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Des milliards de marks ne valent plus un kopeck

jeudi, 19 mai, 2011 - 14:46

La sortie de l'euro aurait des conséquences dramatiques. Les seuls éventuels gagnants seraient ceux qui ont conservé dans leurs bas de laine leurs anciennes devises nationales. Un pactole de plusieurs milliards qui ne vaut plus un sou.

La monnaie unique n’a pas la cote. Face à l’envol des dettes souveraines des pays de l’UE, les nostalgiques de leurs bonnes vieilles devises nationales sont nombreux. En Allemagne, une majorité des personnes sondées en juin 2010 par l'institut Ipsos (51,4%) souhaitait retourner au deutsche mark. Nos voisins n'ont jamais vraiment coupé le cordon avec leur ex-devise nationale. Un chiffre colossal en témoigne: 13 milliards de marks soit 6,65 milliards d’euros! C'est le trésor que les particuliers détiendraient encore dans leurs bas de laine. Somme virtuelle puisque les pièces et billets à l'effigie de l'aigle germanique ne valent plus un sous, puisque non négociable sauf auprès de collectionneurs.

4 milliards de francs partis en fumée

Mais ils ne sont pas les seuls. La Banque d’Espagne estime pour sa part que l’équivalent de 1,7 milliards d’euros en pesetas n’ont jamais été convertis en euros. Les Français ont été moins conservateurs puisqu’ils n’auraient plus que 4 milliards de francs, soit 610 millions d’euros, sous leurs matelas.

Sur les onze premiers mois de l’année 2010, la Banque nationale de Belgique (BNB) a, elle, encore récupéré 158 millions de francs belges, ce qui représente près de 4 millions d’euros. Peu de personnes le savent, mais outre-Quiévrain, les billets de 100, 200, 500, 1.000, 2.000 et 10.000 francs belges peuvent encore être échangés à la BNB qui estime que 10 % des billets rouges (100) et jaunes (200) seraient encore en circulation. Les pièces de monnaie sont, pour leur part, réservées aux numismates, ne pouvant plus être troquées contre des euros.

De la "fraïche" périmée

Ces très grosses sommes d’argent inutile, perdues dans le fond de vieux tiroirs ou sous des piles de linge commencent à donner des idées à certains petits malins à la recherche de "fraîche" qui ne l'est plus…

Soixante commerçants de Murgados, un petit village de pécheurs situé en Galice au nord de l’Espagne, ont ainsi choisi de réintroduire la peseta qui a perdu son statut de monnaie officielle il y a neuf ans. Le succès de cette opération a été immédiat. Des Espagnols n’hésitent à venir de loin pour se débarrasser de leurs vieilles coupures. Les détaillants de Murgados relancent ainsi localement la consommation qui est en berne dans un pays où deux millions d’emplois ont été perdus depuis l’éclatement de la crise financière mondiale. Ils n'ont plus que trois mois devant eux. A partir de juin, la Banque d’Espagne refusera, à son tour, d’échanger les pesetas en euros.

L’abandon de la devise unique est un serpent de mer aujourd'hui repris par le Front National en France. Mais sur Facebook, un groupe baptisé "pour le retour aux anciennes monnaies européennes» a été créé, mais il n'a attiré que… 28 "amis".

Le retour au franc, à la lire, à la peseta ou au drachme, déclencherait, en fait, une tempête aux conséquences catastrophiques. L’économiste en chef de la banque néerlandaise ING, Mark Cliffe, a publié en juillet dernier une note intitulée "Quantifier l’impensable" qui donne froid dans le dos. Une implosion de la zone euro en 2011 engendrerait un retour en arrière violent pour toutes les économies européennes.

Dévaluation, chômage, inflation, récession

Si elle quittait seule la monnaie unique, la Grèce devrait dévaluer de 80% son drachme vis-à-vis de l'euro avec une récession de 7,5% la première année. Et si l'euro était jeté aux orties par tous les pays qui l'ont adopté, la devise grecque perdrait 50% de sa valeur par rapport au nouveau deutsche mark, le franc reculerait de 11 % et la lire de 22 %.

L’Allemagne devrait supporter un recul de son produit intérieur brut de 3,8% contre 4% pour la France. La récession atteindrait, elle, 4,5% en Belgique, 6,6% en Italie et 9,1% en Grèce. Les dépréciations des nouvelles devises nationales seraient, elles aussi, brutales.

Ces chutes boosteraient les exportations de ces pays, mais elles provoqueraient éclatement une dégringolade de leurs demandes intérieures et une hausse brutale du chômage. Le nombre de demandeurs d’emplois attendraient ainsi 11% en Allemagne, 12,5% en Belgique, 13,5% en France et en Italie, 14,5% au Portugal, 19,5% en Grèce et… 23,5% en Espagne.

Séisme planétaire

L’inflation, pour sa part, serait à deux chiffres dans les pays du sud de l’ancienne eurozone alors que la déflation menacerait des nations comme l’Allemagne. Cette instabilité toucherait l'ensemble de la planète. En deux ans, la Grande-Bretagne perdrait 8 points de PIB, l’Europe centrale et orientale 15 points et les Etats-Unis 3 points.

Les seuls gagnants seraient finalement les ceux qui ont refusé de convertir leurs devises nationales en euros quand c'était encore possible ou ceux qui, par distraction, ont oublié de le faire dans les délais. Encore faudrait-il que les vieilles coupures puissent alors être remises en circulation…


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