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Obligations vertes : l’UE tente de se hisser au niveau de la France

vendredi, 22 mars, 2019 - 14:56

Par  myeurop

L’Hexagone est le seul Etat membre à imposer la prise en compte de critères « ESG » dans la gestion financière des investisseurs.

Voilà qui est chose faite. Le Parlement et le Conseil européens, au terme d’un combat âpre (15 heures de débat), ont trouvé un accord début mars 2019 pour que les entités investissant au sein de l’Union européenne (UE) se soumettent à des obligations dites ESG (environnementales, sociales et de gouvernance). De nouvelles règles de reporting visant à « verdir » le marché européen, en réorientant les échanges d’argent, afin qu’ils collent aux objectifs de développement durable de la Commission européenne – qui s’alignent sur la nécessité de maintenir la hausse des températures en-deçà de 2°C notamment.

Pour l’instant, hormis la France, aucun pays européen ne prévoit de telles mesures ESG, si bien que les sociétés de gestion et autres fonds de pension restent libres de ne pas avertir leurs clients sur les risques environnementaux et sociaux de leurs investissements. Une « irresponsabilité » durable, en quelque sorte, qui s’accorde de plus en plus mal avec les objectifs verts de la Commission. A qui « il manque chaque année plus de 180 milliards d’euros pour les seuls secteurs des transports, de l’énergie, de l’eau et des déchets », afin de respecter la limitation des températures, précisait il y a quelques jours John Berrigan, qui pilote la stratégie finance durable de Bruxelles.

« Capitale de la finance verte »

Partant, le Parlement et le Conseil européens espèrent que, grâce à la mise en place d’obligations ESG pour les investisseurs, les capitaux privés viendront soutenir les fonds publics dévolus à la transition écologique au sein de l’Union européenne. Et ils ont bon espoir : de plus en plus d’entités financières montrent leur intérêt pour ces (retour sur) investissements de long terme, également devenus des préoccupations éthiques et morales. « Les investisseurs en obligations non vertes s’intéressent de plus en plus à l’ESG » Par exemple « nous venons de signer avec BBVA une ligne de crédit de 300 millions d’euros indexée sur des critères ESG. Après la ligne ING de 150 millions d’euros signée en 2017 et celle de 4 milliards d’euros signée fin 2018 avec 24 banques, l’ensemble des lignes de crédit EDF indexées sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance s’élève à près de 4,5 milliards d’euros » a ainsi fait savoir Xavier Girre, Directeur exécutif groupe en charge de la direction financière groupe chez EDF le 22 mars 2019.

De quoi satisfaire les investisseurs finaux, en tout cas, de plus en plus soucieux de savoir que leur argent viendra servir une cause « noble ». En 2015, déjà, une étude conduite par le cabinet d’audit PwC renseignait que plus de 83 % des investisseurs souhaitaient diriger leur portefeuille vers des projets respectant les critères RSE (responsabilité sociale des entreprises) ou environnementaux. Aujourd’hui, les rapports le prouvent : la prise en compte des enjeux « responsables » par les citoyens est une vraie mine d’or pour les entreprises et les investisseurs, qui n’hésitent plus à réorienter leurs flux financiers. Un raisonnement valable en France, alors que le gouvernement souhaite faire de Paris la « capitale de la finance verte ».

Exemple à suivre ?

D’après la société Climetrics, une agence de notation des fonds d’investissements européens en fonction de leur stratégie bas carbone, 7 des 10 structures les plus actives pour lutter contre le dérèglement climatique sont commercialisées par des sociétés françaises. Entre autres : BNP Paribas Asset Management, qui occupe les deux premières places du classement, grâce à un fonds spécialisé dans l’alimentation et l’accès aux soins, et un autre en actions classiques. Résultat, la Bourse de Paris devance toutes les autres places financières de la planète en termes de « green bonds » (ou obligations vertes), avec 33,7 milliards de dollars émis entre 2009 et 2017. Contre, par exemple, 15,3 milliards à New York, sa principale concurrente.

L’Hexagone espère d’ailleurs tirer son épingle du jeu, grâce aux avancées de ses entreprises en matière environnementale. EDF, notamment, premier électricien européen, dont la production électrique est décarbonée à 96 %, fait partie des structures sur lesquelles l’Etat français peut compter. « Le développement durable est au cœur de notre stratégie […], rappelait Xavier Girre en février dernier. Nous avons une stratégie de groupe, CAP 2030, pour être un leader dans la production d’énergie à faible émission de carbone […]. En particulier, nous nous sommes engagés à réduire nos émissions de CO2 de 40 % entre 2018 et 2030 ». Grâce, précise également le directeur financier du groupe, à la « mobilité électrique » et l’énergie solaire. Un exemple à suivre ?


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