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Aide au développement : la France fait peu de cadeaux aux déshérités

mercredi, 3 octobre, 2018 - 16:21

Même si Emmanuel Macron confirme une forte hausse de son aide publique au développement, la France n’est pas la mieux placée en Europe. Surtout, elle assiste peu les pays les plus pauvres et accorde beaucoup moins de dons que ses voisins européens.

La semaine dernière, devant l’assemblée générale des Nations Unies, le président Emmanuel Macron a confirmé l’accroissement d’un milliard d’euros en 2019 de l’aide publique au développement (APD) de la France et la hausse de 40% de ses crédits humanitaires.

Ces augmentations confirment la tendance au redressement de l’aide française nettement amorcée depuis 2017 après des années de baisse.

Mais comment l’Hexagone se compare-t-il avec les autres pays de l’Union européenne, tant en termes de volume d’aide globale que de ciblage des aides vers les pays les plus pauvres, de l’importance respective des dons et des prêts ou d’aide humanitaire ?

Rappelons que l’aide publique au développement – APD – est l’assistance financière fournie aux pays à revenus faibles ou intermédiaires par les trente pays développés membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE.

5ème rang mondial pour la France en matière de volume d’APD

56% de cette aide provient des pays-membres de l’Union européenne. Mais n’oublions pas les deux pourvoyeurs majeurs non-européens d’APD que sont les Etats-Unis, premier pourvoyeur d’aide au développement avec 35 milliards de dollars en 2017 et le Japon, quatrième contributeur avec 11,5 milliards de dollars.

La France se situait l’an dernier au 5ème rang mondial avec 11,3 milliards de dollars et occupait le 3ème rang européen derrière l’Allemagne – 25 milliards d’aide – et le Royaume-Uni – 18 milliards.

Un rang donc honorable pour la France et qui pourrait s’améliorer dans les années à venir puisque Paris s’est engagé à accroître significativement son aide pour la porter à l’horizon 2022 à 0,55% de son revenu national brut contre 0,43% actuellement.

Mais l’on est encore loin de l’objectif d’aide au développement fixé depuis plusieurs décennies par l’ONU et l’OCDE : une proportion de 0,7% du revenu national brut (RNB).

Les efforts viennent du nord de l’Europe…

Les bons élèves de l’aide au développement sont tous européens puisqu’actuellement, cinq pays atteignent ou même dépassent nettement l’objectif des 0,7% : la Suède, le Luxembourg, la Norvège, le Danemark et le Royaume-Uni. Deux autres pays n’en sont pas très éloignés : l’Allemagne et les Pays-Bas.

En revanche, la France n’est qu’en douzième position mondiale et européenne avec son 0,43% même si son APD a fait un bond en avant en 2017. Contrairement à l’Italie et à l’Espagne, elle reste néanmoins au dessus de la moyenne des pays du CAD qui est de 0,31% du RNB.

… notamment du Royaume-Uni et de Suède pour les plus pauvres

Les Nations Unies ont identifié 47 Etats, principalement en Afrique, classés comme pays les moins avancés. L’objectif est d’allouer à ces PMA au moins 0,15% du revenu national.

De nombreux pays sont en deçà de cet objectif. C’est le cas de la France, mais aussi de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne.

En revanche, le Royaume-Uni et la Suède sont au dessus et consacrent plus du quart de leur aide bilatérale aux pays les plus pauvres. Si l’on considère, pour chaque pays donateurs, les dix premiers bénéficiaires de l’aide, les Britanniques et les Suédois canalisent leur aide vers six PMA.

Mais l’Allemagne n’en compte qu’un seul et la France… aucun !

Une aide française intéressée…

L’APD française se dirige principalement vers le Maroc, l’Afrique francophone où encore la Jordanie, le Mexique ou l’Inde, des pays tous classés « à revenus intermédiaires ». En somme, la France favorise le développement de pays avec lesquels elle peut développer avec profit des relations commerciales.

D’ailleurs, il est très significatif d’observer la nature des aides fournies : une dizaine de pays européens accordent plus de 95% de leur aide sous forme de dons. L’Allemagne ne le fait qu’à 75% et la France ne va pas au delà de 55%.

C’est dire qu’elle accorde une grosse part de son aide sous forme de prêts qui, par définition, doivent être remboursés.

… qui s’intéresse peu au domaine humanitaire

L’aide française est donc de nature peu « humanitaire ». D’ailleurs, le poste « aide humanitaire » au sens strict est assez dérisoire pour la France puisqu’il ne représente que 150 millions de dollars en 2017.

C’est moins que les 200 millions fournis par l’Italie et les plus de 300 millions par les Pays-Bas. Et l’on est loin du milliard de dollars provenant du Royaume-Uni et surtout des 2,5 milliards de l’Allemagne. Il en va de même pour l’aide à l’accueil des réfugiés.

Aide aux réfugiés : une « assistance » d’un genre particulier

Cette inclusion dans l’APD de l’assistance aux réfugiés paraît contestable à plus d’un puisqu’elle ne va pas aux pays en développement mais aux pays développés dont les organismes publics se font ainsi « rembourser » au titre de l’APD une partie des frais qu’ils consacrent à l’accueil des réfugiés pendant la première année de leur séjour…

Au delà de la polémique, ce poste permet de mesurer l’effort effectif des pays en faveur des réfugiés. En 2017, la France y a consacré 560 millions de dollars, moins que les 850 millions alloués par des petits pays comme les Pays-Bas ou la Suède.

Quant à l’Italie, elle consacre aux réfugiés un montant trois fois supérieur à celui de la France. Et l’effort français est sans commune mesure avec les 6 milliards de dollars alloués l’an dernier par l’Allemagne.

Le « pays des droits de l’Homme » est donc bien loin d’être exemplaire. Si tant est que ce qualificatif pour la France ne relève pas en grande partie du mythe, comme le pensent souvent les anglo-saxons…


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