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Les obligations vertes, un moyen de financement (presque) incontournable en Europe

vendredi, 25 janvier, 2019 - 09:42

Depuis leur émergence en 2008, les obligations vertes ont fait beaucoup de chemin jusqu’à devenir incontournables dans le financement de nombreux projets. Autrefois perçues comme un gadget, ces obligations répondent aujourd’hui à de nouvelles exigences en termes de responsabilité environnementale et sociale. Les financements se multiplient dans différents secteurs d’activités et le marché européen – premier au niveau mondial – se structure autour de grandes entreprises qui font le pari d’assembler leurs forces afin de faire fructifier des obligations vertes à la demande toujours plus forte.

Chaque semaine ou presque, les pages économiques des quotidiens annoncent l’émission d’obligations vertes par un acteur économique. Plus qu’une mode, les green bonds sont devenus un outil d’une transition énergétique en besoin de financements. La demande est forte et l’année 2018 a été celle de tous les records avec 155 milliards d’euros émis selon l’agence Bloomberg. Cela représente une hausse de 18 % par rapport à 2017, soit une performance extrêmement favorable au regard d’obligations classiques qui ont plongé de 10 % sur la même période. Un écart qui s’explique uniquement par la nature des obligations vertes dont la seule différence avec les obligations classiques est l’obligation d’utiliser les sommes récoltées pour financer des projets dans le domaine de l’énergie propre ou de la préservation de l’environnement.

De grands projets financés par les obligations vertes

Sans surprise, ce sont les entreprises dans le secteur de l’énergie qui sont très actives dans l’émission de green bonds. Il y a une semaine, l’énergéticien italien Enel a émis pour un milliard d’euros d’obligations vertes avec un taux d’intérêt de 1,5 % (échéance prévue au 21 juillet 2025). Cette troisième émission de ce type pour Enel a suscité « un intérêt considérable de la part des investisseurs » selon le groupe. L’offre rencontre une forte demande et ce sont des entreprises en lien avec le développement durable qui en tirent également profit.

Toujours récemment, Lisea, concessionnaire de la portion de ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, est parvenu à lever 905 millions d’euros grâce à l’émission d’obligations vertes. La filiale de Vinci a misé sur un environnement plus favorable pour retravailler un endettement qui avait été contracté en 2011 alors que les conditions post-crise financière rendaient le financement du projet coûteux. D’une part, Lisea est parvenu à renégocier son prêt bancaire avec un coût divisé par deux. D’autre part, l’entreprise a su convaincre les investisseurs d’acheter pour plus de 900 millions d’obligations vertes.

Ce succès pour un projet a priori éloigné des enjeux énergétiques et environnementaux est dû à l’obtention d’un label Green Bonds. Le directeur administratif et financier de Lisea, Pierre-Antoine Hermange explique avoir « fait auditer la société par l’agence indépendante Vigeo Eiris afin d’obtenir le label Green Bonds pour notre émission. Nous avons par exemple mis en avant les mesures de compensation environnementale qui portent sur 3.500 hectares ». La présence d’experts indépendants et spécialistes des questions environnementales est une condition désormais sine qua non pour que les investisseurs se portent sur des obligations vertes sans aucune crainte. Le projet est validé et suivi à chaque étape afin de s’assurer que les engagements initiaux pris sont bien respectés. Le temps du greenwashing touche à sa fin grâce à une filière qui se structure et se professionnalise.

Un marché qui se structure pour plus d’efficacité

Les perspectives sont très positives dans la mesure où les investisseurs comprennent aujourd’hui que l’engagement environnemental n’est pas un plus éthique qui induirait des retours sur investissement moins importants. Ils prennent désormais en compte les risques environnementaux qui se payent au prix fort lorsqu’ils sont écartés sans réflexion. Il s’agit-là d’un changement de paradigme qui s’accompagne d’une modification structurelle des acteurs obligataires. Aujourd’hui, les Etats et organisations gouvernementales représentent 38 % des obligations vertes émises. Les institutions financières arrivent en deuxième position (34 %) tandis que les utilities constituent pour 17 % des émissions. Un tableau dont l’évolution va être rapide avec la montée en puissance des entreprises.

Mi-janvier, seize entreprises européennes travaillant dans les secteurs de l’énergie, transports, infrastructures et immobilier ont décidé de se regrouper au sein du Corporate Forum on Sustainable Finance. Ce Forum a pour objectif de mettre l’émission d’obligations vertes au cœur de la stratégie des groupes qui adhèrent à cet ambitieux projet. Au côté d’Enel, on retrouve des entreprises engagées depuis des années dans la transition énergétique et écologique à l’image d’Iberdrola, Icade, Engie ou encore EDF. Xavier Girre, le Directeur exécutif groupe en charge de la direction financière groupe chez EDF assure que les obligations vertes donnent « de la visibilité aux investisseurs, et permettent au marché de gagner en profondeur et en maturité ». Un objectif commun à tous les membres du Forum, lesquels représentent pas moins de deux tiers des émissions de green bonds en Europe. « Nous partageons la même conception du rôle positif que peuvent jouer les entreprises dans la lutte contre le changement climatique, et du rôle central de la finance verte », poursuit Xavier Girre.

Concrètement, les obligations vertes « servent à financer de nouveaux investissements de production hydrauliques, solaires ou éoliens, sur lesquelles nous nous engageons à un reporting concernant, entre autres, les émissions de CO2 évitées » pour un groupe comme EDF. L’énergéticien français a déjà émis 4,5 milliards d’obligations vertes qui ont permis de monter des projets réduisant les émissions de CO2 de 4,5 millions de tonnes par an. En d’autres termes, les entreprises misent sur plus d’émissions d’obligations vertes pour engendrer moins d’émissions de CO2. L’objectif est à la fois salutaire et incontournable dans un monde des affaires qui tient compte de plus en plus des conséquences dramatiques du changement climatique.


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