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Les retraités français restent parmi les mieux lotis en Europe

vendredi, 7 septembre, 2018 - 09:37

La France est le seul pays d’Europe à remettre en cause l’indexation des retraites sur l’inflation. Les pensions y sont cependant d’un bon niveau et constituent de revenus très sécurisés, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs en Europe.

Afin de réaliser des économies budgétaires supplémentaires, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé la fin de l’indexation automatique des retraites de base sur le taux d’inflation.

Ainsi, les pensions versées par la caisse nationale d’assurance maladie ne seront revalorisées que de 0,3% en janvier 2019 puis de nouveau en janvier 2020 alors que l’inflation annuelle devrait atteindre entre 1,5 et 2%.

Cette perte de pouvoir d’achat, s’ajoutant à la hausse de la CSG du début de l’année, est évidemment de nature à provoquer la grogne des retraités français qui se sentent systématiquement pénalisés par la politique d’Emmanuel Macron.

Pouvoir d’achat : les retraités–cadres ne seront plus seuls à souffrir

Cette situation est relativement inédite. Malgré une indexation théoriquement systématique sur l’indice des prix, les retraites du régime général ont bien été gelées entre 2013 et 2015 mais globalement, sur la dernière décennie, elles ont été revalorisées du montant exact de l’inflation depuis 2008, soit 8,5%.

En revanche, cela n’est pas le cas des retraites complémentaires qui, en dix ans, n’ont augmenté que de 7,4% pour l’Arrco et seulement de 5,3% pour l’Agirc. En somme, les retraités cadres ont perdu plus de 4% de leur pouvoir d’achat depuis 2008.

Les pensions ont diminué légèrement en Suède…

Les retraités se serrent-ils aussi la ceinture chez nos voisins ? A une exception près, on ne constate pas de tel décrochage ailleurs en Europe. Car il n’y a guère qu’en Suède que la progression des pensions en dix ans a été inférieure de deux points à la hausse des prix.

Mais ce n’est pas en raison d’une volonté politique délibérée puisque les retraités suédois sont obligatoirement mis à contribution lorsque le système de pension devient déficitaire. Ce fut le cas en 2010, 2011 et 2014 et, ces années là, les pensions suédoises ont été baissées.

… mais nettement augmenté partout ailleurs

Dans tous les autres pays en revanche, les retraites augmentent. C’est par exemple le cas en Allemagne, où le montant moyen versé dans les lander de l’Ouest s’est accru de 20% pour une inflation limitée à 13%.

Une hausse du pouvoir d’achat des seniors allemands de sept points qui est encore plus spectaculaire en Espagne où elle atteint 20 points depuis 2008.

Les Britanniques ne sont pas en reste avec un pouvoir d’achat en hausse de 15%. Hausse également aux Pays-Bas, de 4%, et même en Italie bien que les gains s’y limitent à 1,3%.

Donc, sur le plan de l’amélioration des retraites, les seniors français peuvent se sentir lésés à juste titre.

Retraites élevées mais aléatoire en Europe du nord

Reste que le tableau change du tout au tout lorsque l’on observe le niveau des retraites. En 2018, les retraités français touchent en moyenne une pension de 1390 € par mois.

C’est pratiquement le même montant que les Allemands dont les salaires sont pourtant plus élevés. Et c’est plus que les Italiens et les Espagnols qui n’atteignent pas les 1100 mensuels.

En revanche, on est loin des 1.800 € touchés en moyenne par les Suédois ou des près de 2000 € dont bénéficient les pensionnés célibataires néerlandais.

En ce qui concerne les Britanniques, la comparaison s’avère plus délicate car, à l’instar des néerlandais ou des Danois, leur système de retraite est à plusieurs étages.

Il y a la « State pension », une retraite forfaitaire versée sur fonds publics, qui s’apparente en quelque sorte à un minimum vieillesse et qui ne varie pas en fonction des revenus. Elle est de 900 € par mois.

Mais les Britanniques doivent obligatoirement s’affilier à un régime complémentaire – au niveau individuel ou dans le cadre de l’entreprise – qui relève d’un système de capitalisation.

Des revenus additionnels tout à fait substantiels puisqu’ils portent le revenu moyen moyen des retraités à près de 1.800 €. Mais attention : comme aux Pays-Bas où la capitalisation est très développée, ces revenus confortables sont menacés en cas de crise lorsque les rendements des fonds de pension s’effondrent.

Taux de remplacement élevé en France

Donc, en terme de revenus sécurisés, les retraités français sont plutôt bien lotis. C’est ce que reconnaissent d’ailleurs toutes les études internationales.

De fait, les Français sont champions en terme de taux de remplacement du salaire : leur retraite atteint 68% de leurs précédents revenus salariaux. C’est bien plus qu’en Allemagne (46%), qu’au Royaume-Uni (53%) et même qu’en Suède (57%).

Et si les Italiens, voire les Espagnols, sont proches du niveau français, c’est que la crise a fortement comprimé les revenus salariaux dans ces pays tandis que les gouvernants ont fait le choix d’y protéger les retraités.

Reste que si l’on compare le revenu moyen des plus de 65 ans en France au revenu moyen de l’ensemble de la population, les seniors français gagnent 14% de plus. C’est un record européen.

Plus de retraités pauvres en Allemagne ou au Royaume-Uni

Si l’on considère enfin le taux de pauvreté (50% du revenu médian), il est seulement de 3,6% chez les retraités français. C’est l’un des plus faibles d’Europe (seul le Danemark fait mieux) grâce notamment au niveau minimum vieillesse : 833€ pour une personne seule. Les pensionnés allemands et italiens sont plus de 9% sous le seuil de pauvreté et c’est le cas pour 14% des Britanniques.

Ainsi donc, globalement, les seniors s’en sortent mieux que les autres en France. C’est dans ce contexte que s’inscrit la stratégie du gouvernement français de transférer une petite part du revenu des retraités aux actifs via des baisses de charges sur les salaires pour améliorer leur pouvoir d’achat et favoriser l’emploi.


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