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Congé parental: les pères français parmi les moins impliqués

vendredi, 18 mai, 2018 - 11:07

Une directive européenne veut renforcer l’égalité hommes-femmes en favorisant les congés parentaux pris par les pères. En retard à ce sujet, la France s’y oppose en invoquant le coût excessif d’une meilleure rémunération des ces congés.

L’Europe sociale, l’Europe qui protège… Quel gouvernement français – y compris celui d’Edouard Philippe – ne s’est-il pas déclaré défenseur de cette Europe là ?

Pourtant, au début du mois de mai, les organisations syndicales ont appelé Emmanuel Macron à soutenir une directive européenne qui vise à développer le congé parental masculin et à lui assurer une rémunération décente.

Mais Paris rechigne à défendre ce texte dont les conséquences financières seraient trop lourdes pour l’Hexagone qui indemnise mal le congé parental. Résultat, très peu d’homme français ont recours à ce dispositif utilisé presqu’uniquement par les femmes.

On sait très bien que l’enfantement puis l’accompagnement du jeune enfant est un gros facteur d’inégalité entre les sexes. Pesant majoritairement sur les mères, ces fonctions entravent le déroulement de carrière des femmes et pèse à la baisse sur leur rémunération.

Plus de congés paternels, moins d’inégalité des sexes

D’où l’idée d’inciter les couples à mieux partager ces tâches en développant, à côté du congé paternité, un congé parental spécifique aux pères. La directive européenne propose ainsi d’accorder, à l’occasion de la naissance, un congé paternité d’au moins deux semaines et surtout, un congé parental d’éducation de 4 mois pour chaque parent utilisable jusqu’à la douzième année de l’enfant.

Le texte européen propose également de rémunérer ce congé à hauteur des congés-maladie. C’est là que le bât blesse pour Paris.

Au niveau du congé paternité, la France accorde certes déjà deux semaines de congés, comme le propose la directive. Ces congés, comme les seize semaines de congés maternité, sont rémunérés par les caisses de sécurité sociale à environ 75% du salaire jusqu’à un maximum de 2.500 € mensuels.

Pour ce qui est du congé parental, le dispositif français prévoit, pour un enfant, six mois pour la mère + six mois pour le père et 24 et 12 mois à partir de deux enfants. C’est donc mieux que le minimum défini par l’Europe.

Le congé parental mal rémunéré en France…

Le problème est que, jusqu’à trois enfants, ces congés parentaux ne sont rémunérés que 392 € par mois par les allocations familiales. Les hommes touchant en général un meilleur salaire que les femmes, ils choisissent donc très rarement de recourir au congé parental.

Appliquer la directive européenne (la rémunération à hauteur du congé maladie, soit environ 50% du salaire en France) ferait ainsi passer l’indemnisation du congé parental à près de 950 €/mois. Trop onéreux, juge le président Macron.

… mais bien indemnisé dans huit pays européens

Si l’on raisonne en taux de remplacement du salaire, la France se situe à 20%, comme le Royaume-Uni.

Or ce taux est de 76% en Suède. En Autriche, on atteint même 80% du salaire, mais pour deux mois de congés seulement. En Allemagne, le taux de remplacement est de 65%, comme en Finlande tandis que le Portugal assure 56%. En fait, sur les dix pays européens prévoyant un congé parental spécifique au père, huit rémunèrent ce congé à plus de 50% du salaire, ce que, grosso modo, recommande la directive.

La France est donc au bas de l’échelle. Elle prévoit en revanche six mois de congés parentaux paternels alors qu’en général ces congés ne sont que de deux ou trois mois ailleurs en Europe. Mais la France ne saurait se vanter puisque ces congés ne sont jamais utilisés par les pères qui, refusant d’assumer une faible rémunération, laissent leur compagne assurer le congé parental.

Le congé parental à 97% féminin en France

Les hommes Français ne représentent ainsi que 3,5% des congés parentaux. C’est le pire score européen à l’exception des Polonais et des Tchèques. Les Suédois, Portugais ou Norvégiens sont à plus de 40% et les Allemands, Belges ou Danois, autour de 25%.

Même les pères italiens, réputés pourtant faiblement égalitaristes et à qui aucun congé spécifique n’est dédié, sont en proportion trois fois plus nombreux que les Français à prendre un congé parental !

Scandinaves et Portugais en pointe

Les pays les plus égalitaristes en matière de congés parentaux sont assez divers. On trouve naturellement les Scandinaves. Les pères Finlandais disposent de 3 semaines de congé paternité auxquelles s’ajoutent 6 semaines de congé parental bien indemnisé.

Quant aux Suédois, chaque parent dispose de 8 mois de congés parentaux dont six mois et demi très bien rémunérés.

Au Sud de l’Europe, c’est le Portugal qui est en pointe avec un congé parental initial remplaçant les congés maternité et paternité et facilitant la permutation des rôles. Si le père prend 4 semaines de congé initial, les parents bénéficient d’un mois supplémentaire de congés rémunéré à 100% du salaire antérieur.

Au Royaume-Uni également, des avancées ont eu lieu récemment, notamment avec un congé parental partagé qui fait suite au congé maternité. En Allemagne, un « bonus de partenariat » permet de conserver des aides si les parents décident de reprendre simultanément un travail à temps partiel.

Incontestablement, la France est en retard, pas du fait des durées de congé mais du fait de la rémunération de ces congés. Et avec pour résultat une faible implication masculine en matière de partage des tâches concernant la petite enfance.


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