bois-papier – est un gros consommateur de Kwh, l’idée de doter la Finlande d’un sixième réacteur nucléaire faisait tranquillement son chemin quand est survenu le désastre de Fukushima. Le nombre des partisans du nucléaire en Finlande risque, une nouvelle fois, de se contracter comme une peau de chagrin. D’autant plus que le secteur finlandais de construction d’éoliennes est en pleine croissance.

Ainsi va la Finlande : écologique et productiviste, émotive et pragmatique, sécuritaire et insouciante…




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