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L’impact d’un «hard Brexit» serait rude pour les Pays-Bas et la France

mercredi, 23 janvier, 2019 - 11:47

Un « no deal » sur le Brexit aurait des effets économiques sévères pour le Royaume-Uni. Mais aussi pour les pays européens ayant des liens industriels et commerciaux étroits avec Londres: Bénélux, Scandinavie mais également la France.

Theresa May n’est pas sortie de l’auberge. Le prétendu « plan B » sur le Brexit présenté lundi devant la Chambre des Communes par la premier ministre britannique a peu de chance de convaincre les rebelles du parti conservateur d’apporter leur soutien à un hypothétique accord rénové et encore moins les Européens de rouvrir les négociations.

De fait, pour espérer ramener à elle les 118 parlementaires « hard brexiters » du parti Tory qui ont rejeté il y a dix jours l’accord péniblement négocié avec l’Union européenne, Theresa May a dû s’engager à obtenir de l’UE de nouvelles concessions que le négociateur européen Michel Barnier a d’ores et déjà exclues.

Quitter l’Union sans la quitter vraiment

Pour ces opposants conservateurs, le Brexit proposé n’est qu’une fausse sortie. D’une part, parce que la période transitoire fixée jusqu’à décembre 2020 – mais qui peut être prorogée deux ans de plus – met le Royaume-Uni dans la situation de supporter toutes les obligations liées à l’Union européenne sans pouvoir avoir désormais son mot à dire dans les décisions de l’Union. La contrepartie étant évidemment le maintien provisoire de l’union douanière.

Mais ce qui chagrine le plus les défenseurs d’un « hard Brexit », c’est ce que l’on appelle l’accord de « backstop » – littéralement « pas de retour en arrière » – concernant l’Irlande.

Car pour éviter de menacer l’accord de paix dit du « Vendredi Saint » conclu il y a vingt ans en Irlande du Nord par le rétablissement d’une frontière entre cette Irlande « britannique » et la république d’Irlande, il est proposé d’instaurer, à la fin de la période de transition, un « territoire douanier unique » incluant l’Union européenne et le Royaume-Uni.

En outre, pour rendre inutile tout contrôle frontalier entre les deux Irlande, l’Irlande du nord devrait continuer à se soumettre à certaines normes européennes, notamment sanitaires, fiscales ou relatives aux aides d’Etat.

Ce qui ferait de l’Irlande du nord une zone à statut différent de celui du reste du royaume. Inacceptable pour les partisans d’un Brexit dur !

Un « no deal » apocalyptique pour le Royaume-Uni

Cette difficulté à sortir de l’impasse actuelle renforce encore le risque d’un « no deal » dont les conséquences seraient lourdes pour une économie britannique déjà fragilisée par l’incertitude actuelle.

Outre un risque élevé de krach au London Stock Exchange, une sortie sans accord précipiterait une nouvelle dépréciation de la livre sterling avec des effets immédiats en termes d’inflation et donc de chute du pouvoir d’achat et de remontée du chômage.

La Banque d’Angleterre anticipe dans ce cas une baisse de 8% du PIB sur 5 ans. Soit pratiquement une croissance zéro jusqu’en 2024…

Mais la sortie « sèche » d’un pays représentant actuellement près de 15% de la production européenne et 23% des exportations de l’UE, impacterait bien sûr le reste de l’Union et, en première ligne, pays européens particulièrement liés au Royaume-Uni.

Les gros exportateurs de l’Union vont trinquer

Dans le domaine du commerce, le rétablissement de droits de douanes suivant les règles de l’organisation du commerce ne devrait pas porter en moyenne ces droits à plus de 5%.

Mais s’il s’y ajoute une nouvelle dépréciation du sterling face à l’euro qui, selon les experts, pourrait atteindre 15%, les exportations européennes outre-Manche s’en trouveraient donc renchéries au total de 20%.

Ce qui risque de faire fondre les considérables excédents commerciaux que certains pays du continent dégagent vis-à-vis du Royaume-Uni. A commencer par l’Allemagne qui, avec ses près de 53 milliard de dollars d’excédents dégagés sur le royaume en 2017, perdrait au moins 0,3 point de croissance sur un an si son excédent se réduisait seulement de 25%.

Ce n’est pas le cas de la France dont l’excédent est limité (à 5 millliards de $). Mais le scénario tourne à la catastrophe pour les Pays-Bas, deuxième excédent bilatéral européen outre-Manche, dont la croissance diminuerait de 1% si son excédent se réduisait d’un quart. La Belgique et le Danemark seraient également impactés avec un recul du PIB de 0,6 à 0,8%.

Les investisseurs néerlandais ont de quoi trembler

Venons-en aux investissements étrangers directs. Avec un total de 1.600 milliards de dollars investis outre-Manche par les étrangers à la fin 2017, le Royaume-Uni est la première destination européenne de l’investissement direct des pays de l’UE.

Du fait que ce pays attire par sa fiscalité un nombre exceptionnel de sièges sociaux de grands groupes, les Pays-Bas sont le premier investisseur européen en Grande-Bretagne avec près de 300 milliards de dollars d’actifs soit 18% du total et presqu’autant que les Etats-Unis !

Loin derrière, on trouve la France (93 milliards soit 6% du total), devant l’Allemagne (4%) et l’Espagne (3,5%). Le Brexit peut évidemment bouleverser cette donne, avec, avant tout, des conséquences fâcheuses pour le financement de l’économie et des emplois outre-Manche.

Mais, les implications parallèles de ce Brexit en terme de redéfinition des stratégies internationales des groupes néerlandais ou français ne sauraient être neutres.

L’Espagne redoute un choc touristique

Un renchérissement significatif de l’euro ne peut que dissuader les touristes britanniques de traverser le Channel. Actuellement, ils dépensent sur le continent près de 30 milliards de dollars par an.

Principale destination l’Espagne, où près de 11 millions de « British » se rendent tous les ans. Ils sont quand même 6 millions à venir en France, trois fois plus que les deux millions qui se rendent en Italie ou encore au Portugal.

Globalement, la France apparaît donc comme l’un des pays de l’Union significativement impacté par un « hard Brexit ». Elle le serait plus que l’Allemagne dont les exportations, certes considérables, sont moins sensibles aux effets prix.

Mais l’impact d’un Brexit dur sur la France reste sans commune mesure avec ce que subirait, compte tenu de sa taille, l’économie néerlandaise. Quant aux Belges et aux Espagnols, ils ont également de quoi se faire du souci.


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