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Génocide arménien: la statue de l’amitié bientôt déboulonnée

lundi, 25 avril, 2011 - 14:11

Alors que certains commémoraient dimanche à Istanbul et Ankara le génocide arménien, une statue symbolisant la paix entre les deux peuples est sur le point d’être détruite dans la ville de Kars.

Devant un large cordon de policiers, quelques centaines de personnes se sont rassemblées dimanche 24 avril sur la place Taksim, à Istanbul. Des oeillets rouges et des bougies à la main, cette foule assise à même le sol a écouté s’égrener les noms de certains intellectuels arméniens arrêtés il y a 96 ans, le 24 avril 1915, par le régime Jeunes Turcs, avant d’être déportés et, pour la grande majorité, tués.

Cet événement a marqué le début du génocide qui aurait fait entre 500 000 et 1 million et demi de morts, selon les estimations. "Cette souffrance est la nôtre" pouvait-on lire en turc, arménien, français et anglais sur l’une des banderoles.

L’Etat poursuit sa politique de négation et pendant ce temps, les plaies des habitants de ce pays s’approfondissent. Nous devons y mettre fin",

a déclaré devant la foule la danseuse Zeynep Tanbay.

Des manifestations contre le tabou arménien

Mettre fin à la politique négationniste de l’Etat turc est un message rarement délivré de manière aussi ouverte dans ce pays où la question arménienne continue de cristalliser les passions. Pourtant, ce tabou tombe petit à petit. En 2008, un groupe d’intellectuels a ouvert la voie en publiant une lettre d’excuse à leurs "frères et soeurs arméniens". L’an dernier, une commémoration a été organisée le 24 avril, à Istanbul.

Cette année, ces rassemblements, même symboliques, ont bourgeonné à Ankara, Izmir, Diyarbakir et Bodrum. Les livres témoignages sur la question, comme Le livre de ma grand-mère et Petits enfants de Fethiye Cetin (traduits en français) sont par ailleurs des succès de librairie.

Un symbole de l'amitié turco-arménienne déboulonné

Hasard ou non du calendrier, à un millier de kilomètres d’Istanbul, dans la ville de Kars, à la frontière arménienne, s’est tenue samedi 23 avril une autre manifestation symbolique de la schizophrénie de la société turque sur cette question arménienne. Près de deux mille personnes ont dénoncé le déboulonnage d’une statue de 25 mètres de haut, érigée en 2009 sur la colline qui surplombe la ville.

Dédiée à l’"Humanité", cette sculpture de béton armé représente deux personnes face à face, si proches qu’elles pourraient se toucher, symbole de l’amitié entre les peuples et plus précisément entre Turcs et Arméniens.

Or cette oeuvre monumentale est sur le point d’être détruite en raison de l'entêtement du Premier ministre en personne. En janvier, Recep Tayyip Erdogan l’a qualifiée de "monstruosité" avant de vanter un projet de parking à réaliser à son emplacement.

Un "test démocratique"

Officiellement, la statue aurait été érigée sur un site classé et ferait de l’ombre au tombeau d’un théologien musulman situé en contrebas. Dans la foulée, le conseil municipal de Kars a voté la destruction avant qu’un tribunal ne casse cette décision.

Mais rien n’y a fait. L’appel d’offre pour faire tomber le colosse de béton a été lancé et ce lundi, une grue a commencé son approche de la statue qui devrait être découpée en 18 morceaux. "Cette décision est politique" estime Mehmet Aksoy, sculpteur et père de cette oeuvre. "Recep Tayyip Erdogan fait du pied aux électeurs nationalistes", ajoute-t-il alors que le pays se prépare à des élections législatives le 12 juin.

"Mais ne voyez vous pas un paradoxe dans tout cela ?", demande cet artiste à la barbe blanche.

Le gouvernement a signé des accords avec l’Arménie pour faire la paix et dans le même temps, il fait détruire une statue qui la symbolise ! Cet événement est un test démocratique pour la Turquie”.

En 2009, les gouvernements turc et arménien ont signé une série de protocoles destinés à normaliser leurs relations diplomatiques et à rouvrir leur frontière terrestre. A défaut d’être ratifiés, ces accords sont restés lettre morte.

Pour éviter la "honte" d’une destruction de son oeuvre, Mehmet Aksoy table désormais sur l’intervention du président de la République, Abdullah Gul, jusque-là bien discret sur le sujet.


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