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Croissance : l’Allemagne et l’Italie, lanternes rouges de l’Europe

mercredi, 20 mars, 2019 - 16:23

Les dernières perspectives de l’OCDE font état d’un fort ralentissement de l’activité en Europe, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, ce dernier pays plongeant même dans la récession. Moins exposée au marché mondial, la France sauve les meubles.

Il y a quelques mois, on évoquait un « petit coup de mou » sur la croissance européenne. Mais avec les prévisions intérimaires de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) publiées il y a quinze jours, on peut parler maintenant de « gros coup de blues ».

D’abord, le monde semble rentré dans un cycle de tensions politiques et commerciales et la croissance chinoise ralentit. A cette conjoncture globale morose qui touche bien sûr l’Union européenne, s’ajoutent un certain nombre de tensions politiques et sociales dans tous les grands pays d’Europe tandis que le Brexit est en train de tourner au cauchemar.

Du coup, l’Europe occidentale se retrouve en croissance très ralentie et tout particulièrement la première économie européenne. Ainsi l’OCDE vient-elle de réviser en très forte baisse ses prévisions concernant le PIB de la zone euro en 2019 en annonçant une hausse limitée à 1%.

Il y a un an, l’Organisation tablait, pour cette année, sur plus de 2% et la Commission européenne, en février dernier, espérait encore 1,3%.

+ 0,7% du PIB en Allemagne, – 0,2% en Italie

Les pays les plus touchés sont des poids lourds européens. Dans la zone euro, il s’agit tout d’abord de l’Allemagne à qui l’OCDE prédit une croissance ramenée à seulement O,7% en 2019, soit trois fois moins que ce qui était anticipé il y a un an. Il y a aussi l’Italie qui devrait connaître une récession avec un PIB en baisse de 0,2%.

Ces deux pays, qui « pèsent » à eux seuls 44% de la richesse nationale de la zone euro, sont devenus les lanternes rouges de la croissance européenne. Il faut leur adjoindre le Royaume-Uni, dont la croissance prévue en 2019 tombe à 0,8%. Trois grands pays donc, à moins de 1% de croissance alors qu’ils représentent 47% du PIB de l’Union européenne.

La France moins exposée

Pour la première fois depuis très longtemps, la croissance française devrait être, à 1,3%, presque deux fois plus rapide que la croissance allemande.

Pourquoi cette différence ? Du fait du commerce international. Celui-ci s’est beaucoup ralenti durant l’année 2018 avec les incertitudes nées des menaces de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Du coup, les grands marchés émergents sont en baisse de régime, en particulier la Chine et la Russie.

L’Allemagne est particulièrement touchée dans la mesure où son commerce extra-européen représente 16% de son PIB contre seulement 11% pour la France. De plus, l’Allemagne exporte des biens d’équipements lourds très sensibles à la conjoncture internationale.

Pour en revenir à la France, son économie se trouve aussi paradoxalement plutôt soutenue en 2019 par les conséquences de l’agitation sociale de l’automne et de l’hiver. Les manifestations de gilets jaunes ont provoqué une stagnation de la consommation au quatrième trimestre 2018. Mais, pour peu que les troubles se calment, celle-ci devrait rebondir au printemps et ce, d’autant plus que les améliorations de pouvoir d’achat arrachées au gouvernement vont se faire sentir.

La confiance a du plomb dans l’aile…

Outre-Manche, le feuilleton lancinant du « Brexit or not Brexit » plombe la confiance à la fois des consommateurs et des milieux d’affaire. En Allemagne, l’industrie automobile, toujours sous l’épée de Damoclès d’une hausse des droits de douanes américains, n’en finit pas de se remettre de l’introduction de nouvelles normes anti-pollution.

En Italie, où les taux d’intérêt refluent enfin depuis quatre mois, la politique économique du gouvernement populiste paralyse l’investissement des entreprises. Plus généralement, toute l’Europe de l’Ouest est frappée d’instabilité politique et sociale.

… d’autant que les tensions politiques s’exacerbent

Là encore tous les grands pays sont concernés. Ne revenons pas sur le Brexit qui hypothèque très fortement les chances de survie du gouvernement de Theresa May.

En France, le pouvoir fait face à une très difficile sortie de la crise sociale et sa stratégie budgétaire risque d’être mise à mal par la nécessité de satisfaire de nombreuses revendications.

En Allemagne, la successeure désignée d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, s’efforce de faire entendre sa voix et contribue, sans le vouloir a priori, à affaiblir la chancelière. En Italie, la politique anti-migratoire de la Ligue exacerbe les tensions.

En Espagne, le gouvernement socialiste en sursis attend les élections générales du 28 avril dont le dénouement est une grande inconnue.

Même situation, enfin, en Belgique où le gouvernement démissionnaire de Charles Michel attend les élections du 26 mai où il risque de se retrouver coincé entre les nationalistes flamands et les socialistes wallons.

Les pays de l’Est épargnés

Il y a cependant des pays qui ne vont pas trop mal. A l’Ouest, outre l’Irlande dont l’expansion, même ralentie, reste au dessus des 4%, quelques pays réussissent à conserver une croissance comprise entre 1,5 et 2%, comme l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas ou la Suède.

Et puis, presque toutes les économies de l’Est européen connaissent une expansion de 3 à 4%. Malheureusement pour nous, l’ensemble de ces pays ne représente qu’un douzième de la richesse de l’Union…


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