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La fracture sociale s’élargit en Europe

vendredi, 6 mai, 2011 - 10:53

Les inégalités entre pauvres et riches n’ont jamais été aussi fortes en Europe. Selon l'OCDE, les revenus des moins qualifiés et des classes moyennes s'appauvrissent. Un terreau pour les partis populistes.

Au cours des deux dernières décennies, le revenu des ménages des pays de l’OCDE a progressé de 1,7 % en moyenne par an. Mais dans une large majorité de pays, les inégalités entre les 10 % des ménages les plus pauvres et les 10 % les plus riches n’ont cessé de croître. Les plus riches disposent en moyenne de ressources 9 fois plus importantes que les plus pauvres.

Fin du modèle suédois confirmée

En Europe, cette évolution touche quasiment tous les pays, y compris les pays scandinaves caractérisés jusqu’alors par une plus forte égalité. C’est le cas du Danemark et de la Suède, mais aussi de l’Allemagne. Au Danemark, par exemple, les écarts se creusent: la croissance annuelle moyenne des revenus est de1,5 % pour les 10 % de plus riches contre 0,7 % pour les 10 % des plus pauvres.

En Suède, les chiffres sont encore plus significatifs : pour une progression moyenne des revenus de 1,8 %, les plus riches ont vu leur pouvoir d’achat augmenter de 2,4 % quand les plus pauvres ont du se contenter d’une hausse de 0,4 %.

Dans 5 pays seulement, les inégalités ont baissé : Turquie, Grèce, France, Hongrie et Belgique. En Grèce, la croissance moyenne des revenus de 2,1 % s’est traduite par une progression du revenu des plus pauvres de 3,4 % quand les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 1,8 %. En France, la progression globale de 1,2 % a aussi légèrement bénéficié aux plus pauvres (+1,6 %) qu’aux plus riches (+1,3 %).

Travailler plus et gagner plus

Pour l’OCDE, cette montée des inégalités s’expliquent par plusieurs facteurs. L’organisation observe notamment la part croissante des emplois à temps partiel dans l’emploi total. De 11 % à la fin des années 1990, elle atteint 16 % 10 ans plus tard et touche tous les salariés, et pas uniquement les femmes.

Résultats : le nombre d’heures travaillées est orienté à la baisse dans une majorité de pays. Mais là aussi, les inégalités s’accroissent entre les plus riches et les plus pauvres. Au Luxembourg, par exemple le temps de travail des plus riches a progressé de 7 % quand celui des moins bien payés à diminué de près de 15%. La montée des inégalités de revenus dans les ménages est aussi accentuée par le fait que, dans les couples, les deux partenaires appartiennent de plus en plus souvent à la même catégorie socioprofessionnelle. C’est notamment le cas dans 40 % des couples contre 33 % il y a 20 ans.

Inégalités patrimoniales

Outre les inégalités salariales, l’OCDE montre une croissance des inégalités patrimoniales. Ces différences pèsent pour deux tiers dans la montée des inégalités, alors même que les revenus patrimoniaux ne représentent globalement que 7 % des ressources des ménages.

Pour autant l’OCDE observe que les revenus du capital ont joué un rôle majeur dans la croissance des inégalités dans les pays scandinaves. En Norvège, ils ont progressé de 20 % pour les plus riches quand ils ont baissé de quelque 2 % pour les plus pauvres. En Finlande également des évolutions similaires sont à l’œuvre. En France, contre toute attente, les revenus du capital auraient diminué de quelques pourcents de manière similaire aux deux extrémités.

Paupérisation des classes moyennes

Selon l’OCDE, la mondialisation, tout comme la révolution technologique, sont les deux principales causes de cette croissance des inégalités : quand les plus pauvres sont touchés de plein fouet par les délocalisations, seule une poignée de Happy few, particulièrement bien formés, profiteraient du développement de l’emploi généré par l’économie de la connaissance. Tiraillés entre ceux qui sont capables de prendre le train en marche et ceux menacés de déclassement, les salariés appartenant aux classes moyennes sont particulièrement à la peine… La progression de leurs revenus est plus proche de celle affectant les plus pauvres que celle enregistrée par les plus riches.

L'impôt reste un amortisseur

Les politiques publiques ont accéléré cette accentuation des inégalités. Pour accroître la compétitivité de leurs économies, les gouvernements n’ont pas hésité à réduire les mesures protégeant l’emploi en augmentant, par exemple, les contrats d’emplois temporaires, rappelle l’OCDE. L’organisation estime toutefois que la redistribution via l’impôt continue encore à amortir les trop grandes disparités, même si cela ne compense pas, loin de là, une fracture sociale de plus en plus nette entre riches et nouveaux pauvres.

Les partis populistes qui prospèrent en Europe, l'ont bien compris, en adaptant leurs discours à cette réalité. La recette est éculée mais efficace: repli sur soi, stigmatisation de boucs émissaires, et recours à l'Etat régulateur.
 


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