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Les collabos flamands en passe d’être réhabilités

mercredi, 25 mai, 2011 - 16:58

La proposition du parti d'extrême droite flamand, le Vlaams Belang, visant à annuler l'ensemble des condamnations à l'encontre des collabos et de les indemniser, a été jugée recevable par le Sénat belge. Réaction hostile unanime de la classe politique francophone.

Le débat belge sur l’amnistie des collaborateurs reste ouvert. Le Sénat a approuvé, le 12 mai, la "prise en considération" d'une proposition de loi du Vlaams Belang demandant d'effacer les condamnations et les sanctions infligées à ceux qui ont collaboré avec l'occupant nazi entre 1940 et 1945.

Soixante-six ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, il est grand temps, selon nous, de pouvoir débattre sereinement des excès de la répression, car il y a encore des gens qui en supportent les conséquences graves et imméritées"

affirmait l’un des auteurs de la proposition de loi Bart Laeremans (VB), avant le vote au Sénat.

Volte-face des socialistes flamands

Jusque là, l’agenda du Vlaams Belang en matière d’amnistie avait toujours été bloqué. Mais le ralliement du Sp.a (socialistes flamands) à la proposition, après l’avoir contrée en janvier dernier, a permis d'être avalisé par le Sénat. Le texte est passé avec 30 voix pour, 26 contre et zéro abstentions. Tous les partis flamands, à l'exception des Verts (Groen !), ont voté pour.

"Le Parlement est le seul lieu où l'on peut parler de tout" s'est justifié le sénateur Bert Anciaux (Sp.a) au quotidien belge Le Soir. "Notre vote n'a pas porté sur le contenu, simplement sur le fait que l'on peut en débattre".

Blanchis et indemnisés

Pourtant, c’est bien le contenu de la proposition qui pose problème. Le texte va au-delà de la simple amnistie: il permettrait de blanchir et éventuellement indemniser les collaborateurs condamnés après-guerre. La proposition vise ainsi à instituer une commission  chargée d'indemniser les collaborateurs victimes de la répression d'après-guerre, ou leurs descendants, pour le préjudice financier subi à la suite de condamnations. Alors que la collaboration a touché les deux populations en proportions similaires, le texte ne cherche qu’à redorer le blason Flamand. Et cela irrite les francophones.

C'est un coup de canif dans l'histoire et la mémoire des Belges",

estime le sénateur centriste francophone Francis Delpérée.

C’est vraiment rouvrir des blessures. C’est, en plus, montrer qu’il y a un problème communautaire sur notre passé commun",

avance la Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx (Parti Socialiste).

Circonstance atténuante: l'anti-bolchévisme!

Le texte de loi du Vlaams Belang met en avant trois "circonstances atténuantes (…) pour justifier la collaboration". Toutes concernent les Flamands. Ainsi, les auteurs de la proposition estiment que "l’incorrection dont a fait preuve l’État belge à l’égard du peuple flamand" explique, en partie, que certains aient pu être poussés dans les bras de l’Allemagne nazie. Autre "circonstance" évoquée est "l’aversion pour le 'bolchevisme athée' très répandue dans la Flandre très catholique de l’époque" qui aurait encouragé 23 000 Flamands à s’engager dans la Division SS Langemarck entre 1941 et 1945.

Dimanche 15 mai, Stefaan De Clerck avait appelé à aborder en "adulte" la question de l'amnistie, ajoutant qu'il fallait peut-être profiter du débat pour "oublier, parce que c'est du passé". Oubli ou révisionnisme? Ces propos du ministre de la justice belge, Stefaan De Clerck ont engendré un tollé parmi les politiques francophones et les associations juives.

Le ministre de la justice a essayé de faire marche arrière peu après, invoquant son manque de maîtrise du français pour justifier ses mots maladroits :

Il ne peut bien évidemment jamais être question de gommer ce chapitre douloureux de notre histoire et d'opter pour une lecture sélective et donc subjective du passé"

Dans un communiqué de presse, il avait également précisé qu’il envisageait la perspective d’un débat non pour oublier ces faits mais "pour situer le passé à sa juste place et à l'appréhender de manière raisonnable".

Le mal était dit et les tensions entre Wallons et Flamands qui rongent la Belgique étaient ravivées. L’approbation de ce projet de réhabilitation des collabos, grâce au soutien quasi-unanime des partis flamands se rajoute à la longue liste des contentieux entre les deux communautés qui va encore compliquer les interminables négociations pour former un gouvernement.

Depuis les élections législatives de juin 2010, les Belges vivent sans gouvernement.




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