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L’UE épingle la Côte d’Ivoire, qui invalide une à une ses accusations

lundi, 1 octobre, 2018 - 09:47

Fin juillet, la divulgation sur Internet d’un rapport européen accablant la gouvernance du président ivoirien, Alassane Ouattara, jetait le trouble entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne. L’occasion pour Abidjan de contester les accusations formulées, rapports de la Banque mondiale et du FMI à l’appui. 

Comme de la friture sur la ligne Abidjan-Bruxelles. A la fin du mois de juillet dernier, la divulgation sur les réseaux sociaux d’un rapport interne à l’Union européenne (UE) sur la Côte d’Ivoire a singulièrement élevé le niveau de tension entre les deux capitales. Daté du 18 avril 2018, le document de huit pages est signé par les ambassadeurs de sept Etats membres de l’UE en Côte d’Ivoire – dont la France – et par Jean-François Valette, qui représentait Bruxelles à Abidjan jusqu’à son remplacement par l’Allemand Jobst von Kirchmann, le 31 août.

Un rapport accablant pour les autorités ivoiriennes 

Au vitriol, le rapport européen fustige la gestion sociale et politique du président ivoirien, Alassane Ouattara, élu en 2012 à l’issue d’une guerre civile meurtrière opposant ses partisans au camp de son prédécesseur, Laurent Gbagbo. Les diplomates européens y décrivent « un pays moins solide et démocratique que sa bonne image pourrait le laisser penser », laissant entendre que les autorités ivoiriennes n’ont que leur réélection en tête. S’inquiétant de leur « hermétisme » face aux critiques et d’un pouvoir qui apparaît « trop faible politiquement pour accepter le jeu démocratique », le rapport dénonce de multiples « dérives ».

Le bilan dressé par les eurocrates n’est pas meilleur en matière économique. Recensant une série de signaux « qui incitent à la vigilance », le texte met en garde contre une réduction de la croissance, le doublement de la dette publique ivoirienne ou encore l’augmentation du déficit public. Enfin, le rapport pointe l’inefficacité supposée des réformes sécuritaires engagées par le gouvernement d’Alassane Ouattara. En somme, les ambassadeurs européens livrent un verdict sans concession sur l’ensemble de la politique menée par celui qui a promis à son pays d’atteindre l’émergence à l’horizon 2020.

Un rapport « de nature à porter atteinte à l’image et à la stabilité de la Côte d’Ivoire » 

Sans surprise, les autorités ivoiriennes ont vivement réagi à la publication de ce rapport, qui « n’avait aucunement vocation à être rendu public », selon les propres mots de Jean-François Valette, extraits d’un droit de réponse transmis par le diplomate au journal Jeune Afrique. L’ambassadeur européen a été convoqué séance tenante par Fidèle Sarassoro, le directeur de cabinet du président ivoirien. Invité à s’expliquer, M. Valette aurait « dit déplorer (…) la divulgation sur les réseaux sociaux de ce rapport », précisant toutefois que son contenu était « l’exact reflet de l’analyse collective des huit ambassadeurs européens présents en Côte d’Ivoire ».

Dans un communiqué publié le 8 août, le ministère ivoirien des Affaires étrangères a condamné un document contenant « diverses allégations de nature à porter atteinte à l’image et à la stabilité de la Côte d’Ivoire ». Sur la forme, tout d’abord, la diplomatie ivoirienne considérant que la diffusion de ce rapport est « inacceptable et montre bien une volonté manifeste de nuire et d’entacher la crédibilité » du pays. Rappelant que la Côte d’Ivoire privilégie « un dialogue constructif avec tous ses partenaires », le ministère exprime « sa vive protestation à l’encontre de l’UE, et en particulier de son ambassadeur, chef de la Délégation de l’UE à Abidjan, dont le séjour en terre ivoirienne a été jalonné par une série de manquements et de comportements discourtois vis-à-vis des autorités de notre pays ».

Des accusations « dénuées de tout fondement et sans lien avec la réalité » 

Mais c’est encore sur le fond du rapport que les critiques de la diplomatie ivoirienne sont les plus virulentes. En matière politique, tout d’abord, le gouvernement contestant, « avec la plus grande fermeté, toutes les analyses tendant à faire croire à l’opinion nationale et internationale que des intérêts partisans sont au centre de la gouvernance politique en Côte d’Ivoire ». Et de rappeler que la préparation en amont des scrutins nationaux s’inscrit dans la pratique habituelle de tout pays démocratique.

Sur le plan économique, le communiqué du ministère note que les critiques européennes s’inscrivent « en totale contradiction des derniers rapports de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, lesquels font état de perspectives à moyen terme robustes, avec un taux de croissance moyen de 7% jusqu’en 2023 et un déficit budgétaire maîtrisé » – de fait, la Côte d’Ivoire s’impose comme la locomotive économique de la sous-région. Enfin, le gouvernement ivoirien défend sa politique sécuritaire, « marquée par l’amélioration de l’indice de sécurité dans le pays et la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de retirer les casques bleus de Côte d’Ivoire après avoir constaté le rétablissement de la paix et de la sécurité ». 

En conclusion, les autorités ivoiriennes s’insurgent contre des accusations « dénuées de tout fondement et sans lien avec la réalité ». Reste à déterminer comment et dans quel but ce rapport explosif et manifestement orienté a été divulgué sur Internet.


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