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Les populistes européens vont avoir du mal à unir leurs forces

mercredi, 10 avril, 2019 - 16:50

Au nom d’une « Europe du bon sens », le leader de l’extrême droite italienne lance un nouveau groupe visant à unifier les forces national-populistes du Parlement européen. Mais, compte tenu des divergences, il ne pourra rassembler tous les partis. Un non-Brexit compliquerait encore les choses.

Matteo Salvini sera-t-il le « Duce » européen ? Lundi à Milan, le ministre italien de l’intérieur et chef de la très populiste et droitière « Ligue », a annoncé la création d’un nouveau groupe politique au Parlement européen censé réunir toutes les formations national-populistes du continent.

Mais cette nouvelle « Alliance Européenne des Peuples et des Nations » pourra-t-elle surmonter les divergences des extrêmes droites en Europe ?

« La Ligue » de Matteo Salvini se pose en leader des populistes…

Incontestablement, le leader de « La Ligue » affiche depuis un an la réussite politique la plus éclatante de tous les dirigeants nationalistes et eurosceptiques d’Europe.

Aux dernières élections générales italiennes de mars 2018, sa formation avait totalisé 17% des voix, ce qui la plaçait certes en tête de la coalition de centre-droit qu’elle avait intégré mais très loin du score de 33% obtenu par ses futurs alliés anti-système du Mouvement Cinq Etoiles.

Après un an de pouvoir, la Ligue a inversé le rapport de force avec ses alliés et tient largement – avec 33% dans les sondages – la première place de tous les partis italiens. Elle compte 5 eurodéputés sortants et on lui en prévoit 26 en mai prochain, la plus grosse cohorte de députés populistes du Parlement européen.

… dont la progression n’est pas générale en Europe

Tous les populistes d’Europe n’ont pas le vent en poupe. Certes, les partis au pouvoir à l’Est ont tendance à progresser, que ce soit le Fidesz de Viktor Orban en Hongrie ou « Droit et Justice » (PiS) en Pologne. Il en est de même pour les Démocrates Suédois qui sont passés en cinq ans de 10 à plus de 20% des suffrages.

Mais beaucoup de formations, comme le Rassemblement National en France, le parti de la liberté (FPÖ) en Autriche ou le Parti pour la Liberté (PVV) du néerlandais Geert Wilders où encore les nationalistes flamands de la N-VA restent à des niveaux élevés mais stables par rapport à 2014.

Enfin, certains partis sont en recul comme le Parti Populaire Danois ou Les Vrais Finlandais. Au total, les populistes progressent puisque le nombre de leurs eurodéputés devrait passer de 120 à 160. Mais l’on est très loin de la majorité absolue au Parlement européen qui est de 353…

Un rassemblement pour le moment limité

Malgré l’ambition de Matteo Salvini, il est très improbable que les différents mouvements populistes réussissent à se rassembler dans un seul groupe.

Certes, le patron de la Ligue est déjà parvenu à rallier au sein de sa nouvelle « Alliance Européenne des Peuples et des Nations » les Allemands de « Alternative für Deutschland » (AFD) ainsi que les partis finlandais et Danois.

A priori, ils devraient pouvoir convaincre aussi – mais ce n’est pas encore fait – le Rassemblement de Marine Le Pen ainsi que le PVV néerlandais de Geert Wilders qui siègent actuellement avec la Ligue dans le même groupe « Europe des Nations et des Libertés » du Parlement.

Ce sera moins évident d’attirer les Autrichiens du FPÖ, ce dernier parti étant radicalement opposé à une répartition des migrants au sein des pays de l’Union que Matteo Salvini défend au nom de l’Italie. Sur ce point, il est d’ailleurs aussi en porte-à-faux avec les partis de l’Est européen mais également avec Marine Le Pen.

Divergences sur les financements de l’UE et sur la Russie

Les divergences ne s’arrêtent pas là. Par exemple sur la solidarité budgétaire européenne à laquelle, pour des raisons évidentes d’intérêt national, Polonais et hongrois tiennent alors que les partis occidentaux la dénoncent.

Ce sujet qui fâche exclut un ralliement des Hongrois et des Polonais à l’Alliance de Salvini. De plus, Salvini et Le Pen prônent un rapprochement d’avec la Russie de Poutine, ce dont ne veulent entendre parler ni les Polonais, ni les Allemands, ni les Scandinaves !

Bref, sans le Fidesz hongrois et sans les Polonais de « Droit et Justice », l’Alliance construite autour de la Ligue devrait tourner autour d’une centaine d’eurodéputés, un septième du Parlement… Et cette alliance promet d’être houleuse.

Désaccords sur l’économie, la société, le régionalisme

Ces partis ne sont pas d’accord sur l’économie : Allemands, Autrichiens, Néerlandais sont libéraux alors que le Rassemblement national et les populistes scandinaves appuient l’Etat-providence.

Au plan sociétal, certains sont progressistes comme les Néerlandais ou les Français, d’autres très proches des milieux traditionalistes, comme en Scandinavie.

Il y a aussi des « centralisateurs », comme Marine Le Pen où les gens de « Vox » le parti populiste espagnol en pleine émergence puisqu’il est donné à 13%. Au contraire, La Ligue où les Flamands de la N-VA sont régionalistes… On voit d’ici les tensions quant il s’agira d’appuyer l’indépendance flamande tout en rejetant la scission catalane…

Un pouvoir de nuisance qui dépendra de l’union des progressistes

En fait, le pouvoir de nuisances des formations populistes dépendra de la capacité d’organisation des forces pro-européennes conservatrices, sociaux-démocrates ou libérales.

Les populistes auront d’autant plus de capacités d’obstruction que leurs adversaires seront désunis. Or, l’accord tacite existant depuis trente ans entre les conservateurs du PPE et les socialistes et démocrates du groupe S&D va devenir inopérant dans la mesure où, selon les sondages, l’addition de ces deux groupes sera loin de la majorité absolue, obligeant à des marchandages incessants au plus grand plaisir des nationaux-populistes.

Mais un autre scénario pourrait changer la donne : si, faute de Brexit, le Royaume-Uni renvoyait 73 eurodéputés à Bruxelles, PPE et S&D, renforcés par l’apport des conservateurs et surtout des travaillistes britanniques, pourraient approcher cette fois la majorité.

En somme, l’annulation du Brexit serait à tous égards un coup de Trafalgar pour les populistes!


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