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Réfugiés : les flux diminuent mais pas le nombre de victimes

jeudi, 14 septembre, 2017 - 20:16

Malgré une baisse des arrivées en Europe de près de 50%, les migrants qui périssent en Méditerranée sont presque aussi nombreux que l’an dernier. La France est toujours à la traine en terme d’accueil mais elle accorde plus facilement le statut officiel de réfugiés

La question des réfugiés reste plus que jamais d’actualité pour l’Europe. Le président Macron a réuni le 28 août à Paris les chefs de gouvernement allemand, italien et espagnol ainsi que les dirigeants libyen, tchadien et nigérien afin de tenter d’endiguer le flux d’être humains qui continuent de traverser la Méditerranée au péril de leur vie.

L’idée d’installer au Tchad et au Niger des centres d’enregistrement et de sélections – les fameux « hots spots – a été évoquée. En attendant, les pays d’accueils restent sous pression. En particulier l’Italie qui avait en juillet menacé de fermer ses ports face au manque de solidarité de ses partenaires de l’UE.

Moins de traversées, autant de morts

Où en sommes-nous de cette crise migratoire qui a connu son pic à l’été 2015 ? Force est de constater qu’elle est toujours très meurtrière, voire même de plus en plus. 3.700 migrants avaient péri en Méditerranée en 2015. Ils étaient plus de 5.000 en 2016 alors même que le nombre de personnes traversant la mer sur des embarcations de fortune avait été divisé par trois.

Et cela ne s’arrange guère puisque de janvier à juillet 2017 114.000 migrants ont traversé, soit un rythme inférieur de 45% à celui de l’an dernier. Et pourtant, depuis janvier, on dénombre déjà 2.400 victimes, chiffre à peine inférieur au rythme de 2016.

Cette mortalité accrue s’explique sans nul doute par le renforcement des contrôles qui pousse les passeurs à faire prendre de plus en plus de risques aux malheureux qu’ils transportent. On constate notamment une diminution de la taille des embarcations de fortune afin de les rendre moins facilement repérables.

Certains passeurs vont même jusqu’à faire sombrer les bateaux dès qu’ils aperçoivent un navire… Cela a déterminé les ONG – dont la flotte représente désormais plus du tiers des moyens de sauvetage – à aller chercher de plus en plus loin les réfugiés.

Les autorités italiennes, dont le pays est en première ligne, protestent contre cette stratégie pro-active susceptible d’encourager les passeurs. Bref, la situation est catastrophique au plan humanitaire, même si le flux de réfugiés ralentit.

L’Italie en première ligne mais l’Espagne devient une destination

Par ailleurs, les routes maritimes empruntées par les réfugiés se modifient. L’accord intervenu en mars 2016 entre la Turquie et l’Union européenne a pratiquement tari les arrivées dans les Iles grecques. De décembre 2015 à février 2016, 200.000 personnes avaient accostées en Grèce. Un an plus tard, sur la même période, ce chiffre a été divisé par plus de 50 !

Autre phénomène récent : face à l’activisme des garde-côtes libyens – la Libye ayant été dûment sermonné par l’Europe au début de l’été – un certain nombre de migrants en provenance de l’Afrique sahélienne se détournent vers le Maroc et tentent de gagner l’Espagne ou les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Ainsi, entre janvier et juillet 2017, 7.600 réfugiés ont débarqués en Espagne, trois plus que sur la même période de l’an dernier. L’Espagne n’est pas loin d’accueillir autant de réfugiés que la Grèce. Cependant, l’Italie reste de très loin en première ligne puisqu’à fin juillet, près de 100.000 personnes avaient débarqué dans la Péninsule !

Et Rome n’a toujours pas obtenu que la France et l’Espagne ouvrent leur port de Marseille et de Barcelone aux navires humanitaires qui ont recueilli des migrants et n’ont donc à ce jour d’autre choix que d’accoster en Italie.

Plus de la moitié des migrants font une demande en Allemagne

La baisse des flux migratoires est reflétée dans la diminution des demandes d’asiles en instance dans les pays de l’UE. A la fin du mois de juin dernier, on en comptait 880.000, soit 20% de moins que six mois auparavant.

Par ailleurs, la répartition par pays de ces premières demandes se modifie. L’Allemagne reste toujours – et de loin – le premier pays d’accueil avec plus de 470.000 demandes à fin juin. Mais le chiffre est en baisse de 21% par rapport à décembre.

A l’inverse, l’Italie instruisait à fin juin 135.000 demandes, soit 35% de plus en six mois. Fin 2016, l’Italie instruisait six fois moins de dossiers que l’Allemagne ; mi-2017, elle en instruit seulement trois fois moins…

Ce qui vient démentir les propos de certains politiciens français qui prétendent – un rien méprisants – que l’Italie n’est qu’un pays de transit.

La France peu attractive…

Il n’y a pourtant pas de quoi être arrogant vis à vis des Italiens. Fin juin, 45.000 demandes d’asile étaient en instruction en France, soit trois fois moins qu’en Italie. C’est moins qu’en Suède et moins qu’en Autriche, pays dont la population est de 10 et 9 millions d’habitants !

Ces demandes d’asile ne mesurent cependant pas la propension à accueillir d’un pays mais plutôt son attractivité – c’est le cas de l’Allemagne – ou bien sa situation de porte d’entrée naturelle dans l’Union européenne, cas évident de l’Italie.

… et beaucoup moins accueillante que l’Allemagne

En fait, le degré d’ouverture d’un pays apparaît en comparant le nombre de demandes d’asiles faites en 2015 au nombre de décisions positives prononcées en 2016, qu’il s’agisse d’un statut de réfugié ou d’une simple protection subsidiaire qui permet d’obtenir une carte de séjour d’un an renouvelable.

Selon ces critères, l’Allemagne s’est montrée de très loin le pays le plus accueillant puisque les décisions positives de 2016 représentent plus de 90% des demandes d’asile de l’année précédente. Des Pays comme l’Italie ou la Suède prennent un peu plus de 40% de décisions positives. Quant à la France, elle n’en prononce que 38%.

Elle serait donc l’un des pays les moins ouverts de l’UE, notamment dans la mesure où, l’an dernier, des petits pays comme la Suède ou l’Autriche ont émis en nombres absolus plus de décisions positives que la France à l’égard des demandes d’asile.

Cela dit, gardons-nous d’un excès de sévérité à l’égard de l’Hexagone dans la mesure où ce pays est celui qui accorde le plus volontiers un statut de réfugié au sens de la convention de Genève, statut qui ouvre droit à une carte de résident valable dix ans.

Près des deux tiers des décisions positives françaises accordent ce statut très protecteur contre seulement 13% en Italie. Donc, assez peu d’accueil en France mais un accueil durable.


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