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COP24 : L’Europe face à l’urgence climatique

mardi, 18 décembre, 2018 - 15:46

Alors que la COP24 s’est terminée samedi 15 décembre à Katowice (Pologne) sans véritable réponse , les dirigeants européens sont apparus quelque peu affaiblis dans le débat. Pour faire face à l’urgence climatique, les pays de l’UE tentent pourtant de renforcer leurs actions malgré des rythmes différents.

Cinq ans après la COP19 organisée à Varsovie, la 24e conférence de l’ONU sur le changement climatique (COP24) s’est de nouveau tenue en Pologne, à Katowice, au sud du pays. Dans cette région symbolique de l’industrie européenne, au cœur du plus grand bassin d’exploitation houillère du continent, les délégués de près de 200 États ont tenté de se mettre d’accord sur les nouvelles modalités d’application de l’Accord de Paris signé en décembre 2015 lors de la COP21. Moins de deux mois après la publication du dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur les conséquences d’un réchauffement planétaire d’1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, les débats ont débuté par la prise de distance des États-Unis, de la Russie, du Koweit et de l’Arabie saoudite sur les conclusions des experts en climatologie. Préférant en « prendre note » plutôt que de les « saluer » comme l’ensemble des autres pays, le quatuor a par sa tiédeur donné l’impression de ne pas être prêt à prendre les mesures nécessaires pour faire reculer le réchauffement climatique. « Je crois qu’ils n’acceptent pas la conclusion principale du rapport, qui est de dire qu’il faut baisser très rapidement les émissions de CO2, estime le climatologue Jean Jouzel. Pour rester à 1,5°C, il faut atteindre la neutralité carbone en 2050. Et je crois que pour eux, ces conclusions sont inacceptables parce que s’ils les acceptent, cela veut dire qu’ils doivent faire quelque chose. En gros, les pays désapprouvent leurs scientifiques : c’est une très mauvaise nouvelle. » La prise d’initiatives sur le terrain est pourtant plus que jamais nécessaire si l’on veut faire mieux que les promesses consenties par chacun, qui mèneraient à une augmentation de 3,2°C, voire de 4 ou 5°C si elles ne sont pas respectées, selon le GIEC. Or, les émissions mondiales de CO2 sont reparties à la hausse de 2,7 % entre 2017 et 2018…

L’Europe sur la bonne voie, mais divisée sur la neutralité carbone

Face à l’absence de consensus général à l’échelle planétaire, les pays de l’Union européenne se sont faits moins incisifs que d’ordinaire. La faute aux situations politiques délicates de ses leaders : crise des gilets jaunes en France, négociations tendues liées au Brexit au Royaume-Uni et difficile réduction du charbon en Allemagne, suggère Audrey Garric dans Le Monde. Pourtant, Bruxelles affiche de bons résultats en matière de lutte contre le changement climatique, suite à l’adoption en 2009 du « paquet 2020 » engageant les États-membres à réduire les émissions de GES de 20 % par rapport à 1990 et à atteindre 20 % d’énergies renouvelables (EnR) dans leur mix énergétique d’ici 2020. Ces objectifs sont en passe d’être atteints puisque les émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2017 étaient déjà inférieures à celles de 1990 et les EnR représentaient 17 % de la consommation des Européens en 2016. Forte de ce succès, l’UE a relevé une partie de ses objectifs en adoptant le « paquet Énergie propre » en octobre dernier, qui vise une part de 32 % d’énergies vertes d’ici 2030, contre seulement 27 % prévus initialement à cette échéance. La Commission européenne, le Parlement européen, la France, la Finlande ou encore la Suède ont même proposé de viser la neutralité carbone d’ici 2050, mais cela n’est pas du goût de tous les autres membres. Tandis que certaines voix minoritaires comme celle de la députée allemande Cornelia Ernst appellent à une réduction des émissions de GES de 55 à 70 % d’ici 2030 au lieu des 40 % consentis, plusieurs gouvernements d’Europe centrale sont fermement opposés à une réévaluation de ces objectifs. C’est le cas de l’Allemagne, de la Pologne, de la République tchèque ou encore de la Hongrie. « En Europe, aller vers un objectif de neutralité carbone suppose davantage de maîtrise des coûts, plus de solidarité au sein des pays membres et entre eux, une approche plus systémique, plus globale entre les secteurs tout en veillant à une réelle transition juste pour nos concitoyens et nos économies » rappelle Cédric Lewandowski, Vice-Président du World Energy Council, en charge de l’Europe.

La nécessaire sortie du charbon

Les choses avancent à des rythmes bien différents à travers le Vieux continent, et les positions de chacun varient régulièrement. Si la Suède, la Lituanie, la Lettonie, le Royaume-Uni et le Portugal font partie, avec le Maroc et l’Inde des pays les plus fortement engagés, selon le classement établi par le Climate change performance index (CCPI), la France rétrograde dans le groupe des pays moyennement engagés. Elle conserve tout de même une avance confortable sur l’Allemagne et la Pologne, qui pour sa part appartient désormais à la catégorie des pays faiblement engagés. Et pour cause, Berlin et Varsovie se heurtent toujours de plein fouet à l’un des principaux obstacles qui freinent l’Europe dans sa lutte contre le changement climatique : le charbon, dont les deux pays sont encore très dépendants. Avec 80 % de son électricité produite à partir de cette source économique mais très polluante, la Pologne est responsable à elle seule de 10 % des émissions de CO2 liées à l’énergie dans l’UE, soit autant que la France qui recense pourtant deux fois plus d’habitants. C’est cependant beaucoup moins que l’Allemagne, qui compte pour 23 % dans ce total… Pour réussir à atteindre des objectifs supérieurs à ceux actuels et espérer limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, un consensus pourrait donc être trouvé afin de sortir du charbon à l’horizon 2037 ou 2038, comme l’envisagerait la commission de réflexion sur l’avenir du charbon allemand. Mauvaise nouvelle : elle vient de repousser à février les négociations sur le sujet…


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