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Croissance : l’Allemagne n’est plus la « locomotive » de l’Europe

mercredi, 21 novembre, 2018 - 17:42

Avec un PIB en recul au troisième trimestre, l’économie allemande va connaître une croissance limitée à 1,7% en 2018, exactement comme la France. Cette dernière, même si, comme partout ailleurs, l’expansion ralentit, se porte mieux.

Il y a douze jours, la commission européenne publiait ses « prévisions économiques d’automne ». Si, dans l’ensemble, la conjoncture reste plutôt favorable, le tassement de l’activité se confirme et s’accentue par rapport aux prévisions du printemps dernier.

La France n’échappe pas à ce « petit coup de mou » même si, dans l’ensemble, elle s’en sort un peu mieux que ces voisins. Surtout mieux que l’Allemagne dont le PIB a reculé de 0,2% au troisième trimestre.

Commerce mondial en baisse, pétrole en hausse

Le ralentissement de la croissance européenne est largement dû à des facteurs extérieurs. Il y a en particulier un moindre dynamisme du commerce mondial du fait d’incertitudes du côté des pays émergents et surtout à cause de la montée des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires.

Il y a également la hausse du pétrole depuis la mi-2017 même si celle-ci les cours ont sensiblement reculés depuis début octobre.

Mais le ralentissement de l’activité trouve également son origine en Europe. D’une part, les taux d’intérêt en Italie se tendent parce que le budget expansionniste adopté à Rome – et critiqué par Bruxelles – est de nature à alourdir une dette publique déjà supérieure à 130% du PIB.

D’autre part, dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, les pénuries de main d’œuvre s’aggravent. Enfin, les grandes difficultés de parvenir à un accord raisonnable sur le Brexit continuent de plomber l’économie britannique.

Rien de catastrophique pour autant : après un pic de 2,4% en 2017, la croissance européenne est prévue à 2,1% en 2018 et 1,9% l’an prochain.

La France recolle à l’Allemagne

Incontestablement, l’économie française se porte mieux. En 2015 et 2016, son retard de croissance sur la zone euro avait atteint 1,2 puis 0,7 point de pourcentage. Depuis 2017 et jusqu’à 2019, ce retard n’est plus que de 0,2 à 0,4 point.

Ce qui marche mieux en France, se sont les créations d’emplois, l’investissement des entreprises et les exportations. Du coup, la croissance de la dette publique est enrayée autour de 98,5% du PIB – ce qui reste élevé – et le taux de chômage reflue, plutôt lentement cela dit puisqu’il serait encore de 8,4% en 2020 contre 9% cette année.

En fait, le gros changement par rapport aux annés précédentes est que l’écart de croissance par rapport à notre voisin allemand a disparu. En 2018, le taux d’expansion allemand ne sera plus que de 1,7%, comme en France. C’est une forte réduction par rapport aux 2,3% pronostiqués il y a six mois.

L’Allemagne en pénurie de main d’œuvre

Une cause ponctuelle a entrainé un recul du PIB allemand au troisième trimestre : c’est la réduction de la production automobile du fait de l’entrée en vigueur de nouvelles normes anti-pollution.

Mais deux facteurs plus durables freinent la croissance de notre voisin : d’abord, le premier exportateur européen prend de plein fouet la décélération du commerce mondial ; ensuite le chômage continue de diminuer outre-Rhin et son taux pourrait descendre jusqu’à 3% en 2020.

D’ores et déjà, les tensions sont fortes sur le marché du travail et des pénuries de main d’oeuvre ralentissent l’embauche dans plusieurs secteurs clés comme l’informatique ou la santé.

En fait l’Allemagne est prise au piège de la restriction des flux de migrants mises en place au début de l’année. Ce qui est certain, c’est qu’elle n’est plus du tout la « locomotive » européenne.

Les pays de l’Est champions de la croissance

A part l’Irlande, qui, toujours dopée par sa fiscalité hyper-attractive, continue d’enregistrer des taux de croissance hallucinants (près de 8% cette année !), cinq pays de l’Est connaissent une croissance supérieure à 4% cette année : Pologne, Hongrie, Slovaquie, Slovénie, Lettonie. Et les autres nouveaux membres ne sont pas très loin.

Deux pays, les Pays-Bas et l’Autriche, qui avaient connu un vrai passage à vide en 2014 et 2015 ont très bien rebondi cette année avec une croissance proche de 3%.

L’économie espagnole continue en revanche de s’assagir et ne progressera plus que de 2,2% en 2019. Enfin, trois pays connaissent actuellement une croissance ralentie, de 1,1 à 1,3%, ce sont dans l’ordre l’Italie, le Danemark et le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni en berne

Les conséquences économiques du Brexit de 2016 ont été très négatives. Depuis 2016, la livre sterling a perdu 15% de sa valeur face aux grandes monnaies, ce qui a entrainé, non pas tant une poussée des exportations qu’un redémarrage de l’inflation qui est venu amputer le pouvoir d’achat.

Sur les deux années 2016-2017, les prix à la consommation britanniques se sont accrus de 5,3% contre 3,3% en France. De plus, la rigueur budgétaire a contribué à comprimer l’activité.

Si l’on en croit un récent rapport de l’ONU, l’austérité a fait redémarrer la pauvreté et le nombre d’enfants qui reçoivent de l’aide des banques alimentaires a triplé depuis 2012.

Un « no deal » sur le Brexit frapperait toute l’Europe

Si Theresa May ne parvenait pas à faire adopter l’accord de compromis péniblement conclu avec l’Union et que l’on débouche finalement sur un « no deal », la situation du Royaume serait extrêmement préoccupante en terme d’inflation, de pouvoir d’achat et de tensions sur les taux d’intérêt.

Et ne nous leurrons pas : une recession britannique serait un facteur très négatif pour l’ensemble des pays de l’Union.


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