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La France a bien réduit les écarts de revenus hommes-femmes

mercredi, 6 mars, 2019 - 09:57

Les entreprises françaises vont devoir se conformer à un index des inégalités salariales de genre. En Europe, les femmes subissent des décotes salariales variables. Celles-ci sont plus élevées en Allemagne et au Royaume-Uni qu’en France, Belgique ou Italie

A la veille de la journée internationale des droits des femmes, le gouvernement français s’efforce d’atténuer les inégalités salariales dites « de genre », c’est à dire entre hommes et femmes.

Depuis le 1er mars a été instauré dans les entreprises de plus de 1000 salariés un « index de l’égalité salariale » qui sera dès l’an prochain obligatoire dans toutes les entreprises de plus de 50 salariés.

Une mesure assez coercitive puisque, faute de se mettre en conformité avec un certain nombres de critères d’égalité dans un délai de trois ans, les firmes pourront se voir sanctionnées d’une amende équivalant à 1% de leur masse salariale.

De quoi accélérer les progrès constatés ces dernières années en terme de réduction des inégalités de rémunération entre hommes et femmes. Des inégalités qu’il n’est pas évident de mesurer.

Inégalités globales : la France en n°5 européen

Depuis treize ans, le World Economic Forum de Davos publie un « global Gender Gap Index » qui mesure les inégalités hommes-femmes dans 149 pays du monde et cela non seulement dans le domaine salarial et, plus largement, celui de la participation économique, mais aussi en matière d’éducation, de santé et d’implication dans la vie politique.

A ce niveau très général, la France a spectaculairement progressé ces dernières années puisqu’elle se classe à la douzième place mondiale et à la cinquième européenne derrière la Suède, la Finlande, l’Irlande et la Slovénie et devant tous ces grands voisins.

Elle est encore mieux placée – à la 4ème place européenne – en matière de différences de revenus même si les femmes en France continuaient encore à percevoir en 2018, tous revenus confondus, 27% de moins que les hommes.

Mais c’est encore pire en Allemagne où la différence est de 31% au détriment des femmes, bien pire en Espagne, en Belgique ou aux Pays-Bas (34%) sans même parler du Royaume-Uni ou de l’Italie ou le « gap » atteint 44% !

Des facteurs complexes et variés

De pareilles différences trouvent leur origine dans la conjonction de différents facteurs tenant à la participation des femmes au marché du travail – faible par exemple en Italie, à l’importance du temps partiel féminin – grande en Angleterre ou aux Pays-Bas, au niveau élevé du chômage féminin comme en Espagne ou encore au retard de qualification des femmes comme en Allemagne.

Ces différences structurelles ont un tel impact que les inégalités hommes-femmes observées en matière de revenus globaux n’aboutissent pas aux mêmes résultats ni au même classement lorsque l’on se focalise sur les salaires stricto sensu.

Différences de salaire horaires mesurées globalement…

Ainsi, l’institut Eurostat, en se concentrant sur la comparaison des salaires horaires bruts moyens, ne prend pas en compte les effets du temps partiel, du chômage ou du nombre de femmes au foyer.

Du coup, la France se retrouve moins bien classée dans ce domaine, en huitième position européenne, avec un salaire inférieur de 15% pour les femmes comme c’est le cas en Espagne, au Danemark ou en Finlande.

Mais c’est toujours mieux que l’Allemagne ou le Royaume-Uni où les salaires féminins sont plus bas de 21%. En revanche, un pays comme la Belgique est beaucoup plus égalitaire avec 6% de différence salariale.

Et, ce qui peut constituer une surprise dans un pays peu réputé pour son égalitarisme de genre, l’Italie apparaît cette fois comme le pays d’Europe offrant aux femmes les salaires les moins dépréciés avec un gap de 5%.

Cela veut dire qu’en Italie, les femmes ne travaillent pas beaucoup mais quand elles travaillent, elles sont peu discriminées par rapport aux hommes.

… ou à postes et niveaux de qualification égaux

Cela dit, si l’on veut être plus précis, il faut regarder un indicateur utilisé par la Commission européenne pour mesurer les différences salariales à postes, niveaux de qualification et secteurs d’activité identiques entre hommes et femmes.

Ce que la Commission appelle des « différences inexpliquées » et qui traduisent une discrimination véritablement sexiste de la part des employeurs.

Sur ce terrain, la Belgique est la moins discriminante avec une différence salariale de 2%, la Suède est à 6%, l’Allemagne à 7%, la France ne venant là encore qu’en huitième position à 10,5%. Et l’Italie ne fait cette fois que légèrement mieux, à 10%.

Ce qui montre que, chez nos voisins transalpins, les femmes occupent des emplois moins qualifiés que les hommes et ce dans des secteurs moins rémunérateurs.

Conseils d’administration : les plus féminisés en France

Si l’on considère la proportion de postes occupés par les femmes dans les conseils d’administration, les progrès ont été fulgurants depuis dix ans où l’on est passé d’une proportion d’environ 10% à près de 30% aujourd’hui.

Et la plus spectaculaire progression s’observe en France ou l’on comptait en 2008 moins d’une administratrice pour neuf administrateurs alors qu’en 2018, ces dernières représentaient 44% des conseils.

Sans doute grâce à la loi de 2011 concernant la parité au sein des conseils d’administration, l’Hexagone est devenu de loin le pays le plus féminisé en la matière. Il est suivi – on la retrouve encore – par l’Italie puis par la Suède (36%). Mais Britanniques et Danois se situent sous la barre des 30%.

Même si beaucoup reste à faire, on ne peut que constater que la France est bien placée en matière d’égalité de genres et la nouvelle loi pourrait faire du pays un vrai leader en matière d’égalité salariale hommes-femmes.

Soulignons aussi que des pays réputés peu sexistes comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l’Allemagne ont, eux, encore beaucoup de chemin à parcourir…


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