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Les abeilles européennes décimées par les insecticides

mardi, 24 mars, 2015 - 14:43

Les abeilles sont menacées de disparition en Europe et notamment en France. Sans attendre une décision européenne et malgré les protestations de Ségolène Royal, les députés ont voté pour l'interdiction des insecticides tueurs d'abeilles sans attendre l'aval de Bruxelles. 

 

Chronique sur RFI - Les abeilles 

 

To bee or not to bee ? Cette question fait le buzz dans les médias au lendemain du vote, la semaine dernière par les députés, de l'interdiction en janvier 2016 des insecticides les plus toxiques pour les abeilles.

Une question effectivement existentielle pour les travailleuses du miel aujourd'hui menacées d'extinction en Europe et plus particulièrement en France. Albert Einstein nous avait pourtant prévenu en affirmant que "l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre si l’abeille venait à disparaître" car cette reine du butinage est indispensable pour la pollinisation, donc pour la reproduction des fleurs et autres plantes. Sans elle, la biodiversité et l'essentiel de la production végétale sont menacées.

Mais ce vote des députés (qui doit encore être avalisé par le sénat, ce qui est loin d'être évident) met le gouvernement en porte-à-faux vis à vis de Bruxelles. C'est du moins ce qu'affirme Ségolène Royal, la France ne pouvant pas, selon la ministre de l'écologie, décider seule d’interdire ces produits.

C’est pourtant la Commission européenne qui a limité en 2013 l'utilisation de cette famille d'insecticides. Ils sont interdits depuis dans tous les pays de l'Union européenne pour 75 cultures les plus appréciées des abeilles dont, notamment, les cultures fruitières (abricots, poires, pommes, pêche et nectarines, prunes), les cultures de fruits à coque (noix, noisettes amandes) ou des cultures de fruits rouges (fraises, myrtilles) ainsi que quatre grandes cultures (colza, maïs, tournesol, coton).

Les abeilles sauvages également menacées

A l'époque, comme le rappelle le ministère de l'agriculture sur son site internet,

les autorités françaises, qui se sont toujours prononcées en faveur de l’adoption de mesures à l’échelle européenne, et qui ont appuyé la Commission dans ce sens depuis plusieurs mois, se sont félicitées de la publication de ce nouveau règlement".

Il est vrai que la France ne pouvait alors ignorer l'avis de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA). Avis qui avait contraint l'exécutif européen à réagir, malgré la pression des lobbies agricoles et de l'agrochimie.

Cet avis fait le constat de risques aigus, pour les abeilles, du fait de l’utilisation de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes"

peut-on ainsi encore lire sur le site du ministère.

Dans cette affaire, les députés prennent donc l'initiative d'élargir à toutes les productions agricoles une interdiction européenne partielle. Une décision unilatérale, certes, non conforme à la réglementation européenne actuelle.

Mais, outre le fait que la dangerosité pour les abeilles de ces produits phytosanitaires est officiellement reconnue, au moment même du vote de l'Assemblée nationale, une étude réalisée à la demande de la Commission européenne tire de nouveau la sonnette d'alarme: 200 espèces d'abeilles seraient aujourd'hui en voie d’extinction et si aucune mesure n'est prise d'urgence, 50 espèces supplémentaires vont également s'éteindre dans un futur proche.

Pesticides et frelons asiatiques, un cocktail mortel

Quant à celles qui sont élevées pour produire du miel, elles ne sont également pas en grande forme, notamment dans les régions où l'on utilise massivement des insecticides pour protéger des maladies les vergers et les grandes cultures comme le colza, le maïs et le tournesol.

Les apiculteurs français sont les plus touchés. La mortalité au printemps et en été atteint des niveaux alarmants en France. Elle est en moyenne de 14%, mais dépasse les 50% dans certaines régions comme celles de Provence-Alpes Côte d’Azur ou Midi-Pyrénées. Or c'est à ce moment là qu'elles butinent et sont donc susceptibles d'être contaminées par les insecticides.

C'est plus qu'en Grande-Bretagne où ce taux atteint en moyenne 12%, mais c'est surtout nettement plus qu'en Allemagne où la mortalité n'est que de 10% l'été. Mais, le vrai paradis des abeilles, c'est la Lettonie. Moins de 1% des abeilles lettones meurent à la belle saison !

Or la France est le premier consommateur de pesticides en Europe. Il est donc de plus en plus difficile de nier toute relation de cause à effet.

Enfin, pour compléter ce tableau bien noir, le frelon asiatique tueur d'abeilles fait des ravages dans nos provinces. Ces énormes insectes s'attaquent aux laborieuses ouvrières dans les ruches. Les trois-quarts du territoire français seraient touchés. De plus, les apiculteurs s'inquiètent également de l'expansion d'un autre parasite mortel pour les abeilles, le Cynips du châtaignier, venu lui aussi de Chine.

Mais attention, à ne pas confondre frelons et bourdons ! Ils sont, comme les abeilles, indispensables à la reproduction des végétaux et à l'agriculture. Et comme les abeilles, le quart des 68 espèces de bourdons européens, est menacé d'extinction. Alors, si possible, autant éviter de participer à cette disparition à grands coups de bombes insecticides…




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