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En Allemagne, la devise “Le pays avant le parti” devrait l’emporter

lundi, 25 septembre, 2017 - 06:44

Si Angela Merkel a été réélue, hier, chancelière fédérale, son parti, la CDU-CSU, sort affaibli des législatives, qui consacrent l'arrivée au Bundestag de l'AfD, le parti de droit nationaliste créé en 2013. Les sociaux-démocrates de Martin Schulz ont enregistré quant à eux leur plus mauvais résultat et ne participeront pas à un nouveau gouvernement de coalition, contrairement, sans doute, aux libéraux du FDP et aux Verts.

Tous les voyants ou presque étaient au vert. Les chiffres de l’économie allemande – au moins en façade – sont bons ; l’opposition – notamment les sociaux-démocrates (SPD) – apparaissait morcelée ; seuls les sondages, qui la donnaient tout de même favorite, commençaient à bouger un peu ces derniers temps. Mais c’est en toute logique qu’Angela Merkel et son parti, les chrétiens-démocrates (CDU-CSU), ont remporté le scrutin d’hier et vu la chancelière sortante rempiler pour un quatrième mandat consécutif. Pourtant, la fête n’était pas de mise.

“Un jour amer pour la social-démocratie”

La CDU-CSU, avec seulement 32,5 à 33,5 % des voix, pourrait avoir battu le plus bas historique de Mme Merkel – elle avait fait 33,8 % en 2009. Si les conservateurs allemands ont remporté les élections législatives, le parti de la droite nationaliste Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait une entrée historique au Bundestag, où il obtient entre 86 et 89 sièges de députés. Alexander Gauland, co-tête de liste de ce mouvement ouvertement anti-islam et anti-migrants créé en 2013, a d’ailleurs annoncé que “nous allons changer ce pays” tout en promettant de mener “une chasse” contre la chancelière.

De leur côté, les sociaux-démocrates (SPD) emmenés par l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, étaient certes promis à une défaite – mais pas de cette ampleur. Avec légèrement plus de 20 % des voix, ils font moins bien que les 26 % des précédentes élections en 2013 et semblent tirer une croix sur une nouvelle coalition. Pour certains observateurs, leurs électeurs ont en effet sanctionné hier leur participation à la “grande coalition” d’Angela Merkel ces quatre dernières années.

Martin Schulz, qui a estimé hier soir peu après l’annonce des premiers résultats que c’était “un jour amer pour la social-démocratie”, commençait d’ailleurs à se faire désavouer jusque dans son propre camp. Depuis les années 2000, le SPD est de plus en plus concurrencé sur son flanc gauche, qui voit apparaitre des mouvements anti-libéraux, comme le Parti de Gauche, opposés au glissement libéral opéré par les sociaux-démocrates. Qui devraient en principe prendre le temps de tirer les conséquences de l’échec électoral d’hier.

“Nous sommes face à un nouveau grand défi”

Si coalition il devrait y avoir, c’est plutôt du côté des libéraux du FDP (10,5 %, 69 députés) et des Verts (9,3 %, 63 députés) qu’Angela Merkel devrait aller piocher. Pour Frédéric Lemaître, correspondant du Monde à Berlin entre 2010 et 2016, “si aucune coalition ne parvient à obtenir la majorité des voix, on peut théoriquement imaginer un gouvernement minoritaire ou de nouvelles élections. Mais la stabilité des institutions est une vertu cardinale pour les Allemands […] Jusqu’à présent aucun parti n’a pris le risque, même au niveau régional, de refuser un compromis et de provoquer une crise politique. C’est la devise “Le pays avant le parti””.

Au sein du parti majoritaire, certains pointent du doigt la politique “pas assez à droite” d’Angela Merkel, qui explique la percée électorale de l’AfD. “Ne tournons pas autour du pot, le résultat de l’élection constitue une amère déception. Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées” a estimé hier soir Horst Seehofer, le président de l’aile bavaroise et conservatrice du parti de la chancelière (CSU).

Celle-ci a reconnu que “nous espérions un meilleur résultat. Nous sommes face à un nouveau grand défi, l’entrée de l’AfD au Bundestag. Nous allons reconquérir ces électeurs et électrices de l’Alternative pour l’Allemagne” a-t-elle martelé. En attendant, Angela Merkel va devoir trouver les forces politiques avec qui elle gouvernera ces quatre prochaines années.


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