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Allocations chômage: la France va rester un pays généreux

mercredi, 26 juin, 2019 - 14:30

La réforme annoncée des prestations chômage en France va durcir les conditions d’octroi et plafonner les allocations. Pourtant, en comparaison de ses voisins, l’Hexagone va demeurer un pays où les demandeurs d’emplois sont parmi les mieux traités.

Le 18 juin, le gouvernement français a annoncé les grandes lignes de sa réforme de l’assurance chômage dont l’entrée en vigueur est prévue en novembre prochain.

L’objectif était de réaliser 3,4 milliard d’euros d’économies de manière à dégager plus vite des excédents permettant de faire refluer une dette de l’Unedic avoisinant actuellement les 37 milliards d’euros.

D’où un durcissement des conditions d’octroi et une baisse du montant des prestations portant notamment sur l’allongement de la durée de travail requise pour l’ouverture des droits et le plafonnement ainsi que la dégressivité des allocations pour les cadres.

Avec ces changements, la France reste-t-elle un pays généreux pour les chômeurs par rapport à ces voisins européens ? Il n’est pas simple de répondre à cette question car il faut prendre en compte beaucoup de paramètres : les conditions d’octroi des indemnités, le montant de ces indemnités, leur plafonnement ou encore leur durée de versement.

Montant des allocations : la France dans la bonne moyenne

Seul le Royaume-Uni applique un système forfaitaire pur dont le montant ne dépend que de l’âge: quel que soit leur salaire précédent, les britanniques de plus de 25 ans perçoivent pendant six mois un maximum de 82 euros par semaine et les moins de 25 ans de 65 euros.

Bref, jamais plus de 360 € par mois, le reste étant du domaine des assurances privées ! Cela dit, si cette allocation est la seule ressource du bénéficiaire, ce dernier pourra obtenir d’autres aides.

Partout ailleurs s’applique la notion de taux de remplacement du salaire. En France, la réforme ne remet pas en cause les règles précédentes, le taux d’indemnisation pratiqué variant de 75 % du salaire brut pour les bas salaires à 57 % à partir de 2.000 €.

Sans parler bien sûr du Royaume-Uni, c’est plus généreux que l’Allemagne qui indemnise à 60% – et à 67% du salaire en cas d’enfants à charge – mais, attention, il s’agit du salaire net qui, outre-Rhin, inclut les impôts, ce qui correspond à environ 45% du salaire brut.

En revanche, la France compense plutôt moins bien que pas mal de pays. A commencer par le Danemark qui remplace le salaire net à 90%. Et c’est un peu inférieur aux compensations offertes en Suède, aux Pays-Bas, en Suisse et même en Espagne.

Tous ces pays remplacent le salaire brut entre 70 et 80%. Mais parfois de façon dégressive.

Dégressivité en Espagne et en Italie

La France vient d’ailleurs de rétablir la dégressivité des allocations pour les 10% de salaires les plus élevés – ceux qui gagnent un peu plus de 4.500 € mensuels – dans la mesure où les allocations seront diminuées de 30% à compter du septième mois d’indemnisation, sauf pour les salariés âgés de plus de 57 ans qui ont beaucoup de mal à se réinsérer sur le marché du travail.

En Europe, plusieurs pays appliquent une dégressivité générale des allocations, mais de façon plutôt légère comme en Suède, Belgique ou Pays-Bas.

En revanche, deux pays vont plus loin : l’Espagne, où le taux de remplacement du salaire passe de 70 à 50% au bout de six mois. Quant à l’Italie, elle applique désormais une très forte dégressivité puisque le taux de remplacement passe progressivement de 75 à 12% en deux ans !

Ouverture des droits : des conditions plus dures ailleurs

La nouvelle réforme durcit les conditions d’ouverture des droits au chômage en France. Alors qu’il fallait avoir travaillé – et donc cotisé -au moins quatre mois sur une période de 28 mois pour bénéficier d’une durée équivalente d’allocation chômage, les salariés français vont devoir travailler six mois sur 24 mois.

Ce sont des conditions similaires à celles de la Finlande tandis que l’Italie exige des conditions bien moindre (trois mois sur quatre ans).

Néanmoins, dans tous les autres pays, les conditions d’octroi sont beaucoup plus dures, souvent d’un an de cotisation sur les 24 derniers mois comme en Allemagne, en Suisse ou au Portugal.

Durée d’indemnisation : la France après la Belgique

En France, la durée de versement des allocations chômage est égale à celle de la durée de cotisation jusqu’à 24 mois pour les moins de 53 ans, de 30 mois de 53 à 55 ans et de 36 mois au delà.

Jusqu’à cette année, seuls les Pays-Bas faisaient mieux avec une durée maximale d’indemnisation de 38 mois. Mais c’est fini et les Néerlandais doivent désormais se contenter au maximum de 24 mois d’indemnisation.

En Allemagne, comme au Danemark et, plus récemment, en Italie – où le « job act » de Matteo Renzi a amélioré sur ce point la situation des chômeurs – l’indemnisation est aussi de 2 ans maximum.

Partout ailleurs, c’est moins sauf… en Belgique où la durée d’indemnisation est de 4 ans, mais elle est dégressive. Au delà une indemnisation forfaitaire est versée sans limite de temps.

Montant maximal en Suisse

Les hauts salaires français bénéficient encore aujourd’hui d’un plafond très élevé d’allocations de 7.700 € mensuels. Mais c’est bientôt fini puisque la réforme va ramener ce plafond à 4.500 €.

A la seule exception des Suisses, qui peuvent toucher jusqu’à 10.800 € par mois, cela reste encore bien supérieur au plafond de tous les autres pays.

Un plafond qui est de 2.800 € en Allemagne, de 2.500 Danemark, de 1.900 en Suède, de 1.700 en Belgique et seulement de 1.400 € au maximum en Espagne et de 1.300 en Italie.

Inconstestablement donc, le système français reste généreux même s’il l’est un peu moins qu’auparavant. D’autant plus que la notion d’offre raisonnable d’emploi que l’on ne peut refuser sera plus stricte de même que le rechargement des droits – qui permet en cas de travail de repousser d’autant la durée d’indemnisation – va passer de un à six mois.

Mais malgré tout, les chômeurs français restent plus favorisés que leurs voisins, notamment en termes de durée d’indemnisation et de conditions d’octroi des allocations.


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