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Et si les nationalistes profitaient de l’opposition Cameron-Clegg?

jeudi, 5 mai, 2011 - 09:00

Les Britanniques se prononcent aujourd'hui pour ou contre l'adoption d'un mode de scrutin alternatif censé favoriser les petits partis. Ce referendum divise profondément le gouvernement de coalition. Les grands gagnants pourraient surtout être les partis nationalistes.

Depuis plus d’un an, Nick Clegg pousse de toutes ses forces pour un changement du mode de scrutin électoral. Le système uninominal à un tour [où le candidat ayant recueilli le plus grand nombre de votes au premier tour est élu même s’il n’atteint pas la majorité de 50%], est incontestablement injuste. Nick Pearce, le directeur de l’institut de recherche sur la politique publique, le présente comme

 un système déterminé pour un âge de politique tribale qui n’existe plus.

Il favorise en effet le bipartisme: les sympathisants des petits partis se tournent malgré tout vers les deux poids lourds – les Travaillistes et les Conservateurs – de peur de voir leur vote être inutile.

Coalition destabilisée

Devenu vice-Premier Ministre le 11 mai 2010, Nick Clegg a obtenu une importante concession de ses alliés conservateurs: le référendum sur le changement du système de vote aura lieu dans tout le Royaume-Uni aujourd’hui jeudi.

Quelques mois auparavant, les parlementaires s’étaient pourtant opposés, par 476 votes contre 69, à ce projet de scrutin proportionnel !

A la place, le responsable libéral-démocrate est donc obligé de soutenir une version très édulcorée : le "vote alternatif". Sur leur bulletin, les électeurs pourront indiquer le nom de plusieurs candidats en les classant par ordre de préférence: lors du décompte, si aucun d’entre eux ne reçoit plus de 50% des votes, le plus mal classé sera éliminé et le décompte sera donc relancé jusqu’à ce que l’un d’entre eux atteigne la majorité.

Quelque soit l'issue du scrutin, pour lequel on annonce déjà que la participation sera très faible, l'une des têtes de l'exécutif en sortira affaiblie.

La fin du bipartisme ?

Outre le Lib-dem, les Verts et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (NBP, parti populiste d’extrême droite et anti-européen) soutiennent fortement ce possible changement. Il leur permettra indéniablement d’accroître leur représentation et, surtout, leur influence. Lewis Baston, professeur de politique à la London School of Economics and Political Science, explique:

[Les Verts et le NBP] gagneront la crédibilité qui va avec une proportion importante de votes et encourageront plus de votants à voter pour eux. Ils encourageront aussi les autres candidats à adopter une partie de leur agenda afin d’attirer les seconds votes de leurs sympathisants, et donneront du coup à ces deux partis plus de pouvoir politique. Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni pourrait surtout influencer les conservateurs".

Les conservateurs pourraient malgré tout y gagner : ils rassembleraient, grâce à ce modèle de redistribution des votes, les voix des multiples partis de droite et d’extrême droite, aujourd’hui majoritaires dans le pays. En particulier celles du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni.

"Exuctoire des frustrations"

Ce dernier apparaît en effet comme la seule véritable alternative politique aux grands partis traditionnels. Il devrait du coup attirer certains anciens partisans du Lib-dem, discrédité depuis son arrivée au pouvoir. Le parti de Nigel Farage a déjà prouvé sa capacité d’attraction: avec 16,5% des votes, il avait terminé à la deuxième place nationale lors de l’élection européenne de 2009, devant le Labour (Travaillistes).

Même s’il nie être un parti raciste, une récente étude menée auprès de 4 500 de ses partisans le rapproche fortement du Parti national britannique, raciste et fasciste, dirigé par Nick Griffin.

Il n’est pas teinté par un passé violent et fasciste comme son homologue et il attire donc des groupes de votants, et notamment des femmes, pour qui le parti national reste inacceptable car extrême,

expliquent dans une fascinante étude Robert Ford et Matthew Goodwin, respectivement professeurs d’université à Manchester et Nottingham et co-auteurs du livre le Nouvel extrémisme dans la Grande-Bretagne du 21e siècle.

Il devient l’exutoire des frustrations de votants en colère face à l’immigration croissante, inquiets de la présence de communautés musulmanes menaçantes, cyniques à propos de la politique traditionnelle mais repoussés par la réputation fasciste et raciste du Parti national".

Les Conservateurs draguent à leur droite

La montée d’un parti dont le leader a récemment "accueilli avec prudence" la comparaison avec le modèle du Front national de la famille Le Pen a déjà eu des répercutions: David Cameron a embrassé les thèmes des deux partis d’extrême droite anglaise. Dans un discours prononcé en février d’abord, le jour même où le groupuscule virulent et violent de la Ligue de la défense anglaise avait prévu une manifestation dans les rues de Luton, une ville à forte minorité musulmane:

Nous avons échoué à apporter une vision de la société à laquelle ils voudraient appartenir. Construire un sentiment d’identité locale et nationale plus fort est la clé pour atteindre une vraie cohésion en permettant aux gens de dire : 'je suis un Musulman, je suis un Hindou, je suis un Chrétien mais je suis aussi un Londonien'.

Il a plus récemment renouvelé son attaque en demandant "une bonne immigration, pas une immigration de masse", accentuant ainsi les plaintes et les peurs de ses citoyens. Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni pourrait avoir de beaux jours devant lui.


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