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France, Grèce, Angleterre et Italie: à chacun son Dieudonné

mercredi, 8 janvier, 2014 - 14:08

Les spectacles de Dieudonné sont interdits dans plusieurs villes à la demande de Manuel Valls. Ailleurs en Europe, certains pays peinent également à gérer les dérives racistes et antisémites de leurs artistes. 

La France en guerre… contre Dieudonné. La circulaire "anti-Dieudonné" du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, envoyée aux préfets et maires, a été entendue. Son spectacle est interdit dans plusieurs villes comme le note nos confrères du Huffington Post français. 

Est-ce une attaque contre la liberté d'expression des artistes ? Doit-on oui ou non, interdire les spectacles de Dieudonné? Fermer son théâtre ? Ou encore le jeter au fond d'un cachot ad vitam æternam? Rappelons que l’humoriste a été condamné en 2012 pour incitation à la haine raciale avec une chanson du meilleur goût intitulée "Shoah nanas". Mais la justice n'arrive pas à empêcher le comique de véhiculer ses discours antisémites sur scène ou encore sur le web.

Manuel Valls s'inquiète, depuis fin décembre, de la popularité croissante du polémiste, prêt à partir en tournée dans toute la France dès le 9 janvier 2014. Mais aussi de l'engouement d'une partie des Français pour la "quenelle", un geste ambigü, entre le salut nazi inversé et le mouvement anti-système.   

La circulaire du ministre de l'Intérieur laisse les avocats de l'humoriste de marbre. Ces derniers annoncent déjà qu'il contesteront chacune des interdictions, quitte à porter l'affaire devant les tribunaux. Certaines municipalités avaient déjà tenté de censurer l'humoriste par le passé, sans succès. Les tribunaux administratifs ont toujours donné raison au trublion au nom de la liberté d'expression. 

Beppe Grillo, le Dieudonné italien ?

Beppe Grillo, le comique italien devenu leader politique, est probablement source d'inspiration pour notre Dieudo national. Il a réussi, en quelques années, à créer un mouvement politique, 5stelle ("5 étoiles"), et à entrer en position de force au Sénat et à la chambre des députés. Son discours, proche de celui de son homologue français, vise de plus en plus les immigrés et le lobby juif supposé contrôler,

l’Europe par le biais de la célèbre agence internazionale Middle East Media Research Institute (MEMRI) dirigée en coulisses par un ex agent du Mossad."

L'ancien comique multiplie les déclarations embarrassantes en faisant feu de tout bois. Les dissidents iraniens sont pour lui dangereux et les pendaisons publiques, un fait pas très grave en soi. Il a même été qualifié de "dangereux" en mars 2013 par les communautés juives françaises et romaines après avoir exprimé ses positions plus que douteuses sur le quotidien israélien Haaretz.

L'ex-humoriste veut également mieux payer les Italiens qui ont besoin de travailler tout en renvoyant chez eux les immigrés. Alors racisme, antisémitisme, myopie ou simple calcul électoral ?  

Des artistes grecs en pleine dérive nazie

En Grèce ce sont surtout les chanteurs qui se font connaître pour leurs appels à la haine. C'est notamment le cas du charmant groupe de métal "Pogrom" connu pour son vaste répertoire de chansons ouvertement racistes, fascistes, et antisémites comme "Auschwitz". Dans ce titre, on retrouve des paroles  comme " fuck Anne Frank ", " je baise la tribu d'Abraham ", "je pisse sur le mur des lamentations ", de "Juden raus " et " Auschwitz, combien je t'aime ".

En juin 2012, Artemis Matthaiopoulos, membre du parti nazi Aube dorée et batteur du groupe, a été élu député de la ville de Serrès. Il n’y a jamais eu aucune poursuite contre ce groupe, ni même de réaction des autorités à ce sujet.

Autre cas, toujours en Grèce, celui du chanteur Notis Sfakianakis. Depuis quinze ans, l'artiste occupe le haut du classement des hits dans le pays. Ses chansons sont traduites dans les Balkans et s'exportent jusqu’en Israël. Le crooner n'en demeure pas moins un populiste affirmé dont le discours s'est radicalisé au fil des années. Il a récemment pris position pour le parti nazi Aube dorée :

S’il y a un parti capable de gouverner la Grèce, c’est bien l’Aube dorée. Tout le monde doit les soutenir."

Avec des arguments parfois insolites :

Parce qu’entre autres, il y a le mot ‘aube’ dans leur nom,  les autres partis n’ont que les ténèbres."

Notis Sfakianakis affirme regretter le temps de la dictature des colonels. Un âge d’or, selon lui : "Tu pouvais laisser ta clé sur la porte de ta maison. Maintenant, tu ne peux plus."

Le chanteur surf sur la vague populiste et nationaliste et s'en prend aux étrangers, les accusant d’être la cause de la déchéance de la Grèce. Il ravive les idéologies racistes véhiculées par les milieux les plus réactionnaires de l‘église orthodoxe, qui considère qu’un  Grec ne peut être que chrétien.

A la suite de ses dernières déclarations, de nombreux artistes ont réagi. Certains ont cessé toute collaboration avec lui, mais ses chansons restent toujours aussi, sinon plus, populaires.

Les humoristes anglais aiment déraper

Des comiques anglais aiment également flirter à la frontière de la liberté d'expression. C'est le cas de Jim Davidson, roi du stand up à tendance raciste. Son fond de commerce? Les plaisanteries douteuses sur les différentes minorités vivant au Royaume-Uni.

L'humoriste rencontre le succès dans les années 90. Les associations de lutte contre le racisme le rappellent régulièrement à l'ordre sur le contenu de ses spectacles. Mais Jim Davidson se défend d'être un raciste :

 Ce sont justes des plaisanteries racistes comme on peut en voir dans certains cartoons. Je suis quelqu’un d'ironique (…) Je suis allé à l'université, je ne peux pas être raciste."

L'humoriste doit certainement penser à certains dessins animés diffusés par la Warner à l'humour discutable.

Pour lui, ce genre de "plaisanteries" est constitutif de sa notoriété. Tant qu'il continuera à remplir des salles de cette manière, il n'y a aucune raison d'arrêter.

Jim Davidson s'était aussi illustré en 2007 pour avoir déclaré qu'on pouvait également appeler un homosexuel "un pédé". Il a d'ailleurs été viré de l'émission de télévision Hell's Kitchen la même année pour de nouveaux propos homophobes.

Il estime évidemment être la victime d'un système où l'on ne laisse plus les humoristes s'exprimer sur des sujets brûlants comme les minorités, les religions ou encore la sexualité. L'humoriste n'a cependant eu aucun véritable problème avec la justice pour ses propos racistes ou homophobes. 


Crédit photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA




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