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Modes de vie: comment draguent les Européen(ne)s?

jeudi, 28 novembre, 2013 - 17:23

Chaque semaine, "Modes de vie" traque les particularités culturelles des Européens. Français romantiques, Britanniques décomplexés... En matière de flirt, chaque pays a ses préjugés et ses pratiques, qui ne sont pas toujours ceux qu’on pourrait croire. Récits de nos correspondants. 

Outre-Rhin, les femmes prennent les commandes

Les Allemands ont mauvaise réputation: ils ne sauraient ni draguer ni flirter. C’est en tout cas ce qui ressort des conversations entre étranger(e)s installé(e)s en Allemagne. Ainsi Marie-Hélène, une Suisse installée à Frankfort, regrette la rareté des mots doux. "Les allemands sont réservés et leur langue âpre est peu propice au romantisme au quotidien" juge-t-elle. Pour cette commissaire d’exposition, la séduction à l’allemande passe davantage par des regards et des gestes. 

Autre constat: de ce côté du Rhin, les hommes prennent peu l’initiative, habitués à ce que les femmes fassent le premier pas. Ils évitent ainsi d’éventuelles déceptions… Mais quelques verres aidant, ils sont toutefois capables de brûler très vite les étapes! Le bon coté des choses, c’est qu’ils siffleront rarement une femme dans la rue et oseront encore moins "mettre une main aux fesses" sans y avoir été invité. Autre différence importante avec d'autres cultures européennes: pas de drague au boulot. Ordonnés et organisés, les Allemands et Allemandes attendent souvent d’être affranchis des conventions sociales pour tenter leur chance.

En Turquie, la tradition… et Facebook!

La drague et les relations amoureuses sont des sujets relativement tabous en Turquie. Bien sûr, des couples se forment. Mais à moins d'un consentement familial (nécessaire pour les familles les plus conservatrices), la relation reste cachée aux parents.

Souvent, les garçons font le premier pas. La nouvelle génération est friande des rencontres via Facebook. Accros à leurs portables, les jeunes turcs passent énormément de temps au téléphone ou à s’envoyer des messages. Une solution pragmatique quand il est difficile de se voir à l’extérieur, mais une manière aussi de s’assurer de ce que fait l’autre. "T’es ou? Tu fais quoi? T’es avec qui?"… : la jalousie est en effet très présente dans les couples.

Les premières rencontres se font généralement dans un café. Autour d’un thé, on raconte son quotidien, ses origines familiales… L’étape des présentations est importante dans ce pays où chaque personne est socialement catégorisée.

Avantage, pour les filles, de ce modèle encore traditionnel: ce sont les garçons qui paient… tout! Et certains sont même prêts à s’endetter auprès de leurs amis pour sortir le grand jeu à ces dames.

Les Britanniques, amoureux émêchés

La drague des Anglais? Les étrangers en rigolent. En effet, il faudra bien quatre ou cinq pintes de bière avant que la personne en face se débride, accepte de se livrer, de parler de soi et de sortir des lieux communs. Résultat: il ne se passera concrètement rien tant que les deux parties ne seront pas ivres mortes…!

D’où l’importance pour les femmes de porter des mini-jupes les vendredis et samedis soirs, pour être sûres que les hommes les repèrent une fois leur vision devenue floue… La phrase "Voulez-vous coucher avec moi ce soir?" (prononcée en français par des fêtards totalement imbibés) n’est pas devenue mythique en Angleterre pour rien! Chacun sera autorisé à porter la première touche même s’il reste convenu que l’homme doit faire le premier pas. Un principe qui part en fumée en fin de soirée.

A bas le mythe du French lover 

Les Français seraient dragueurs, charmeurs… à défaut d’être vraiment charmants et encore moins modestes: près de la moitié des hommes pensent être les plus romantiques du continent et 42% se considèrent comme étant les plus drôles, à en croire un sondage récent"Les mâles français sont souvent des dragueurs en série, leur grande gueule aidant"témoigne une jeune suissesse. Quant aux Françaises, bien qu’apparemment distantes et froides, elles seraient promptes à succomber…

Le cliché d'une France terre de séduction a la dent dure. Confirmé régulièrement par des études plus ou moins sérieuses (le dernier, de TNS Sofres, sacrait Paris ville préférée des célibataires Européens), il fait le régal de chroniqueurs (et lecteurs) qui s’amusent des prétendues incompétences de nos voisins…Cible de choix? Les germaniques: "Pourquoi les Allemands ne savent pas flirter" peut-on lire sur les inrocks, quand rue89 titre "Drague: la complainte des français exilés en Allemagne"… 

L'art de la séduction dans l'Hexagone est-il vraiment à part? "Oui" répond la Britannique Helena Frith Powell, auteure du roman "Love In A Warm Climate", s'appuyant sur dix années vécues au pays des froggies. Mais pas si vite…en tendant l’oreille dans la rue, les bars ou en traînant sur les blogs, plusieurs reproches reviennent souvent: les filles ne feraient pas le premier pas et seraient très exigeantes (surtout à Paris !). Les garçons se carapateraient au premier signe d’un vague prémice d’engagement…surtout avant 35 ans.

Il parle, parle, et bien. Au réveil, sympa et bien élevé, il peut même apporter des croissants (so Parisien), avant de vous laisser pour le bureau… et en fin de journée, pour une autre fille",

dixit Anthony Garcia, auteur de "Je drague un Parisien".

En pratique, le gène du séducteur semble bien être récessif… les Français(es) se démènent comme les autres: on drague dans les soirées entre amis, lors de rencontres professionnelles hors bureau, en boîte, dans les bars (ceux qui bougent), pas vraiment dans la rue (plutôt "relou"), mais beaucoup… sur Internet! Un tiers des 18 millions de célibataires français seraient inscrits sur les quelques 2000 sites de rencontre existants… Et au côté des désormais traditionnels Meetic (depuis 2001), Adopte un mec (plus branché, et déjà européen), ou encore Attractive World (élitiste)… de nouvelles formules se développent: on drague sur appli avec Tinder, sorte de speed-dating avec géolocalisation via smartphone, ou Grindr (dédié aux gays, bi et mecs curieux selon la formule de la compagnie). Pas idéal pour des rencontres dépaysantes mais très efficace…

La nonchalance des Hongrois

Autant le dire tout net, la Hongrie n’est pas tout à fait le pays de drague. Dans les espaces publics (la rue, les transports en commun…) les regards complices s’échangent rarement. C’est surtout dans les bars et les boîtes de nuit qu’il faut se rendre pour voir les couples se former. La mission est d'ailleurs bien plus ardue en dehors des grandes villes. En pays magyar, c’est très souvent ces dames qui doivent "prendre les devants".

Une jeune Française basée en Hongrie en témoigne:

Les Hongrois ne sont vraiment pas de bons dragueurs. Pas très aventuriers, ils draguent le plus souvent dans leur entourage proche. Les filles ont beaucoup plus de facilités à aborder les garçons, elles affectionnent les étrangers, jugés un peu plus funky que leurs compatriotes".

Pour une autre expatriée de longue date, trentenaire travaillant dans la vente de prêt à porter, l’explication est démographique:

Il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes en Hongrie, ça crée des déséquilibres: les filles sont prêtes à tout pour se caser, les hommes sont nonchalants car ils savent qu'ils ont le choix".

Sur les réseaux sociaux (Facebook avant tout), on "like" pour manifester son attirance. Cela dit, "coucher le premier soir n'est pas aussi mal vu qu'ailleurs". Autre particularité, qui peut s’avérer paralysante: malgré la taille de la capitale (1,7 million d'habitants), "tout le monde se connaît. Quand tu fais une connaissance, tu as nécessairement des amis ou des ex en commun".




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