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Les relations Etat-religions restent étroites en Europe

mardi, 8 janvier, 2019 - 14:58

A l’heure où les relations privilégiées entre l’Etat et la religion dominante font débat en Grèce et en Pologne, la laïcité à la française fait figure d’exception. Plusieurs pays affichent une religion d’Etat et de nombreux autres sont en régime de concordat.

Si le débat sur la laïcité semble actuellement moins polémique en France, les rapports entre l’Etat et la religion sont l’objet de vifs débats à l’Est et au sud de l’Europe.

En Grèce, le Saint-Synode orthodoxe vient de rejeter le projet du gouvernement Tsipras de séparation de l’Eglise et de l’Etat qu’avait pourtant entériné le primat de l’Eglise grecque.

En Pologne, la toute puissante Eglise catholique est mise en question du fait d’un film à succès dénonçant les abus sexuels perpétrés par le clergé. Et en Croatie, l’opposition au gouvernement conservateur d’Andrej Plenkovic demande une remise à plat des généreux financements publics alloués au catholicisme.

Une actualité qui invite à examiner la complexité et la diversité des relations entre sphère publique et sphère religieuse en Europe. Certes, tous les Etats européens – sans exception – sont de nature laïque dans la mesure où ils ne sont pas dirigés par l’Eglise et garantissent la liberté de conscience et des cultes.

Mais le terme « laïque » a pris en France une connotation plus large et désigne un Etat qui ne s’adosse à aucune religion, n’en reconnait aucune en tant que telle et n’entretient aucune relation officielle avec elle.

La stricte séparation française est une exception

Cette séparation stricte entre l’Eglise et l’Etat ne se retrouve guère dans d’autres pays de l’Union européenne. En France, seule la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 régit les relations entre les pouvoirs publics et les cultes.

A l’exception notable du régime du concordat napoléonien qui continue de s’appliquer en Alsace et Mozelle, régions qui étaient allemandes en 1905 et dont les ministres du culte restent rémunérés par l’Etat qu’ils soient catholiques, protestants ou juifs.

Un impôt religieux outre-Rhin et dans plusieurs pays du nord

Encore aujourd’hui d’ailleurs, l’Allemagne connaît un régime religieux bien différent de la France. Outre la Bavière catholique qui a passé un concordat avec le Vatican, il existe dans toute l’Allemagne des accords entre les länder et les confessions catholiques, luthériennes, évangéliques, israélites…

Ainsi, la constitution fédérale se déclare-t-elle “conscience de sa responsabilité devant Dieu et les hommes”. Surtout, l’Etat fédéral lève des impôts pour le compte des 17 religions qui ont le statut de collectivité publique.

Seuls ceux qui se déclarent « sans religion » ne paient pas l’impôt du culte dont le montant atteint 9% de l’impôt sur le revenu. Les deux religions catholique et Evangélique collectent ainsi 10 milliards d’euros par an.

Un impôt religieux spécifique est levé également en Autriche, au Danemark, en Suède et en Finlande.

Impôt de mandat ou rémunération directe du clergé ailleurs

Dans d’autres pays, les ministres du cultes sont rémunérés directement par l’Etat : on l’a vu en Alsace-Mozelle et c’est aussi le cas en Roumanie, en Grèce et en Belgique où même les Imams sont rétribués.

Enfin, dans de nombreux pays catholiques, il existe un « impôt de mandat » qui correspond à une fraction de l’impôt sur le revenu (de 0,5 à 2%) acquitté par tous les contribuables désireux de financer un culte. Italie, Espagne, Portugal, Hongrie, Slovaquie, Croatie connaissent ce régime.

Domination des concordats dans le monde catholique…

Dans presque tous les pays à majorité catholique, bien qu’il y ait séparation officielle entre l’Etat et les églises, les conditions d’exercice de la religion dominante sont réglées en vertu d’un accord formel entre l’Etat concerné et le Vatican.

Ce sont les « concordats » qui prévoient souvent – et pas toujours de façon facultative – l’enseignement de la religion catholique à l’école publique, la rétribution des enseignants religieux, la validité civile du mariage à l’église ainsi que divers avantages fiscaux – parfois très importants – pour l’Eglise.

Religion d’Etat chez les protestants et les orthodoxes

En revanche, dans plusieurs pays à dominante cette fois protestante, on ne peut parler de séparation de l’Eglise et de l’Etat puisqu’il existe une « religion d’Etat ».

C’est le cas en Angleterre où le souverain est le chef officiel de l’Eglise anglicane. C’est aussi le cas au Danemark et en Finlande pour l’Eglise luthérienne.

Enfin, en Grèce, la constitution stipule que ” La religion dominante est celle de l’Eglise orthodoxe orientale du Christ”. Du fait de l’échec de la récente tentative d’Alexis Tsipras, l’Eglise orthodoxe va donc sauver ses exemptions fiscales quasi-universelles et les religieux conserver leur statut de fonctionnaires payés par l’Etat !

Puissance et richesse de l’Eglise en Pologne et Irlande

En Pologne et en Irlande, l’Eglise exerce depuis des siècles une influence très forte sur des sociétés où la pratique religieuse est élevée même si elle marque un recul sensible depuis quelques années.

En Pologne, les privilèges fiscaux de l’Eglise catholique sont considérables et l’on estime que cette dernière se voit allouer plus de 500 millions d’euros de fonds publics annuels sans compter qu’elle dispose, comme en Irlande, de propriétés foncières considérables.

Ce qui permet d’ailleurs aux clergés polonais et Irlandais d’être rémunérés directement par une Eglise très opulente qui conserve donc une très large indépendance.

Ainsi, la place des Eglises reste importante dans le cadre des institutions de la plupart des pays européens. Si l’on met de côté la France, cette place n’est assez réduite aujourd’hui que dans quelques pays comme la République tchèque ou les Pays-Bas.

Cela dit, le recul des pratiques religieuses est général. Et même dans des bastions religieux comme la Grèce, L’Irlande ou la Pologne, la place et surtout les privilèges de l’Eglise sont de plus en plus contestés.


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