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Les étudiants étrangers au ban des universités anglaises

vendredi, 15 avril, 2011 - 14:45

Après la France, le Royaume-Uni souhaite aussi limiter l’immigration légale. En ligne de mire : les étudiants non-européens dont le nombre devrait diminuer de 25 %.

Dans un discours prononcé le 14 avril devant des électeurs conservateurs à quelques semaines d’élections locales, David Cameron a indiqué sa volonté de réduire le nombre d'immigrants autorisés à entrer en Grande-Bretagne.

Je veux une bonne immigration, pas une immigration de masse,

a-t-il poursuivi, rappelant que 2,2 millions d'immigrants étaient venus s'installer en Grande-Bretagne de 1997 à 2009. Sur les douze prochains mois, le nombre de visas décernés à des travailleurs qualifiés sera limité à 20 700, un chiffre à comparer aux 198 000 non-Européens arrivés dans le pays l'an passé.

Dans le viseur du Premier ministre: les étudiants non-européens qui représentent les 2/3 des demandes de visas. Le prétexte? Selon le gouvernement, faire ses études dans les universités et écoles britanniques serait la principale voie empruntée par les candidats à l’immigration. Aujourd'hui, sur les 369 000 étudiants non britanniques, 262 000 viennent de pays non européens.

Établissements et diplômes bidons

Ainsi, le Premier ministre britannique entend réduire de 80 000, dès la prochaine rentrée universitaire, le nombre d'étudiants étrangers admis chaque année à poursuivre leurs études au Royaume-Uni. Soucieux de rassurer les universités, David Cameron précise:

Soyons clair : le gouvernement ne fera rien pour retirer à la Grande-Bretagne son attractivité par rapport aux meilleurs étudiants de la planète",

Car, les facs publiques ne seront en fait que très peu concernées par la nouvelle réglementation. Le Premier ministre s’en est surtout pris "aux fausses universités qui délivrent des diplômes bidons". Au cours des dernières années, le nombre d’établissements privés a en effet augmenté de manière exponentielle, l’accueil d’étudiants étrangers étant un business particulièrement rentable.

Sur ces 744 institutions enregistrées auprès de l’Agence de l’immigration britannique, seules 131 répondent à des exigences en matière de qualité leur permettant d’obtenir le statut HTS correspondant à des standards définis par l’Etat. Les 613 institutions non accrédités accueillaient 280 000 étudiants en janvier dernier. Des chiffres qui selon David Cameron démontrent clairement "les abus potentiels".

Un nouveau système de visa

Le 21 avril prochain, un nouveau système de visa va entrer en application: désormais, pour venir étudier au Royaume-Uni, il sera nécessaire de parler anglais et seuls les établissements accrédités pourront accueillir des étudiants étrangers. Les candidats devront en outre prouver qu’ils ont les ressources suffisantes pour couvrir leurs dépenses pendant leur scolarité.

Les permis de travail accordés aux étudiants étrangers seront aussi revus à la baisse: pour ceux qui fréquentent  les universités et collèges publics, ils pourront travailler entre 1à et 20 heures par semaine. En revanche, aucun permis se sera délivré à ceux qui sont inscrits dans des établissements privés.

Le gouvernement a également choisi de limiter à deux ans, le nombre d’années pendant lesquelles les jeunes diplômés étrangers, une fois leur parchemin en poche, pourront rester dans le pays pour trouver un emploi sans avoir besoin de demander un visa de travail.

Augmentation des frais de scolarité

L’adoption de ces mesures va réduire les ressources non négligeables retirées par les universités, d'autant que les étudiants en provenance de pays non européens paient des frais de scolarité supérieurs à ceux dont s'acquittent les Européens et les Britanniques. Un manque à gagner problématique au moment où les facs britanniques doivent faire face aux coupes budgétaires décidées par le gouvernement.

Une grande partie d’entre elles ont ainsi été contraintes d'augmenter considérablement les frais déjà élevés de scolarité. Alors qu’une loi votée au parlement en décembre dernier leur recommandait de les faire passer de 3 350 livres à 6 000 livres par an, voire exceptionnellement à 9 000 livres, nombre établissements ont opté pour cette limite supérieure.

Ils limitent ainsi la casse financière, mais se tirent dans le même temps, une balle dans le pied en instaurant une barrière financière rédhibitoire pour des étudiants étrangers de haut niveau. D’autant que la Grande-Bretagne, qui a longtemps surfé sur la demande de formations en langue anglaise pour attirer les étudiants, n’est plus aujourd’hui la seule à proposer des cursus dans la langue de Shakespeare : les pays du Nord, de l’Est, mais aussi la France, se positionnent sur ce créneau.

La Chine en profite

Dans les milieux académiques, on ne manque pas de souligner ces contradictions : comment vouloir d’un côté jouer en première division en vantant les mérites des universités britanniques si, par ailleurs, les pouvoirs publics, comme les établissements eux-mêmes, multiplient les barrières tant physiques que monétaires imposées aux candidats?

La baisse du nombre de visas, tout comme l’augmentation des frais de scolarité, pourraient également menacer des équipes de chercheurs britanniques dans des domaines aussi cruciaux que les biotechnologies, les sciences informatiques ou l’ingénierie dont certaines sont formées, pour l'essentiel, d’étrangers désormais jugés indésirables!

Les universités britanniques, aujourd’hui en première ligne, ne sont d’ailleurs pas les seules à s'inquiéter. Sur le marché mondial des formations, le British Council prévoit ainsi la fin à moyen terme de la prédominance des pays occidentaux.

La Chine, qui a déjà attiré 165 000 étudiants étrangers en 2010, compte en recevoir 500 000 en 2013. Une de leur principale cible : les étudiants africains qui, faute de visas, politiques sécuritaires obligent, voient se fermer les portes des universités anglaises mais aussi américaines ou françaises…

 

Actualisé le 15 avril à 16h30 avec les déclarations de David Cameron




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