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Action climatique : La France mauvaise élève au sein de l’Union

mercredi, 12 septembre, 2018 - 09:07

En expliquant sa démission, Nicolas Hulot (en portrait) a eu raison de dénoncer l’inaction de la France sur le climat. Car l’Hexagone ne respecte pratiquement aucun de ses engagements. Fausse consolation, l’Allemagne n’est guère meilleure…

En perspective du sommet mondial pour l’action climatique qui s’est ouvert mercredi à San Francisco, des centaines de milliers de citoyens se sont mis « debout pour le climat » samedi dernier dans une centaine de pays dont la France. Avec l’idée de pousser les gouvernements à non seulement aller plus loin dans leurs engagements dans la lutte contre le réchauffement de la planète mais encore à simplement les tenir.

En France, l’opinion est toujours sous le coup de la démission du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot selon qui « la France n’en fait pas assez ». C’est sans doute le bon moment pour se demander si les actions de l’Hexagone en faveur de l’environnement sont suffisantes et efficientes en regard de ses engagements et de ce que font à cet égard ses voisins européens.

Des engagements pris au niveau national mais surtout dans le cadre européen avec des échéances à court terme, pour l’année 2020, et des échéances à plus long terme, 2030 et même 2050. A moins de deux ans de la première échéance, il est bien sûr facile de se rendre compte si les Etats européens sont en mesure d’atteindre les objectifs fixés.

L’Union européenne tient ses objectifs

Considérons d’abord l’Union européenne prise globalement. Pour 2020, cette dernière vise à diminuer de 20% les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport au niveau de 1990, à baisser également de 20% la consommation d’énergie primaire par rapport aux projections faites il y a dix ans et enfin à porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie primaire.

La bonne nouvelle, c’est que l’Union va tenir ces objectifs dits « 20-20-20 ». Dès l’année 2016, elle les dépassait en ce qui concerne les émissions polluantes et les énergies renouvelables et se trouvait en mesure de les atteindre pour ce qui relève des économies d’énergie.

Seule interrogation : compte tenu des objectifs beaucoup plus ambitieux fixés par l’UE pour 2030 (40-32-32), il vaudrait mieux aller nettement au delà de ce que l’on vise pour 2020…

Baisse des émissions : la France et les Pays-Bas en retard

Mais si l’Union reste pour l’instant dans la « course climatique », il n’en va pas de même pour plusieurs de ces Etats-membres. Prenons la réduction des émissions de GES. Les pays Scandinaves et le Royaume-Uni sont bien dans les clous, voire au delà. L’Italie devrait elle aussi tenir ses objectifs.

Mais l’Allemagne, si elle parvient à tenir ses engagements vis-à-vis de l’Europe, sera bien loin de respecter ses propres objectifs en 2020 du fait, dixit Berlin, de l’afflux imprévu de centaines de milliers de migrants qu’il a bien fallu loger et chauffer dans l’urgence. Sans compter la réactivation de l’exploitation du charbon avec la sortie du nucléaire qui a ralentit la baisse des émissions.

Mauvaise note aussi pour les Pays-Bas. Quant à la France, de l’aveu même des experts du ministère de l’environnement, elle ne sera pas prête en 2020 tout en espérant l’être en 2030…

Efficacité énergétique : Scandinavie et pays du sud en pointe

En matière d’efficacité énergétique, la situation est à peu près la même. Suède et Danemark dépassent les objectifs de baisse de la consommation, de même que l’Italie et l’Espagne. Cette fois, les Pays-Bas devraient y parvenir.

Mais c’est moins évident pour l’Allemagne qui a un très grand chemin à accomplir en peu de temps dans la mesure ou sa population s’accroit rapidement en ce moment. Et c’est encore plus difficile pour la France dont la consommation d’énergie primaire s’est accrue en 2017 et qui s’éloigne de ses objectifs 2020.

Renouvelables : objectif manqué pour la France et l’Allemagne

La France ne saurait pas davantage se rattraper sur la part des renouvelables dans sa consommation d’énergie : l’Hexagone ne tirait des renouvelables que 16% de sa consommation en 2016 et cette part aurait reculé en 2017. Or, le pays s’est engagé sur 23% en 2020. Pratiquement infaisable.

L’Allemagne est un peu mieux lotie mais son engagement de 18% de renouvelables pour 2020 est dur à atteindre avec un taux de moins de 15% en 2016 et guère plus en 2017. Malgré une nouvelle loi climat ambitieuse, les Pays-Bas n’atteindront pas non plus leur objectif 2020.

En revanche, malgré leur retard en 2016, les Britanniques mettent les bouchées doubles pour respecter leurs engagements via le développement accéléré de l’éolien maritime.

Parmi les bons élèves de l’énergie renouvelable, citons l’Italie et la Scandinavie, avec en particulier la Suède où les renouvelables représentent 54% de la consommation d’énergie primaire du pays !

Herbicides, sols artificiels : l’enfer hexagonal

Nicolas Hulot dénonce également l’inaction française sur les pesticides et en matière d’artificialisation des sols. Sur les pesticides en général, la France y a moins recours que les pays d’Europe du sud ou que les Pays-Bas.

En revanche, elle est championne d’Europe pour l’utilisation des herbicides – en particulier le glyphosate – avec 1,10 kilos déversés par hectare contre 650 grammes en Allemagne, Italie ou Espagne.

Quant à l’artificialisation des sols, la France compte le plus de surface bétonnée par habitant de toute l’Union, soit 450 m2, bien devant l’Allemagne (320 m2), les Pays-Bas (300 m2) ou le Royaume-Uni (240 m2).

De beaux discours mais peu d’actions concrètes

Sur plus de 50 pays, la France était l’an dernier classée numéro un dans l’indice de performance de changement climatique élaboré par l’ONG German Watch. Il faut dire que l’on restait sur la forte impression de l’Accord de Paris à l’issue de la Cop21. Hélas, en 2018, elle n’est plus créditée que de la douzième place !

L’Hexagone reste mieux placé que l’Allemagne car il est bien noté en matière de « diplomatie climatique » qui voit s’activer sans cesse le président français. En revanche, la mise en œuvre des mesures au plan national est jugée insuffisante. C’est ce que l’on vient de vérifier dans tous les domaines.

En somme, le dépit affiché par Nicolas Hulot semble totalement corroboré par la réalité. Et cela ne devrait consoler personne de constater que l’Allemagne ne fait pas beaucoup mieux…


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