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Un nouveau souffle pour l’Europe

lundi, 24 juin, 2019 - 08:54

Alors que l’on prédisait un printemps des nationalismes, les résultats des élections du 26 mai représentent une bouffée d’air frais pour les défenseurs de l’Union, plutôt habitués depuis dix ans aux crises à répétition: euro, migrations, Brexit… A rebours des prévisions, les Européens se sont saisis de ce scrutin et se sont rendus aux urnes pour faire triompher des forces traditionnellement très pro-européennes, les libéraux-démocrates et les écologistes. La progression des populistes est contenue.

Mais au-delà des résultats d’un soir, plusieurs mouvements de fond donnent matière à espérer.

Ces élections marquent d’abord peut-être un tournant, celui de l’émergence d’une sphère publique européenne. Le débat européen est encore principalement national, comment en serait-il autrement dans une Union aux 26 langues officielles, mais les thèmes abordés dépassent clairement les frontières. Partout sur le continent, ce sont les enjeux écologiques et migratoires qui ont dominé la campagne. La jeunesse européenne s’est mobilisée pour le climat et la question des migrations s’impose partout comme une préoccupation majeure. Le fait que ces enjeux ne puissent être abordés au seul niveau national semble s’imposer comme une évidence.Les opinions publiques ne sont pas au diapason, bien-sûr, mais au moins elles se positionnent sur des problématiques communes.

Ces désaccords justement, ne doivent pas être dramatisés. Certains ont pu s’émouvoir des mots parfois durs échangés entre certains leaders européens, à l’image de la relation passablement dégradée entre Emmanuel Macron d’un côté et Matteo Salvini ou Viktor Orban de l’autre. Mais c’est là le signe de la vitalité du débat démocratique européen. Nos nations ne sont plus liées entre elles par la simple bienséance diplomatique mais par un destin commun qui nécessite de faire des choix politiques et donc de s’affronter, parfois un peu vigoureusement. Cela ne remet pas en cause l’appartenance de chacun à la famille européenne.

Car même les plus euro-critiques ont dû faire évoluer leurs discours. Les Européens n’ont jamais été aussi attaché à leur maison commune et les déboires des Britanniques ont semble-t-il dissuadé les autres Etats de toute démarche en « -xit ». Les Polonais et leur gouvernement sont peut-être vent debout contre les propositions de la Commission en matière migratoire, mais ils n’en sont pas moins massivement attachés à leur appartenance à l’Union. Matteo Salvini vitupère également contre les diktats de Bruxelles, mais il sait qu’il a besoin de solidarité européenne pour faire cesser le drame qui se joue en Méditerranée. La plupart des leaders populistes ont donc remisé leur plan pour une sortie de l’Union européenne et préfèrent maintenant promouvoir une «autre Europe ».

L’Europe actuelle s’en retrouve confortée, mais elle doit maintenant elle aussi évoluer et convaincre. Evoluer pour se concentrer sur les missions où elle présente une claire valeur ajoutée et reconnaître que l’Union toujours plus étroite entre les peuples n’est pas sans limite. Les deux enjeux sur lesquels les électeurs se sont massivement mobilisés sont aussi ceux où ils espèrent des résultats de la part de la prochaine Commission. L’Europe doit devenir cette superpuissance verte qui place la transition écologique au cœur de son action et joue un rôle moteur dans la lutte contre le dérèglement climatique. Elle doit aussi parvenir à un règlement de la crise migratoire en débouchant sur une solution humaine qui respecte les sensibilités de chacun. Dans cette tâche, les Etats devront eux-mêmes faire preuve d’un esprit de coopération et être prêts à céder certains pans de leur souveraineté quand nécessaire, par exemple en matière d’action extérieure.

Les peuples européens ont envoyé un signal clair : ils croient encore en l’Europe et en sa capacité à proposer des solutions dans les domaines où la coopération transnationale est inévitable. Il revient maintenant à tous ses leaders, européens comme nationaux, d’être à la hauteur pour ne pas laisser passer cette occasion historique de redonner un souffle à la construction européenne.

 


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