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Européennes: la légitimité des gouvernants français en question

jeudi, 16 mai, 2019 - 13:34

Les 22/23% de voix pronostiqués pour la liste Macron tranchent avec les scores attendus pour les listes gouvernementales des autres pays. En fait, la France est la seule nation dont les gouvernants sont désignés par le quart du corps électoral.

A dix jours des élections européennes, la formation du président Macron, La République En Marche et ses alliés du Modem, est toujours à la peine dans les sondages puisqu’elle recueillerait autour de 22% des voix et pourrait se voir devancée par le parti de Marine Le Pen.

Moins d’un quart des voix pour un parti majoritaire à l’Assemblée et dont se réclament la plupart des membres du gouvernement, le score est particulièrement médiocre en regard des performances des partis ou coalition au pouvoir dans les autres pays de l’Union.

Pour Emmanuel Macron, arrivé spectaculairement au pouvoir il y a deux ans après avoir atomisé la structure droite/gauche du système politique français, il y a de quoi être déçu. Et cela d’autant plus que le nouveau président a fait de la relance de l’idée européenne la pierre angulaire de son projet politique.

Pourtant, sans entrer dans l’analyse de tous les facteurs à l’origine de cette désaffection, force est de constater que la légitimité électorale des gouvernants français repose sur des bases singulièrement étroites.

Le système français délégitimise la désignation des gouvernants

Car le présidentialisme du système français, le mode de scrutin majoritaire à deux tours et le fait que l’élection présidentielle surdétermine le résultat des législatives qui suivent de peu font que les bases électorales du président élu et de son gouvernement sont généralement étroites.

En 2017, Emmanuel Macron n’a réuni derrière son nom que 24% des suffrages exprimés. Un score qui ne l’a pas empêché d’être largement élu au second tour et d’obtenir ensuite pour son parti la majorité absolue du Parlement et un pouvoir sans partage.

Cette situation n’est pas nouvelle : depuis 1995, seul Nicolas Sarkozy en 2007 a franchi la barre des 30% au premier tour, Jacques Chirac étant même tombé sous les 20% en 2002. Bref, voilà trois décennies que le pouvoir est finalement désigné en France par un petit ou un gros quart des électeurs.

Dans 21 pays, les dirigeants choisis par 40 ou 50% des électeurs…

A présent observons, dans chacun des 27 autres pays de l’Union, les scores aux élections générales du ou, plus souvent, des partis au pouvoir. Des élections qui, partout sauf en France, ne comportent qu’un tour de scrutin.

Si l’on prend les pays qui nous entourent, on constate que la coalition allemande CDU-SPD a reçu le soutien de 53% des électeurs en 2017. La coalition italienne entre « 5 étoiles » et la Ligue a quant à elle été soutenue par 51% des électeurs en 2018. Même score pour la coalition belge réunie en 2014.

Au Royaume-Uni – où le système est majoritaire – Conservateurs et unionistes irlandais ont recueilli 43% en 2017. Quant à l’Espagne, difficile d’en parler puisque le socialiste Pedro Sanchez – dont le parti a recueilli 29% des voix en avril – n’a pas encore formé son gouvernement.

Dans douze pays de l’Union, les coalitions au pouvoir ont reçu le soutien d’une majorité absolue d’électeurs. Dans neuf autres pays, dont les Pays-Bas et cinq pays de l’Est, le soutien au pouvoir est de l’ordre de 42-45%.

… mais moins bien élus dans quatre autres

Dans quatre pays, les partis au pouvoir n’ont été désignés que par 30 à 40% des électeurs, soit que les modes de scrutin comportent une correction majoritaire comme en Lituanie, en Pologne ou en Grèce soit qu’il s’agisse d’une coalition minoritaire, comme en Suède.

En Finlande, les sociaux-démocrates qui tentent actuellement de former un gouvernement risquent aussi de se retrouver en coalition minoritaire.

Reste donc la France où le vrai noyau électoral du parti au pouvoir n’est constitué que des électeurs du premier tour du président élu. Car tous les suffrages qui se sont reportés sur lui au second tour sont le fait d’électeurs dont le choix partisan initial ne sera pas représenté au gouvernement.

A cette aune, le score prévu pour LREM paraît donc presque « naturel « : réaliser 22% pour un score initial de 24% n’est qu’un léger recul ! Reste que le système français est censé cristalliser, à travers l’action du président, l’émergence d’un courant d’opinion majoritaire. Et là, on en est très loin…

Ces gouvernants que les Européennes vont conforter…

Onze gouvernements devraient être confortés par les élections européennes dans la mesure où les partis participant à leurs coalitions recueillent ensemble, dans les derniers sondages, plus de 40% des suffrages. C’est le cas de l’Allemagne, du Danemark, du Portugal, de l’Estonie…

Et dans six d’entre eux – Italie, Autriche, Hongrie, Irlande, Luxembourg et Malte – ces partis sont même crédités de plus de 50%.

… et ceux qu’elles vont désavouer

Dans onze autre Etats-membres, on constate une baisse du soutien pour les formations au pouvoir, en particulier aux Pays-Bas, en République tchèque, en Roumanie ou en Slovénie où le recul par rapport aux élections générales dépasse dix points.

Enfin, dans deux pays, on peut parler d’effondrement pour le ou les partis au pouvoir. Il s’agit de la Grèce où les intentions de vote pour Syriza, le parti d’Alexis Tsipras et son allié souverainiste ANEL chutent de 39 à 27%.

Et puis au Royaume-Uni, la crise du Brexit et l’aberration d’un scrutin européen organisé dans un pays qui veut quitter l’UE, engendre l’effondrement du parti conservateur qui dévisse de 42 à 11% !

Un score certes encore plus mauvais que celui du parti macronien mais qui résulte de circonstances absolument inédites. Situation bien différente en France où La République En Marche et ses 22% constitue la seule formation pro-gouvernementale de ces élections.

Un si faible soutien et un tel manque de représentativité dès son accession au pouvoir permettent de mieux comprendre le procès en manque de légitimité fait au gouvernement par le mouvement des gilets jaunes.


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