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Nucléaire français : un contrôle des rejets comme priorité environnementale

mercredi, 23 janvier, 2019 - 09:54

Soumis à une batterie de contrôles tout au long de son cycle, le nucléaire, partie prenante du mix énergétique de la France, n'a en fin de compte quasiment aucun effet négatif sur l'environnement. L'impact des centrales sur la radioactivité naturelle française, évaluée à 2,9 millisievert (mSv) par an, est inférieure à 1 %, tandis qu'en amont, la transformation de l'uranium a vu la technologie évoluer, ces dernières années, afin de limiter au maximum les rejets nocifs dans la nature.

On lit souvent, dans la presse papier comme sur Internet, que les centrales nucléaires n’émettent quasiment pas de gaz à effet de serre (GES), et participent ainsi pleinement à la transition énergétique en France. Qui, pour rappel, vise à diminuer drastiquement les émissions carbonées rejetées dans l’atmosphère. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que le circuit de production électronucléaire émet tout de même quelques rejets, à l’état liquide, gazeux et même solide. Qu’en est-il réellement, alors que l’atome a vocation à appuyer les énergies renouvelables, dans quelques années, afin d’assurer une transition énergétique efficiente ? Quel est l’impact global de l’atome sur l’environnement ?

“Exposition négligeable”

La Société française d’énergie nucléaire (SFEN), chargée de produire et communiquer la documentation scientifique et technique autour de l’atome, le reconnaît d’emblée : « Comme toute activité industrielle, les installations nucléaires rejettent des éléments dans la nature. » Ne s’est-on pas tous demandé, par exemple, ce que crachaient les hautes cheminées des quelque 58 réacteurs qui émaillent le territoire ? « Ces rejets, poursuit la SFEN, sont de différentes natures ». Une centrale nucléaire pouvant effectivement émettre des rejets radioactifs, chimiques ou encore thermiques. Il peut s’agir, dans ce dernier cas, de l’eau qui alimente le circuit de refroidissement des réacteurs, rejetée dans un fleuve ou la mer. Mais également de la vapeur d’eau qui s’échappe des grandes tours de réfrigération – les fameuses « cheminées ».

Les rejets radioactifs, quant à eux, sont issus des circuits d’épuration et de filtration de la centrale, qui viennent capter les éléments radioactifs engendrés, tout simplement, par le fonctionnement de l’installation. « Triés selon leur niveau de radioactivité et leur composition chimique, ces éléments sont stockés, triés, puis rejetés sous forme liquide ou gazeuse », explique la SFEN. Les rejets chimiques, enfin, proviennent de l’eau utilisée pour refroidir la centrale, qui a dû subir plusieurs traitements, créant ainsi lesdits rejets. Qui, dans les trois cas, sont « rigoureusement limités et contrôlés ». Avec, par exemple, s’agissant des rejets radioactifs, « des seuils à ne pas dépasser, de manière à écarter tout risque d’augmentation significative de la radioactivité naturelle de l’environnement », indique la SFEN.

EDF, l’exploitant des centrales nucléaires, effectue d’ailleurs avant toute installation une demande d’autorisation de rejet et de prélèvement d’eau, auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le « gendarme du nucléaire ». Après quoi lui revient la tâche de choisir les « meilleures techniques possibles » pour limiter les rejets radioactifs. Une phase étroitement surveillée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). « L’objectif n’est pas de refaire les calculs de l’exploitant mais de confronter nos évaluations dosimétriques, afin de confirmer l’absence de risque radiologique », précise Michel Chartier, expert en radioprotection à l’IRSN. En fin de compte, l’impact des installations nucléaire sur la radioactivité naturelle française, évaluée à 2,9 millisievert (mSv) par an, est inférieure à 1 %. L’IRSN parlant d’ « exposition négligeable ».

Traitement des nitrates (TDN)

Même en amont du processus électronucléaire proprement dit, l’empreinte environnementale de l’atome est étroitement surveillée. L’usine Orano Malvési, à Narbonne (Aude), qui épure des concentrés de minerais d’uranium pour en extraire des produits destinés à être transformés en combustible nucléaire, doit ainsi respecter un cahier des charges visant à maintenir aussi bas que possible les rejets liquides et atmosphériques. « Pour limiter les rejets atmosphériques, les cheminées sont équipées de dispositifs d’épuration et de mesure. Les gaz sont nettoyés et épurés en traversant des colonnes de lavage, avant leur restitution dans l’environnement », précise le site Internet d’Orano Malvési. Quant aux rejets liquides, ils se retrouvent confinés dans des installations ad hoc, avant d’être acheminés vers des bassins de décantation et d’évaporation.

Et à ce jour, seule la méthode TDN permet de traiter ces effluents nitratés de manière efficiente, afin de les rendre compatibles avec les normes de stockage de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). Le processus a nécessité 25 ans de recherche et près de 10 millions d’euros de Recherche & Développement. Là où les autres méthodes rajoutaient bien souvent des déchets aux déchets, TDN n’a recours à aucun produit chimique additionnel. Et permet de réduire par 3 le volume de déchets final, tout en détruisant les nitrates présents dans les effluents. L’impact de l’ensemble du site d’Orano Malvési étant mesuré, chaque année, grâce à plus de… 23.000 analyses sur près de 5.000 échantillons.

Avec un impact sur la radioactivité naturelle française quasi nul, selon l’IRSN, et une phase de transformation de l’uranium écoresponsable, grâce à TDN, le nucléaire a plus que jamais sa place dans le mix énergétique français de demain. D’autant plus que, pour rappel, l’électricité nucléaire n’émet que très peu de gaz à effet de serre. Ce qui permet à la France de posséder un mix électrique décarboné à hauteur de 97 %.


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