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Isolé dans le Golfe, le Qatar se rapproche de l’Europe

mardi, 11 septembre, 2018 - 10:33

Alors que l’Arabie saoudite intensifie son blocus contre le Qatar, le petit émirat multiplie les investissements à l’étranger. Une diversification entamée depuis plusieurs décennies, qui montre la volonté de l’émirat de ne pas se laisser isoler sur la scène internationale.

Un projet fou. L’Arabie saoudite, qui impose depuis juin 2017, avec trois autres pays (Emirats arabes unis, Egypte, Bahreïn), un blocus économique et diplomatique à l’encontre du Qatar, envisagerait très sérieusement de creuser un canal le long de la frontière avec son voisin. Objectif revendiqué : isoler diplomatiquement et géographiquement Doha, en faisant du Qatar une île. Le projet a été confirmé, début septembre, par un proche conseiller du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

Long de 60 kilomètres, le canal serait profond de 15 à 20 mètres et large de 200 mètres – suffisant, en théorie, pour y faire transiter des navires de marchandise. Les travaux sont estimés à 750 millions de dollars par le royaume wahhabite, qui aurait d’ores et déjà sélectionné les entreprises pouvant répondre à l’appel d’offres. Le Qatar deviendra-t-il bientôt le premier Etat insulaire contraint et forcé ? Le petit émirat n’a en tout cas pas l’intention de se laisser ostraciser sans réagir. Son arme : multiplier les investissements dans les économies étrangères.

10 milliards en 5 ans en Allemagne 

Le quotidien économique allemand Handelsblatt vient ainsi de révéler que le Qatar avait investi, outre-Rhin, pas moins de 17 milliards d’euros au cours des trente dernières années. Autant de participations du fonds souverain qatari dans les mastodontes allemands que sont Volkswagen, Siemens ou encore Hochtief – le ministre des Finances du Qatar ayant récemment déclaré que l’Allemagne est « un acteur clé de l’économie mondiale ». Cette stratégie a récemment été affinée, Doha orientant désormais ses investissements vers le Mittelstand, le tissu manufacturier allemand.

A ces 17 milliards viendront s’ajouter les 10 milliards d’euros que Tamim ben Hamad al Thani, l’émir du Qatar, en déplacement à Berlin, a promis d’investir au cours de ces 5 prochaines années dans les grands piliers traditionnels de l’économie allemande : automobile, technologie et banques. Mais aussi dans les PME du pays. Avec pour double objectif, pour Doha, de diversifier son économie et de contrecarrer la tentative d’isolement dont elle est victime de la part de ses voisins régionaux.

Les autorités qataries ont également conscience que Berlin s’impose comme l’interlocuteur privilégié des Turcs en Europe, de la même manière que Doha s’impose comme leur principal allié dans la région du Golfe. En témoigne la visite, à la fin du mois d’août dernier, de Tamim ben Hamad Al Thani à Ankara. Alors que la Turquie est en conflit ouvert avec les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions contre deux de ses ministres et augmenté leurs droits de douane de 50% sur l’acier et l’aluminium importés, le cheikh qatari a promis quelque 15 milliards d’investissements directs dans le pays. Le secteur privé du Qatar n’est pas en reste, cinq grands conglomérats manifestant leur volonté d’investir 300 millions de dollars en Turquie.

« Les cheikhs et les patrons (…) sont disposés à investir en Turquie dans tous les domaines, de l’énergie à l’agriculture, (en passant) par l’immobilier », a confirmé Ahmet Hasan, le directeur général de Royal Link, une structure chapeautant les investissements des entreprises et fonds d’investissement Qatar Holding, Essa, Nora Rasit Al Doosori, Al Sumeiti et Rasit El Kubeysi. D’après lui, les investissements qataris en Turquie pourraient même atteindre les 50 milliards de dollars si un bureau pour les investisseurs était établi au Qatar.

Une diversification économique bien entamée

A l’instar de nombreux pays du Golfe, le Qatar reste très dépendant de sa production d’hydrocarbures. Ceux-ci représentent encore 51% de son PIB, 84% de ses exportations et plus des deux tiers de ses recettes budgétaires. Depuis plusieurs décennies, Doha a donc entrepris de diversifier son modèle économique, passant d’une économie de rentre à une économie de la connaissance.

C’est notamment l’objectif du plan « Qatar National Vision 2030 » porté par le prince Al Thani, qui vise à une plus grande autonomie alimentaire – le Qatar sera bientôt autosuffisant en produits laitiers –, à la création d’un hub culturel ou encore au développement des transports. L’organisation de la prochaine Coupe du monde de football ou la création ex nihilo d’une smart city dans le quartier de Msheireb Downtown participent également de cet objectif.

Cette stratégie de diversification passe aussi par le renforcement des relations entre le Qatar et l’Union européenne (UE), qui est « l’une des principales destinations de nos exportations », à hauteur de 10%, rappelle dans une tribune l’ambassadeur du Qatar pour la Belgique et le Luxembourg et chef de mission auprès de l’UE, Abdulrahman bin Mohammed Al Khulaifi. Pour le diplomate, « les tentatives d’isoler le Qatar ont échoué. Nous avons renforcé nos relations diplomatiques avec nos partenaires internationaux, dont nos amis européens ». Depuis l’instauration du blocus, « le Qatar est devenu un pays plus fort et tourné vers l’avenir. Le blocus a servi de catalyseur pour l’accélération de différentes politiques publiques », notamment en termes de diversification économique, estime M. Al Khulaifi.


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