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Le Parti X, un lobby citoyen pour préserver l’Espagne du populisme

mercredi, 20 novembre, 2013 - 16:41

Depuis un mois, le Parti X, issu du mouvement des Indignés, sort de l'ombre en Espagne. Son ambition tient en un slogan: "La démocratie un point c'est tout". Certains de ses membres, jusqu'ici anonymes, investissent désormais l'espace public. Rencontre avec l'artiste et activiste Simona Levi, l'un des nouveaux visages de ce "lobby citoyen".

Voilà près d'un an que le Parti X, ou Parti du futur, est né en Espagne(1), sans représentant visible. Voulant éviter à tout prix le culte de la personnalité qui affleure dans les partis traditionnels, c'est dans l'anonymat le plus complet que, pendant dix mois, cette jeune formation s'est manifestée sur la toile. Son ambition se résume en un slogan: "La démocratie un point c'est tout".

  

Mais depuis un mois, le parti X est sorti de l’ombre. Certains de ses "membres citoyens", comme ils se définissent, se sont présentés officiellement aux médias et au public (voir vidéo ci-dessous).

Artiste et activiste

Parmi eux, Simona Levi. Cette quadragénaire était jusqu'ici connue de ses compatriotes comme artiste pluridisciplinaire. Désormais, bien qu'elle refuse l'appellation de porte-parole, son visage évoque pour nombre d'Espagnols le Parti X.

Membre du Parti X depuis ses débuts, Simona n’en est pas à son coup d’essai. Prônant la désobéissance civile lorsqu’elle la juge nécessaire, elle a notamment défendu la libre diffusion de l’art sur Internet. Elle a également manifesté contre le scandale financier de Bankia, et s'est engagée contre les expulsions abusives de propriétaires et locataires endettés. En 2011, elle se rapproche du mouvement des Indignés, avant de prendre part, l'an dernier, à l'aventure du nouveau parti.


Vidéo de présentation du Reséau citoyen, ou Parti X, le 8 octobre 2013

Démocratie et justice

Loin d’aborder tous les thèmes politiques qui composent un programme électoral traditionnel, le Parti X défend des "minimums structurels" qui visent principalement deux objectifs:

  • Une démocratie réelle
  • Une économie plus juste

Ces choix sont motivés par le sentiment d’urgence démocratique et économique qui étreint l'Espagne aujourd’hui. Le chômage et la corruption sont en effet devenus les deux principales préoccupations des Espagnols, selon la dernière étude du CIS (Centre de recherches sociologiques).

       
A gauche:"Pour que notre démocratie ne soit pas un simulacre, et encore moins un simulacre reçu en différé"
A droite: "La corruption c'est le poids mort qui empêche d'aller vers la démocratie du futur"

Si nous nous présentons, "c'est pour gagner"

Le Parti X envisage de se présenter aux mandats électifs, sans pour autant fixer, pour l'heure, de rendez-vous officiels. Simona confie cependant qu'ils s'engageront sous peu aux élections européennes, avant d'ajouter: 

Pour le moment nous avons encore du travail. Nous devons réunir une base de 30.000 ou 40.000 personnes pour prétendre offrir une victoire réelle aux gens qui voteront pour nous. Nous ne voulons pas mentir. Si nous leur demandons de voter pour nous, c'est pour gagner",

Prendre son temps pour construire un pacte citoyen: la prudence dont use le Parti X semble logique, car la formation est amenée à évoluer rapidement. Demain, le parti sera sans doute porté par des candidats qui, dans leur majorité, ne seront pas ceux qui le composent aujourd’hui.

Nous fonctionnons à contre-courant des partis traditionnels. D'abord nous créons un pacte citoyen. Les représentants politiques viennent dans un deuxième temps et doivent suivre le programme approuvé par tous. Nous interrogeons ensuite ceux qui souhaitent se présenter, nous vérifions qu'ils connaissent le programme et qu'ils veulent l'appliquer réellement. Tout cela est filmé, comme un contrat qui garde la preuve de ce qui va se faire."

Héritier des Indignés

La similitude des revendications du Parti X avec celles des Indignés du mouvement 15M – pour le 15 Mai 2011, date du début de l’occupation des places de grandes villes espagnoles- n’est pas innocente. Pour Simona, le 15M s’est essoufflé car il avait atteint ses limites. Mais il a été le déclencheur de nombreux autres mouvements citoyens, parmi lesquels le Parti X.

Le 15M a tout changé. Il a changé la mentalité politique du pays. Lorsque l’on voit que 80% de la population soutenait le mouvement, cela indique clairement le mécontentement citoyen envers ses institutions. Le Parti X est l’un des fils de ce mouvement,"

analyse-t-elle.

Pour en finir avec les manifestations qui s'éternisent sans succès, alors qu'elles tentent simplement d’obtenir la concrétisation des promesses électorales, la solution proposée par le parti est radicale: "renvoyer tous les politiques, leur confisquer les clés du pouvoir pour les rendre aux citoyens". 

Un pouvoir citoyen: c'est ce qui a séduit Simona, qui se dit non partisane et préfère les termes d' "antiparti" ou de "lobby citoyen" à celui de parti. Mais si elle se définit comme "citoyenne du monde", c’est en Espagne que son engagement social s’est forgé. 

Il y a plus de 20 ans, après des études en France, elle arrive à Barcelone où elle vit toujours. Là, elle monte la salle Conservas, un espace réservé à la promotion de la création artistique locale, indépendante et autoproduite. Italienne de naissance (Turin, 1966) mais "barcelonaise de cœur", Simona vient tout juste de renoncer à sa nationalité d’origine pour celle de son pays d’adoption, bien que toujours en attente de ses nouveaux papiers.

Plus italienne et pas encore espagnole… Je suis comme dans les limbes, et j’aime ça! Une citoyenne du monde en quelque sorte",

s'amuse-t-elle.

Sur le terrain du populisme

Le Parti X, au même titre que le 15M, se nourrit des revendications de la société civile, elles-mêmes issues du mécontentement citoyen. Pour Simona, cette alternative a occupé "l'espace typique du populisme, du mécontentement destructif de la société civil" qui, ailleurs en Europe, est récupéré par les partis d'extrêmes-droites.

Le gouvernement espagnol a laissé un vide politique. Sans nous, ce seraient des Marine Le Pen ou Aube Dorée qui le rempliraient. Nous avons une société civile suffisamment préparée pour occuper cet abîme horrible qu'est celui des dictatures, de la ségrégation et de l'affrontement".

Simona voit le Parti X comme un levier aidant les initiatives du peuple à accéder au pouvoir. Optimiste, l’activiste croit fermement au principe 90-9-1 de la cyberculture, selon lequel moins d’1% de la population est proactive, 9% participe occasionnellement et 90% passive. Mais elle sait que l'objectif de toucher un espagnol sur cent, voire un sur dix, ne sera pas facile à atteindre. Il en faudrait toutefois plus pour entamer l'engagement et les convictions de Simona:

Pour changer les choses de manière si radicale, un engagement considérable est nécessaire. Peu de gens supportent cette énorme responsabilité d’amener les choses jusqu’à leurs extrêmes conséquences. Au final, nous avons moins de membres disposés à maintenir cette constance que nous ne le pensions mais nous nous sommes rendus compte que beaucoup d'autres expériences révolutionnaires de l'Histoire ont commencé ainsi".


(1) Le Parti X est enregistré auprès du Ministère de l'Intérieur le 17 décembre 2012.




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